‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 113 sur 283 · UVRE V · texte numérisé non relu

UVRE V

• que peo de temps après afltèclant l'égalité avec

■ Diea , en imitation de la montagne où le Messie

■ fat proclamé à la vue du ciel , Satan nomma la

• montagne d^ Alliance; car ce fut là qu*il as-

• sembla toute sa suite , prétendant qu'il en avoit

• reçu Tordre, pour délibérer sur la grande rét eeption à faire à leur Roi, prêt à venir. Avec t cet art calomnieux qui contrefait la vérité , il

• captiva ainsi leurs oreilles :

• — Tr6nes, Dominations , Principautés , Ver-

• tus, Puissances , si ces titres magnifiques res-

• tent encore, et ne sont pas purement de vains

• noms, depuis que par décret un autre s'est enflé « de tout pouvoir, et nous a éclipsés par son titre

• de Roi consacré 1 pour lui nous avons fait en

• toute hâte cette marche de mbrait, nous nous

• sommes assemblés ici en désordre , uniquement

• pour délibérer avec quels nouveaux honneurs *wm pouvons le mieux recevoir celui qui vient

• de recevoir de nous le tribut du genou , non en-

• core payé , vile prosternation ! A un seul , c'é- « toit déjà trop; mais le payer double, comment « Tendorer? le payer au premier et à son image

• maintenant proclamée! Mais qu'importe si de « mellleors conseils élèvent nos esprits, et nous < apprennent à rejeter ce Joug? Voulez-vous ten-

• dre le cou? Préférez-vous fléchir un genou as- « wapli? Vous ne le voudrez pas, si Je me flatte

Tbat stnictare in the dialect of men lot«rpreted) which not long after» be, Aflecting alJ eqaalJty with God , Ib imitation of ibat monnt whereoa ^(esstah was declar'd in sight of Hearen , Tlie moaDtabi of tlne Congrégation caU*d ; For thitber he aasembled ail bis train, Pretodiog 80 cominanded to consolt AlMot ibe great réception of theûr King , Thither to corne; and with calumnioos art Of oouoterfetted tmtli thos held their ears : —

« Thronea, Dominations, Princedoms, VirtoeSi Powers; V thèse magnifie titiea yet remain 5ot nerely titular, since by decree Aaotiicr now bath to himaelf ingrosa'd Ail power, and os edips'd under tbe name Of Kiog anointed , for whom ail tbis haste Of midnigbt march , and burried meeting bere , Thift onlj to consalt bow we may beat, Wiih ubat may be doTia'd of bonoars new » ' ReoeîTe Mm eoming to recelTe from us < Kaee-tribute yet onpaîd, prostration vilel Too mnch to one ! but double bow endur'd , To one , and to bis image now prodaim'd ? Bot what if betler coonaels migbt erect Oor minds, and teach us tocast ofTtfaiayoke^ ^'iil ye submit yoor neoks , and choose to bend

• de vous bien connoltre , ou si vous vous connols* « sezvous*mémes pour natifs et fllsdudelqueper « sonne ne posséda avant nous. Si nous ne som- « mes pas tous égaux , nous sommes tous libres, « également libres : car les rangs et les degrés ne < Jurent pas avec la liberté, mais s'accordent aveo « elle. Qui donc , en droit ou en raison , peut s*ar* ft roger la monarchie parmi ceux qui, de droit, vi- « vent ses égaux, sinon en pouvoir et en éclat, du « moins en liberté? Qui peut introduire des lois et « des édits parmi nous , nous qui , même sans lois ^ « n'errons Jamais? Beaucoup moins celui-ci peut-* « il être notre maître , et prétendre à notre adora* « tion au détriment de ces titres impériaux, qui « attestent que notre être est fait pour gouverner, « non pour servir I —

« Jusque-là ce liardi discours avoit été écouté « sans contrôle, lorsque parmi les séraphins Ab« « diel ( personne avec plus de ferveur n'adoroit « Bieuetn'obéissoitauxdivinsoomiQandements), « se leva , et dans le feu d'un zèle sévère s'opposa « ainsi au torrent de la ftirie de Satan.

« — 0 argument blasphématoire, feux et or- « goeilleux! paroles qu'aucune oreille ne pouvoit t s'attendre à écouter dans le ciel , moins encore « de toi que de tous les autres , ingrat, élevé si « Imut toi-même au-dessus de tes pairs? Peux-tu, « avec une obliquité impie, condamner ce Juste

Tbe snpple knee ? Ye will not , if I trust To know ye rigbt , or if ye know yonraelves Natives and sous of Heaven , posaeaa'd before By none; and if not equal ail , yet free, Equally free ; for orders and degrees Jar not with liberty , but well conslst Wbo can in reason tben , or rigbt , assume Monarchy otot sueh as live by riglit His equals , if in power and splendour lesSi In freedom equal ? or can introduoe Law and edict on us, wbo without law Err not : much less for tbis to be our lord , And look for adoration , lo tb' abuse Of tbose impérial UUes, wbicb aasert Our being ordaind*d to govern , not to serve. »

a Tbus far bis l)old disoonrse wltbout eontnml Had audience ; wben among tlie serapbim , Abdiel , than wbom none witb more zeal ador'd Tbe Deity , and divine commânds obey'd, Stood up, and in a flame of zeal soTere Tbe current of bis fury tbus oppos'd :

« O argument blaspbemous, fklse and proud, Words wbicb no ear ever to bear \ù Heaven Espected, least of ail from tbee » ingrate , In place tby self so bigh above tby peers. Canst tbou witb impious obloquy condemn Tbe jost decree of God , pronounc*d and swom «

LE PARADIS PERDU

« décret de Dlea , prononcé et Juré : qae devant « ^on Fils unique , investi par droit du sceptre «-royal, toute âme dans le ciel ploiera le genou, « et par cet honneur dû leoonfessera Roi légitime ? « 11 est ii^uste, dis-tu, tout net injuste de lier « par des lois celui qui est libre, et de laisser Tégal

• régner sur des égaux, un sur tous avec un pou- « voir auquel nul autre ne succédera.

« Donneras-tu des lois à Dieu ? Prétends-tu dis- « cuter des points de liberté avec celui qui fa fait «»ce que tu es , qui a formé les puissances du ciel

• comme il lui a plu , et qui a circonscrit leur

• être? Cendant, enseignés par Texpérience, « nous savons combien il est bon , combien il est «. attentif à notre bien et à notre dignité , com- « bien il est loin de sa pensée de nous amoindrir, « incliné qu*il est plutôt à exalter noire heureux •u état , en nous unissant plus étroitement sous un « chef. Mais, quand on faceorderoit qu'il est in- « Juste que l'^l règne monarque sur des égaux , % toi-même , quoique grand et glofieux , penses- « tu que toi ou toutes les natures angéliques réu- \ nies en une seule , égalent son Fils engendré? « Par lui comme par sa parole , le Père tout^i»- % sant a fait toutes choses , même toi et tous les « esprits du ciel , créés par lui dans leurs ordres « brillants; il les a couronnés de gloire , et à leur <\ gloire les a nommés Trênes, Dominations, « Principautés, Vertus, Puissances;, essentielles

That to ïà$ oniy Sod by right endoed With régal sceptre , erery «oui in Heaven Sliall bend tbe knee , and in tbat honour doe Confesa him riglitrul King? najosk» tlioo say'at» FlaUy uigust, to biod witb lawa tlie free , And equal over eqvala to let reign , One oTer ail with unsocoeeded power.

m Shalt thou give law to God ? slialt tftion dispute With him the points of liberty , who made Thee what thon art , and form'd tbe powers of Heavea Such as he pleas*d , and circuBiscrib'd tbdr being? Yet , by expérience taagbt , we Inow bow gpod , And of our good and of our dignlty How providant lie is ; liow Car from thooght To roalte qatesa, bent ratber to exalt Our bappy state., under one liead more near United. 9nt to grant it tbee u^just » Tbat equal over ^nala monarch reign :

Tliyself , though gréai and glorious , doat thoo oount , Or ail angelic nature join*d in one, Equal to bUn begotten Son? by wham.

As by bis word , tlie migbty Father made Ail tbings , eT*n t^ ; and aU Uie spirita of Heaven By bim created in tbeir brigh^^egrees^ Crown'd tbem witb glory » and to tbeir ^ory naip'd Tbrones , fkmtfmiwMf Princedoms , Virtues , Powen ,

Puissances! non par son règne obscurcies, maisrendues plus illustres, puisque lui, notre chef, ainsi réduit , devient un de nous. Ses lois sont nos lois ; tous les honneurs qu*on lui rend nous reviennent Cesse donc cette rage impie et ne tente pas ceux-ci ; hâtè-toi d*apaiser le Père irrité et le Fils irrité , tandis que le pardon, imploré à temps , peut être obtenu. — ^

« Ainsi parla Fange fervent ; mais son sèle non secondé fut Jugé hors de saison ou singulier et téméraire. L'apostat s'en réjouit et lui répliqua avec plus de hauteur :

« — Nous avons donc été formés , dis-tu , et , oeuvre de seconde main, transférés par tâche du Père à son Fils ? Assertion étrangeet nouvellel Nous voudrions bien savoir où tu as appris cette doctrine : qui a vm cette création lorsqu'elle eut lieu? Te souviens-tu d'avoir été lait , et quand le Créateur te donna l'être? Nous ne connoissons point de temps où nous n'étions pas comme à présent ; nous ne connolssons personne a^aot nous : engendrés de nous-mêmes, sortis de noosméme par notre propre force vive, lorsque le cours de la fatalité eut décrit son plein orbite, et que notre naissance fut mûre , nous naquîmes de notre ciel natal, fils éthérés. Notre puissance est de nous; notre droite nous enseignera les faits les plus éclatants , pour éprouver celui qui est notre égal. Tu verras alors si nous pré-

Essential Powers ; nor by bis reign obecur'd , Butmore illustrious made; since be tbe head One of our number thus redoc'd becomea; Hislaws our laws; ail booour to bim doue Retums our own. Cease tbeii tbis impiooa rage , And tempt not thèse ; but liasten lo appease Th* incensed Father and th* incensed Son , While pardon may be found in time besooght »

« So spake the fervent angel ; bot bis leal None seconded , as out of season }udg*d , Or singolar and rash : wbereat rejoic'd Th* apostate , and , more baugbty , thus replied : —

« That we were form'd then, say*st thou ? and tbe work Of secondary hand by task tranaferr'd From Father to bis Son ? strange point and new ! Doctrine which we would know whence leam'd : wtio saw When this création was? Remember*st tbou Thy making , while the Maker gave Uiee being? We know no time when we were not as now ; Know none before us; self-begot, self-raia*d By our own quickening power, when fatal courte Had circled bis fuU orb , Uie birtb mature Of this our native Ueaven , ethereal sons. Our puissance is our owftf our own right hand Shall teach «s higbest deeds, by propf to try Whp is oureçjyal ; tbeu tbou shalt behold

UVRB V-

tendons wm adresser à lui par supplications , et enrironner le trftne suprême en le suppliant , oaen Tisslégeant. Ce rapport, ces nouvelles, porte-ies à FCMnt du Seigneur, et fuis atant que quelque malheur n'Interrompe ta fuite. — « Il dit : et comme le bruit des eaux profondes , un murmure ranque répondit à ces paroles ap* plaadies de Test innombrable. Le flamboyant séraphin n'enfbt pas moins sans crainte, quoique seul et entouré d*ennemis; intrépide, il réplique :

« — 0 aliandonné de Dieu, A esprit maudit, dépouilléde tout bien ! je vols ta chute certaine ; et ta bande malheureuse, enveloppée dans cette perfidie, est atteinte de la contagion de ton crime et de ton châtiment. Désormais ne t'agite plus poor savoir comment tu secoueras le Joug du Uessie de Dieu ; ces indulgentes lois ne seront plosdésormais invoquées : d*autres décrets sont déjà lancés contre toi sans appel. Ce sceptre d'or, que tu repousses, est maintenant une verg9 de fer pour meurtrir et briser ta désobéissanee. Tu m'as bien conseillé : Je fuis, non tOQtefois par ton conseil et devant tes menaces ; je fois ees tentes criminelles et réprouvées, dans la crainte que Tlmminente colère éclatant dans Qoe flamme soudaine, ne fasse aucune distinction. Attends -toi à sentir MentAt sur ta tête

Wtiether by supplication we intend Address, and lo begirt the almighty throne Bnmhing or besiesing. This report , Tbne tidtngs carry to th' anolnf ed King ; Aod fly , ère erU iolercept thy flight. »

• He said ; and , as the sonnd or waters deep y Hoarse marmur echo'd to his words applanse T^ogh the infinité host ; nor less for that ThrlUmtng aeraph fearless, tbough alone , ^^ocompaas'd roond with foes, thas answerM bold : —

« OaSenate fromGod» O spiritaocursMy Fonaken ofall good ! I se; thy (Ul i^clennin'd, and thy hapless crew, invotv'd In this perfidIoM fraod , oonlagkm spread ^ of Uiy crime and punishnient. HenoefiMlli No more be troubled bow to qnit the yoke ^f GoiTs Messiah ; tiMMe faidoigent laws \ViH not be DOW vonchsafd ; other deerees Agùost thee are gone fbrth withoot reean : Tbat golden sceptre, wMch thon dida rejeci, is ww an iron rod , to bniiae aod break Th^disobedieaee. V?ell ttioa dMst adite : ^>t not for Uiy adviee or Ihreato I fty îkese wicM tenta derotftd ; lest the wratb toipendent, raging intosadden flame, ^iogoish Dot : fer aooB expeet Co feel Hùtbonderonthy head^deveoflng tie.

son tonnerre, feu qui dévore. Alors tu appren« dras, en gémissant, àconnoltre celui qult*a créé quand tu connottras celui qui peut t*anéantir. —

« Ainsi parle le séraphin Abdlel , trouvé fidèle parmi les Infidèles , fidèle seul. Ghes d'innombrables imposteurs, immuable, inébranlé, non séduit, non terriAé, il garda sa loyauté, son amour et son zèle. Ni le nombre ni Texemple ne purent le contraindre à 8*écarter de la vérité, ou à altérer, quoique seul , la constance de soa esprit. Il se retira du milieu de cette armée : pendant un long chemin , il passa à travers les dédains ennemis ; il les soutint , supérieur à Tin- Jure, ne craignant rien de la violence; avee un mépris rendu , il tourna le dos à ces orguellleu* ses tours vouées à une prompte destruction. »

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