LIVRE VIIÏ
i ne point Interrompre avec des Imagtnations perplexes la donceur d*one vie dont Dieu a ordonné à tous soucis pénibles d*liabiter loin , et de ne pas nous troubler, à moins que nous ne les cherchions nous-mêmes par des pensées errantes et des notions vaines. MaisTesprit, OQ Timagination , est apte à s*égarer sans retenue ; il n'est point de fin à ses erreurs, Jusqu'à ce que avertie , ou enseignée par l'expérience , elle apprenne que la première sagesse n'est pas de coonottre amplement les matières obscures, subtiles et d'un usage éloigné , mais ce qui est devant nous dans la vie Journalière ; le reste est fQaiée,ou vanité, ou folle extravagance, et Doos rend , dans les choses qui nous concernent le plus, sans expérience, sans habitude , et cherchant toujours. Ainsi descendons de cette haoteur, abaissons notre vol et parlons des (hoses utiles près de nous, d'où, par hasard, peat naître l'occasion de te demander quelque chose non hors de saison, m'accordant ta complaisance et ta faveur accoutumée.
« Je t'ai entendu raconter ce qui a été fait ayant mon souvenir ; à présent écoute-moi raconter mon histoire que tu ignores peut-être. Le Jour n'est pas encore dépensé; jusqu'ici tu vois de quoi Je m'avise subtilement pour te retenir, t'invitant à entendre mon récit; folie I si ce n'étoit dans l'espoir de ta réponse : car tan-
Tointemipt the sweet of life , from which God hatli bid dwell for ofT aU amioos cares , Aod not molest na ; onleas we ouradves , M them with wandering thougbta and notions vain. But apt the mind or fancy is to rove /
VncheckM , and of her roving is no end ; Till waro'd , or by expérience tanght , abe leam , That not to know at large of tbings remote From ose , obscnre and aubtie ; bal to know Tbal which before ua lies in daily life, is the prime wiadom : whal la more, ia fasne, ^ empUneas , or fond impertinence ; And renders os, in thinga tbat most concern, t npraclis'd , nnprepar'd , and aiUI lo seelt. "f^fore, from thia bigh pitcli let ua descend A lower fl^t, and apeak of thingi at band l'sefal ; whence , baply , mention may ariae ()f something not unseasonable to ask , By «iflerance, and thy wonted fovour, deign'd. «Thee I bave heard relating wbat waa done Ere my remembranoe; now , hear me relate My story, ivbich perhapa tbon Itast not heard ; Aod day is not yet apent, ttU Vbea tbou seeat Hoiv tubUy to detain thee 1 doTiae ; ïo^itmg thee to bear whito I relate ; Foûdî wereitnotin bopeof tby leply :
dis que Je suis assis avec toi. Je me crois dans le ciel ; ton discours estplusflatteur àmon oreille que les fruits les plus agréables du palmier ne le sont à la faim et à la soif, après le travail , à l'heure du doux repas : ils rassasient et bientôt lassent, quoique agréables; mais tes paroles, imbues d'une grâce divine, n'apportent à leur douceur aucune satiété. »
Raphaël répliqua célestement doux :
« Tes lèvres ne sont pas sans grâce, père des hommes , ni ta langue sans éloquence , car Dieu avec abondance a aussi répandu ses dons sur toi extérieurement et intérieurement, toi sa brillante image : parlant ou muet , toute beauté et toute grâce t'accompagnent , et forment cha* cune de tes paroles, chacun de tes mouvements. Dans le ciel , nous ne te regardons pas moins que comme notre compagnon de service sur ia terre, et nous nous enquérons avec plaisir des voies de Dieu dans l'homme; car Dieu, nous le voyons, t'a honoré, et a placé dans l'homme son égal amour.
« Parie donc , car il arriva que le Jour où ta naquis J'étois absent , engagé dans un voyage difûciie et ténébreux, au loin dans une excursion vers les portes de l'enfer. En pleine légion carrée ( ainsi nous en avions reçu l'ordre ) , nous veillâmes à ce qu'aucun espion ou aucun ennemi ne sortit de là , tandis que Dieu étoit
For, while I sit wiUi thee , I aeem in Heaven ; Andsweeter thy discourse ia to my ear Than fruits of palm-tree pleasantest to tbirst And hunger botb , from labour, at tbe hour Of sweet repast ; Ihey satiate , and soon fiti , Though pleasant ; but thy words, with grâce dl? ine Imhued , bring to thcir sweetness no satlety. » To whom Uios Raphaël answer*d lieavenly roeek : « Nor are thy lips ungraceful , sire of men , Nor longue ineloquent; for God on thee Abundantly bis gifts hatb aiso ponr'd Inward and outward both , bis image fair : Speaking or mute , ail comeliness and grâce Attends thee; and each word, each motion forms : Nor less think we in Heaven of thee on earth Than of our fellow-servant, and inquire Gkidly hito the ways of God with man : For God , we see , hath honour*d thee , and set On man hts equal love.
« Say therefore on ; For I that day was alisent , as befell, Bonnd on a voyage nneomith and obscure , Far on eMuraion toward tiie gâtes of Hell ; SquarM hi fuit légion , ( auch command we bad ) To seè thaï none thence lasaed fortb a apy. Or eneay, while God was in lite work ;
LE PARADIS PERDU
« à son ouvrage , de peur que lui , irrité par cette « irruption audacieuse, ne mêlât la destruction « à la création. Non que les esprits rebelles osas- « sent sans sa permission rien tenter, mais il nous < envoya pour établir ses hauts commandements « comme souverain Roi, et pour nous accoutu- « mer à une prompte obéissance.
n Nous trouvâmes étroitement fermées les « horribles portes, étroitement fermées et bar- « ricadées fortement : mais longtemps avant noa tre approche, nous entendîmes au dedans un « bruit autre que le son de la danse et du chant : « tourment, et haute lamentation, et ragefuneuse! « Contents , nous retournâmes aux rivages de la « lumière avant le soir du sabbat; tel étoit notre « ordre. Maiston récit à présent : car je T attends, « non moins charmé de tes paroles que toi des « miennes. »
Ainsi parla ce pouvoir semblable à un Dieu , et alors notre premier père :
« Pour l'homme, dire comment la vie humaine «commença, est difficile, car qui connut soia même son commencement? Le désir de con- « verser plus longtemps encore avec toi m'induit (1 à parler.
« Comme nouvellement éveillé du plus profond « sommeil , Je me trouvai couché mollement sur « rherbe fleurie , dans une sueur embaumée , que « par ses rayons le soleil sécha en se nourrissant « de la fumante humidité. Droit vers le ciel , je
Lest he , iDcens'd at such éruption bold, Destruction wilh création mighl hâve raix*d. Not Ibat they durst wilhoul his leave altempl : But us he sends upon his higli behests For State , as sovran King ; and to inure Our prompt obédience.
« Fast we found , fast shut, The dismal gales, and barricado'd slroug; But long ère our approaching , heard wilhin Noise, olher than the sound of dance or song, Torment , and loud lamcnl, and furiotis rage. Glad we return'd up to the coasls of liglit Ere sabbath-evening : so we had in charge. But thy relation now ; for I attend, Plcas'd wilh Uiy words no less than thou with mine. »
So spake the godlike power, and tbus our sire :
« For maa to tell how human life began Is hard; for who himself k)eginning knew? Désire with thee 8tiU longer to converse Induc*d me.
« As new wak*d from soundesl sieep , Soft on the flowery herb I found me laid , In balmy sweat; which wiUi his beams the sun SooQ dried , and on the rceking inoislure fed. Straight toward Heaven my wondering eyes I tum*d ,
tournai mes yeux étonnés, et contemplai quelque temps le firmament spacieux , jusqu'à ce que levé par une rapide et instinctive impulsion, je bondis, comme m efforçant d atteindre là, et je me tins debout sur mes pieds. « Autour de moi , j'aperçus une colline , une vallée, des bois ombreux, des plaines rayonnantes au soleil , et une liquide chute de ruisseaux murmurants ; dans ces lieux j'aperçus des créatures qui vi voient et se mouvoient,qui marchoient ou voioient ; des oiseaux gazouillant sur les branches : tout sourioit; mon cœur étoit noyé de joie et de parfum.
K Je me parcours alors moi-même, et membre à membre je m'examine , et quelquefois je marche , et quelquefois je cours avec des jointures flexibles , selon qu'une vigueur animée me conduit : mais quij'étois, où j'étois , par quelle cause j'étois , je ne lesavoispas. J'essayai de parler, et sur-le-champ je parlai ; ma langue obéit et put nommer promptement tout ce que je voyols.
« Toi, soleil, dis-je, belle lumière! et toi, terre éclairée , si fraîche et si riante ! vous , collines et vallées; vous, rivières, bois et plaines; et vous , qui vivez et vous mouvez, belles créatures, dites, dites, si vous Tavez vu, comment suis-je ainsi venu, comment sois-je ici ? Ce n*e$t de moi-même ; c'est donc par quelque grand créateur prééminent en bonté et en pouvoir.
And gaz*d awhile the ample sky ; till , rais'd By quick instinctive motion, up I spnmg As thilherward endeavouring, and upright Slood on my feet.
« Aboat me round I saw Hill , dale , and shady woods , and sunny plains, And liquid lapse of murmuring streams; by thèse Créatures that Uv*d and mo?*d and walk*d , or flew; Birds on the brauches warbling ; ail things smird ; With fragrance and willi joy my heart o*erflow*d.
n Myseir I thcn perus*d , and limb by limb Survey*d , and somelimes went , and sometimes rea Wilh supple joints , as Hvely vigonr led : But who I was , or where, or from what caase, Knew not : to speak I tried, and forthwith spake; My longue obey*d , and readlly could name Whale'er I saw.
« Thou sun , sald I , fiiir liglit , And thou enlighten'd earth , so fresh and gay , Ye hills , and daies , ye rivers , woods , and plains , And ye that li?e and move , fair cre^res , tell , Tell , if ye saw , how I came thos » how liere? Not of myself ; by some great Maker Uien , In goodness and in power pré^minffil :
Tell me» how may I know him , l»w adore>