‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 135 sur 283 · LIVRE VlII · texte numérisé non relu

LIVRE VlII

< Dites-moi comment je puis le connottre, com- ■ meot l'adorer celui par qui je me meus, je vis,

• et sens que je suis plus heureux que je ne le

• sais?

« Pendant que j'appelois de la sorte et que je "mVgaroisje ne sais où, loin du lieu où j'avois

• d'abord respiré Tair et vu d'abord cette lumière

• fortunée , comme aucune réponse ne m'étoit

< faite, je m'assis pensif sur un banc vert, omibragé et prodigue de fleurs. Là, un agréable

• sommeil s'empara de moi pour la première fois ,

• et accabla d'une douce oppression mes sens as-

• soupis, non troublés, bien qu'alors je me flgu-

> rasse repasser à mon premier état d'insensibi-

> lité et me dissoudre.

' Quand soudain à ma tête se tint un songe

• dont l'apparition intérieure inclina doucement *nK>Q imagination à croire que j'avois encore 'Fétreet que je vivois. Quelqu'un vint, ce me «semble, de forme divine ,.et me dit :

^ — Ta demeure te manque, Adam ; lève-toi,

< premier homme , toi destiné à devenir le pre-

• mier père d'innombrables hommes! Appelé par ' toi, je viens , ton guide au jardin de béatitude, 'ta demeure préparée. —

• Ainsi disant , il me prit par la main et me

• leva : et sur les campagnes et les eaux douce - ■ nent glissant comme dans l'air sans marcher, ' il me transporta enfin sur une montagne boisée ,

• doQt le sommet étoit une plaine ; circuit large-

from wbom I bave that thus I mu?e and live, AQdfecI that I am liappier thau I liuow.

• Wbile thus I cali'd , and 8tray*d I linew not wliithcr, From wliere I first drew air, and first beheld

TbU iiappy light ; wheii answer none rcturn'd, •

^ a grcen sliady banli , profuse of flowers,

iV-n^se I sat me down : there gentle sleep

FiM found me, and wiib soft oppression seiz'd

Mydrowsed sensc; untroubled, thougli 1 tliougbt

i then was passing to my former state

IdstDsible, and forlhwith to dissolve :

^^))en suddenly stood at my hcad a dream ,

^>ho(ie inward apparition gently mov'd

M) lancy tobelieve I yct liad being,

^ iiv'd : eue came , metbought, of sbape divine f

Aodsaid:

« Tby mansion wants ttiee , Adam ; rise / First man , of men innumerable ordain*d fif^lfaUïcrî call'd by tbee, I corne tliy guide To tlie garden of bliss , Ihy seat prepar'd. »

• So saying, by the hand be tooli me rais*d, Aûd o\er fields and waters, as in air ScuwiUi-sliding witliout step, last led me up

A Woody mounlain ; wliose higli top was plain , A circuit nide , enclos'd with goodUest trees ,

« ment clos , planté d'arbres les meilleurs , de « promenades et de bosquets ; de sorte que ce « que j'avois vu sur la terre auparavant sem bloit « à peine agréable. Chaque arbre chargé du plus « beau fruit , qui pendoit en tentant l'œil , exci- « toit en moi un désir soudain de cueillir et de « manger. Sur quoi je m'éveillai , et trouvai de- « vant mes yeux , en réalité , ce que le songe « m'avoit vivement offert en image. Ici auroit re- « commencé ma course errante, si celui qui étoit « mon guide à cette montagne n'eût apparu parmi « les. arbres; présence divine! Rempli de joie, « mais avec une crainte respectueuse , je tombai « soumis en adoration à ses pieds. Il me releva , « et :

« — Je suis celui que tu cherches , me dit-il « avec douceur ; auteur de tout ce que tu vois au- « dessus , ou autour de toi , ou au-dessous. Je te « donne ce paradis ; regarde-le comme à toi pour . K le cultiver et le bien tenir, et en manger le « fruit. De chaque arbre qui croit dans le jardin, « mange librement et de bon cœur ; ne crains « point ici de disette; mais de l'arbre dont l'o- « pération apporte la connoissance du bien et du A mal , arbre que j'ai planté, comme le gage de a ton obéissance et de ta foi , dans le jardin au- ^( près de l'arbre de vie (souviens-toi de ce dont « je t'avertis) , évite de goûter et évite la consé- « quence amère. Car sache que le jour où tu en « mangeras, ma seule défense étant transgres-

Planfed with walks and bowers; that what I saw Of earth before scarce pleasant seem'd. Each Iree Loaden with fairest fruit that hung to Ui* eye Tempting, stirr*d in me suddcn appetite To pluck and eat ; whereat l walt'd, and found Before mine eyes ail real , as the dream Had livdy shadow*d : hère liad new begun My wandering, had not he, who was my guide Up hither, from among the trees appear'd. Présence divine ! Rejoicing , but w ith awe , In adoration at bis feet I fell Submiss. He rear'd me , and :

« AVhom thou sought*st I am , Said mildly y authour of ail Ihis thou scest Above, or round about Ihee, or benealh. This Paradise I give thee ; count il thine To till and keep , and of the fruit to eat : Of every tree that in the garden grows Eat freely with glad heart; fear hère no dearth : But of the tree whoee opération b rings Knowledge of good and ill, which I bave set The pledge of thy obédience and thy faith , Amid the garden , by the tree of Life , Remember what 1 warn Ihee , sliun to tasle And shun the bitter conséquence : for know.

LE PARADIS PERDU

« sée, inévitablement tu mourras, mortel de ce

«Jour; et tu perdras ton heureuse situation,

« ciiassé d'ici dans un monde de mallieur et de

«misère. —

«Il prononça sévèrement cette rigoureuse

« sentence qui résonne encore terrible à mon

« oreille , bien qu'il ne dépende que de moi de ne

« pas l'encourir. Mais il reprit bientôt son aspect

« serein , et renouvela de la sorte son gracieux

« propos :

c — Nott^seulement cette belle enceinte , mais

« la terre entière, je la donne à toi et à ta race.

«Possédez-la comme seigneurs, et toutes les

« choses qui vivent dedans, ou qui vivent dans

« la mer, ou dans Pair, animaux, poissons, oi-

« seaux. En signe de quoi , voici les animaux et

« les oiseaux , chacun selon son espèce; je te les

« amène pour recevoir leurs noms de toi, et

« pour te rendre foi et hommage avec une sou-

« mission profonde. Entends la même chose des

« poissons dans leur aquatique demeure , non

« semonces ici , parce qu'ils ne peuvent changer

« leur élément pour respirer un air plus sub-

* til. —

« Gomme il parloit, voici les animaux et les

« oiseaux s'approchant deux à deux ; les animaux « fléchissant humblement le genou avec des flat- « teries, les oiseaux abaissés sur leurs ailes. Je

• les nommai à mesure qu'ils passoient, et je com- « prenois leur nature (tant étoit grand le savoir

Tlie day Uiou eàVai thereof , my sole commaDd Transgressa y Ineritably thou sbalt die; From that day mortal; and this happy state Shalt lose » expelPd from heoce into a world Of woe and sorrow. » —

« Steroly he pronoanc'd The rigid interdiction , whidi resoonds Yet dreadral in mine ear, tlioagh in roy choioe Not to incQT : but soon his clear aspect Retum'd , and gradous parpose tiras renew'd : « Not only tbese fair bounds , but ail the earth To tbee and to thy race I give ; as lords J^ossess il y and ail things that Iherein liye , Or Hve in sea or air ; beast , fish , and fowl. In sign whereof ,>each bird and beast bebold Afler their kmds ; I bring them to receive From Ihce their names , and pay thee fedly WHh low subjecUon ; understand the same Of fish wilhin their wat'ry résidence , Not hither summonM , since they cannot change Their élément, to draw the thinner air. » —

n As thus he spake , each bird and beast behold Approacbing two and two ; thèse cowering low "NVith blandishment : each Inrd stoop'd on his wing. nam*d them as they passM , and nnderstood

dont Dieu avoit doué ma soudaine intelligence !) ; mais , parmi ces créatures , je ne trouvai pas ce qui me sembioit manquer encore, et je m'adressai ainsi à la céleste vision :

« — Oh I de quel nom l'appeler? car toi audessus de toutes ces créatures, au-dessus de l'espèce humaine, ou au-dessus de ce qui est plus haut que l'espèce humaine, tu surpasses beaucoup tout ce que je puis nommer. Comment puis-je t'adorer, auteur de cet univers et de tout ce bien donné à Thomme , pour le bien-être duquel , si largement et d'une main libérale, tu as pourvu à toutes choses ? Mais avec moi, je ne vois personne qui partage. Dans la solitude est-il un bonheur ?qui peut jouir seul? ou en jouissant de tout , quel contentement trouver? —

« Ainsi je parlois présomptueux , et la vision comme avec un .sourire, plus brillante, répliqua ainsi :

« — Qu'appelles-tu solitude? La terre et Tair ne sont-ils pas remplis de diverses créatures vivantes, et toutes celles-ci ne sont-elles pas à ton commandement pour venir jouer devant toi? ne connois-tu pas leur langage et leurs mœurs? elles savent aussi, et ne raisonnent pas d'une manière méprisable. Trouve un pas9^ temps avec elles et domine sur elles ; ton toydXr me est vaste. —

« Ainsi parla l'irniversel Seigneur et sembla

Their natm« ; with such knowledge God endned My sudden appréhension : but in thèse I foond not what methought I wanted stiO ; And to Uie heavenly Vision thus presum'd : —

« O , by what name, for thou aboyé ail thèse, Above mankind , or aught than mankind higher, Surpassest far my naming ; how may I Adore thee, Authour of this uni verse, Andall this good to man? for whose wd bdng So amply, and with hands so libéral, Thou hast provided ail things : but with me I see not who partakes. In solitude What happiness? who can cnjoy alone :

Or, ait enjoying, what contentment find? » —

« Thus I prcsumptaous; and the Vision bright, As with a smile more brighten'd , thos replied : —

R Whai calPst thou solitude ? Is not tlie earih With various livlng créatures , and llie air Replenisli*d , and ail tbese at thy command To corne and play before thee? Know'st thon not Their language and their ways ? They also know, And reason not contemptibly : with thèse Find iiastime, and bear mie ; thy realm is large. » -

« So spake the Universal Lord , and seemM So ordering ; 1 , with leave of speech impkx^d,

UVRE YIU.

dicter des ordres. Moi , ayant imploré par une humble prière la permission de parler, Je répliquai:

< ^ Que mes discours ne t'oflénsent pas, ceiestepuissance ; mon Créateur, sois propice tandis que Je parle. Ne m*as-tu pas fait ici ton représentant, et n'as-tu pas placé bien au-dessous de moi ces inférieures créatures? Entre inégaux quelle société , quelle harmonie , quel vrai délice peuvent s'assortir? Ce qui doit être mutuel doit être donné et reçu en Juste proportion ; mais co disparité , si Tun est élevé , l'autre toujours alKàissé, ils ne peuvent bien se convenir Tua à l'autre, mais ils se deviennent bientôt égalemeot ennuyeux. Je parle d'une société telle que je la cherche , capable de participer à tout delioe rationnel , dans lequel la brute ne saurait être la compagne de l'homme : les brutes «réjouissent chacune avec leur espèce; le lion avec la lionne ; si convenablement tu les as uDies deux à deux ! L'oiseau peut encore moins converser avec le quadrupède, le poisson avec loiseaa, le singe avec le bœuf; l'homme peut doDc encore moin^ s'associer à la bête, et il le peut le moins de tous. — « A quoi le Tout-Puissant , non offensé , répondit:

• — Tu te proposes, Je le vois, un bonheur fin et délicat dans le choix de tes associés.

Aid humble deprecatioD , thus replied : —

• Leliiot my words otkoà thee , heaveoly Power ; Mt Maker, \» propitioos while I speak.

HssiUioH Dût made me hère Ihy substitute,

And Uiese inTeriour far beneath me set?

Aoxxig unequals what society

^ sort ; wbat barmony, or tnie delight ?

^tiich oiust be mutual , io proportion due

GiTenand receif'd : bat, in disparity,

Theone inteue , the other still reméBS,

Cannot well suit with eiUier, but soon prove

Tedkxis aUke : of fellowship I speak ,

Soch as I îetk , fit to participate

AI] rational deÛgbt ; wberein Uie brute

Canoot be human consort : they r^oice

hth wiUi \hâr kind , lion witli Uonesa ;

^ ûlly tbem in pairs thou hast combin*d :

MiKk less can birà wiUi beast, or fish with fowl

So weU coDTerse , nor with the ox tbe ape ;

^Vorse Uien can man with beast , and least of ail. « —

• W hereto th* Alnugbty answer*d , not displeas'd : — « A nice and subtle happiaess, I see,

THoa to Ihyself proposest , in the clioice

Of Uiy associâtes , Adam , and wilt Usle

No pleasure, thottgh in pleasure, solitai7.

NVhat thiok^st Uiou then of me, and this my slate?

« Adam , et dans le sein du plaisir, tu ne goàte- < ras aucun plaisir, étant seul. Que penses-tu « donc de moi et de mon état? te semblé-Je, ou « non , posséder suffisamment de bonheur, moi « qui suis seul de toute éternité? car Je ne me « connois ni second , ni semblable , d'égal tieau- « coup moins. Avec qifi donc puis-Je converser, K si ce n'est avec les créatures que J'ai faites, et' « celles^, a moi inférieures, descendent inûni- « ment plus au-dessous de mol , que les autres « créatures au-dessous de toi* —

« Il se tut ; Je repris humblement :

« — Pdur atteindre la hauteur et la profondeur « de tes votes étemelles , toutes pensées humaines « sont courtes. Souverain des choses I tu es par- « Mt en toi*méme , et on ne trouve rien en toi de « défectueux : l'homme n'est pas ainsi ; il ne se ft perfectionne que par degrés : c'est la cause de « son désir de société avec son semblable pour « aider ou consoler ses insuffisances. Tu n*as pas « besoin de te propager, déjà Infini , et accompli n dans tous les nombres, quoique tu sois un. Mais « rhomme par le nombre doit manifester sa pai^ « ticullère imperfection, et engendrer son pareil « de son pareil, en multipliant sou Image défec>> « tueuse en unité, ce qui exige un amour mutuel « el la plus teudre amitié. Toi dans ton secret , « quoique seul, supérieurement accompagné de « toi-même, tu ne cherches pas de communica*

Seem I to thee suffidently possess'd

Of happiness , or noi? who am alooe

From ail eteruity ; for none I kaow

Second to me or like , equal much less»

How liave I then with whom to hoid converse »

Save with the créatures wbich I made » and those

To me inferiottr» infinité descents

Beneath what other créatures are Io thee? » —

« He ceased; I lowly answer*d : — « To attaln The highth and depth of thy etemal ways Ail human thoiights corne short , Suprême of ifaings 1 Thou in thyself art pecfed , and in thee Is no déficience found : not so is man» But in degree ; the cause of his désire By conversation with his like to lielp, Or solace his defects. No need that Umni Shouldst propagale , already Infinité , And throogli ail numbers absolote, though One : But man by number is Io manifest His single imperfection, and beget Like of his Kke , his image muitiplied » In unity defective; which i>eq«ires Collatéral k>ye , and dearesl amity.

Thou in ttiy secresy , althoogh akme»

Best with thsiself anoompanied, aeek*st noC Social coaununicatMi ; yel, 80 pleas'd ,

LE PARADIS PERDU

tion sociale : cependant , si cela te plaisoit , ta pourrais élever ta créature déifiée à quelque hauteur d'union ou de communion que tu voudrais : moi en conversant Je ne puis redresser ces brutes courbées , ni trauver ma complaisance dans leurs voies. — « Ainsi enhardi, Je parlfd ; et J'usai de la liberté accordée , et Je trouvai accueil : ce qui m'obtint cette réponse de la gracieuse voix divine : n — Jusqu'ici , Adam, Je me suis plu à Réprouver, et j'ai trouvé que tu oonnoissois nonseulement les bétes, que tu as proprement nommées, mais toi-même; exprimant bien l'esprit libre en toi , mon image , qui n'a point été départie à la brute , dont la compagnie pour cela ne peut te convenir; tu avois une bonne raison pour ladésapprou ver franchement : pense toujours de même. Je savois, avant que tu parlasses, qu'il n'est pas bon pour l'homme d'être seul ; unecompagnieteile que tu la voyois alors , Je ne t'ai pas destiuée ; Je te l'ai présentée seulement comme une épreuve , pour voir comment tu Jugerois du Juste et du convenable. Ce que Je te vais maintenant apporter te plaira , sois-en sûr; c'est ta ressemblance, ton aide convenable, ton autre toi-même, ton souhait exactement selon le désir de ton cœur. — « Il finit ou Je ne l'entendis plus , car alors ma nature terrestre accablée par sa nature céleste ( sous laquelle elle s'étoit tenue longtemps

Canst raise thy créature to what highth tboa wilt

Of union or commanion , deified :

I, by conTersing, cannot Uiese erect

From prone ; nor in theîr ways complacence find. »

« Thu8 1 embofden'd spake , and freedom os'd Permissive , and acceptance fonnd : whicli gain*d Tliis answer from the gracions Voice divine :

« Tbus far to try Ihee , Adam , I was pleas'd ; And find thee knowing , not of beasta alone, Which thou hast rightiy nam'd , but of thyself ; Expressing well the spirit within thee free, My image, not impartod to the brute, >Vhose feUowship therefore unmeet for thee; Good reason was tliou freely shouldst dislike ; And be so minded still : I , ère tliou spak'st, Knew It not good for man to be alone ; And no sach company as then thou saw'st Intcnded tliee; for trial only brought, To see how thou couldst judge of fit and meet : What nexl 1 bring shall please thee , be assur'd , Thy likeneas, thy fit help, thy olher self, Tliy wish exacUy to thy heart's désire. »

ft He ended , or I heard no more ; for now My earthly by his heavenly overpower*d , >Yhich it had long stood under, straio'd to th' highth

et

exaltée à la hauteur de ce colloque diviQ et sublime), ma nature éblouie et épuisée comme quand un objet surpasse les sens, s'affaissa, et chercha la réparation du sommeil qui tomba à l'instant sur moi , appelé comme en aide par la nature , et il ferma mes yeux.

tt Mes yeux il ferma , mais laissa ouverte la cellule de mon imagination, ma vue intérieure, par laquelle, ravi comme en extase, Je vis, à ce qu'il me sembla, quoique dormant où J*étois,Je vis la forme toujours glorieuse devant qui Je m'étois tenu éveillé , laquelle se baissant, m'ouvrit le côté gauche, y prit une côte toute chaude des esprits du cœur, et le sang de la >ie coulant frais : large étoit la blessure , mais soudain remplie de chair et guérie.

« La forme pétrit et façonna cette côte avecses mains ; sous ses mains créatrices se forma m créature semblable à l'homme , mais de seie différent, si agréablement belle que ce qui sembloit beau dans tout le monde sembloit maintenant chétif , ou paroissoit réuni en die, contenu en elle et dans ses regards, qui depois ce temps ont épanché dans mon cœur une douceur Jusqu'alors non éprouvée ; son air inspira à toutes choses l'esprit d'amour et un amoureoi délice. Elle disparut, et me laissa dans les ténèbres. Je m'éveillai pour la trouver, ou pour déplorer à Jamais sa perte , et abjurer tous les autres plaisirs.

In that celeslial oolloqny snblime , As with an object that excels the sensé, Dazzled and spent, sunk down ; and sought repair Of sieep , which instantly fell on me, call'd By nature as in aid , and closM mine eyes. Mine eyes he clos'd , but open left the cell Of fancy, my internai siglit ; by which , Abstract as m a trance , methought I saw Though sleeping , where I lay, and saw the shape StUI glorious before whom awake 1 stood; Who stooping , open*d my Icft side , and took From thence a rib , with cordial spirits warm , And life-blood streaming fresh ; wide was the woudJi But suddenly with flesli fdfd up and heard : The rib be form'd and fashion'd wilh bis haifds; Under his forming hands a créature grew, Man-like, but différent sex; so loTely fair, That what seera'd fair in ail the worid , seem'd now Mean , or in her summ'd up, in her conlaln*d And in her looks ; which from that tiroe infus'd Sweetness into my licart, unfeit before. And into aU things from her air inspir'd The spirit of love and amorous deliglit. She disappear*d , and left me dark ; I wak'd To find her, or Ibr ever to déplore

Page 1