‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 183 sur 283 · DE M. L£ VICOMTE DE BONALD · texte numérisé non relu

DE M. L£ VICOMTE DE BONALD

IloTembK I80S.

« Peu d'hommes naissent avec une disposilion partirolière et délenninée à|un seul objet, qu'on appelle talenf; bienfait de la natere^ ai des cireoiMtaiioes bvoraUes as^ eondentle dévdoppeoMDty onpeRBetteat reaptoi; mdbw

réel, louraieBtde rhomme, si elles le oonCrarient.»

Ce passage est tiré du livre même que noos annonçons aujourd'hui au public. Rien n'est plus touchant et en même temps plus triste que les plaintes Involontaires qui échappent quelquefois au véritable talent. L'auteur de la Législafion primitive y comme tant d'écrivains célèbres, semble n'avoir reçu les dons de la nature qw pour en sentir les dégoûts. Gomme Épîctètc , il a pu réduire la philosophie à ces deux maximes: « souffrir et s'abstenir, » «vlj^ou %a\ èitt/w, Cest dans l'obscure chaumière d'un paysan d'AHewagne , au fond d'une terre étrangère , qu'il a composé sa Théorie du pouvoir potUigue et religieux * ; c'est au milieu de toutes les privations de la vie , et encore sous la menace d'une loi de proscription , qu'il a publié ses observations sur le divorce; traité admirable, dont les demièr«

* Cet cavrage, q^ panten rTtS, IM

rectoire, et n'a pas clé xiUjnprimé.

kDi-

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pages sartont sont un modèle de cette éloquence de pensées, bien supérieure à i*éloquence de mots, et qui soumet tout, comme le dit Pascal, par droK de puissance; enfin c'est au moment où il va abandonner Paris, les lettres, et pour ainsi dire son génie, qu'il nous donne sa LégisUjUion primitive : Platon couronna ses ouvrages par ses Lois, et Lycurgue 8*exila de Lacédémone après avoir établi les siennes. Malheureusement Dous n*avons pas, comme les Spartiates, juré d'observer les saintes lois de notre nouveau législateur. Mais que M. de Bonald se rassure : quand on joint comme lui l'autorité des bonnes mœurs à l'autorité du génie; quand on n'a aucune de ees foiblesset qui prêtent des armes à la calomnie et consolent la médiocrité, les obstacles tôt ou tard s'évanouissent , et l'on arrive à cette position où le talent n'est plus un malheur, mais un bienfait.

Les jugements que l'on porte sur notre littérature moderne nous semblent un peu exagérés. Les uns prennent notre jargon scientifique et nos phrases ampoulées pour les progrès des lumières et du génie ; selon eux, la langue et la raison ont fait un pas depuis Bossuet et Racine : quel pas! Les autres , au contraire , ne trouvent plus rien de passable; et, si on veut les en croire, nous n'avons pas un seul bon écrivain. Cependant n'est-il pas à peu près certain qu'il y a eu <les époques en France où les lettres ont été audessous de ce qu'elles sont ai^ourd'hui? Sommesnous juges compétents dans cette cause, et pouvons-nous bien apprécier les écrivains qui vivent avec nous? Tel auteur contemporain dont nous sentons à peine la valeur sera peut-être un jour 1a gloire de notre siècle. Combien y a-t-il d'an- Mes que les grands hommes du siècle de Louis XI V sont mis à leur véritable place? Racine et la l^ruyère ibrent presque méconnus de leur vivant. Nous voyons RoUin , cet homme plein de goût et de savoir, balancer le mérite de Fléchier et de ^^<MRiet , et faire asses comprendre qu'on donnoit g^ralement la préférence au premier. La mai^e de tous les âges a été de se plsdndre de la f^té des bons écrivains et des bons livres. Que i^'s-t-on point écrit contre le Télémaque, con- ^ les Caraeières de la Bruyère, contre les chcfe-d'œuvre de Racine ! Qui ne connolt Tépigramme sur Athalie? D'un autre côté , qu'on lise les joamanx du dernier siècle; il y a plus , qu*on 1^ oe que la Bruyère et Voltaire ont dit eux-

mêmes de la littérature de leur temps : pourroiton croire qu'ils parlent de ces temps où vécurent Fénelon , Bossuet , Pascal , Boileau , Racine , Molière, la Fontaine, J. J. Rousseau, Buffon et Montesquieu?

La littérature françoise va changer de face; avec la révolution vont naître d'autres pensées, d'autres vues des choses et des hommes. Il est aisé de prévoir que les écrivains se diviseront. Les uns s'efforceront de sortir des anciennes itmtes; les autres tâcheront de suivre les antiques modèles , mais toutefois en les présentant sons un jour nouveau. Il est assez probable que les derniers finiront par l'emporter sur leurs adversaires , parce qu'en s'appuyant sur les grandes traditions et sur les grands hommes, ils auront des guides bien plus sûrs et des documents bien plus féconds.

M. de Bonald ne contribuera pas peu à cette victoire : déjà ses Idées commencent à se répandre ; on les retrouve par lambeaux dans la plupart des journaux et des livres du jour. Il y a de certains sentiments et de certains styles qui sont pour ainsi dire contagieux , et qui (si l'on nous pardonne Texpression ) teignent de leurs couleurs tous les esprits. C'est à hi fois un bien et un mal : un mal, en ce que cela dégoûte l'écrivain dont on fane la fraîcheur, et dont on rend l'originalité vulgaire; un bien, quand cela sert à répandre des vérités utiles.

Le nouvel ouvrage de M. de Bonald est divisé en quatre parties.

La première ( comprise dans le discours préliminaire) traite du rapport des êtres et des prin* cipes fondamentaux de la législation ;

La seconde considère l'état ancien du tniniS' tère publie en France ;

La troisième regarde Pédueaiian publique;

Et la quatrième examine l'état de l'Europe chrétienne et mahométane.

SI dans l'extrait que l'on va donner de la Lé" gislation primitive on se permet quelquefois de n'être pas de l'opinion de l'auteur, il voudra bien le pardonner. Combattre un homme tel que lui, c'est loi préparer de nouveaux triomphes.

Pour remonter aux principes de la législation, M. de Bonald commence par remonter aux principes des êtres , afin de trouver la loi primitive, exemplaire étemel des lois humaines, qui ne sont bonnes ou mauvaises qu'autant qu'elles se rapprochent ou s'éloignent de cette loi , qui n'est

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qu*an écoulement de la sagesse divine... Lex.,. rerum omnium principem expressa naturam, ad quam leges hominum diriffuniur, quœ supplicio imprebos afficiunty etdefenduni et tuentur bonos '. M. de Ronald trace rapidement l'tiistoire de la philosophiCy qui, selon lui, vouloitdire étiez les anciens amour de la sagesse , et parmi nous recherche de la vérité. Ainsi les Grecs faisoient consister la sagesse dans la pratique des mœurs, et nous dans la théorie. « Notre philosophie , dit « Tauteur, est ?aine dans ses pensées , superbe « dans ses discours. Elle a pris des stoïciens For- « gneil, etdesépicuriens la licence. Elle a sesscep- « tiques , ses pyrrhoniens , ses éclectiques ; et la « seule doctrine qu'elle n'ait pas embrassée est « celle des privations. »

Sur la cause de nos erreurs, M. de Ronald fait cette observation profonde :

« On peut préjuger en physique des erreurs « particulières; on doit préjuger en morale des « vérités générales ; et c'est pour avoir fait le oon- «r traire, pour avoir préjugé la vérité en physi- « que, que le genre humain a cru si longtemps « aux alMurdités de la physique ancienne; comme « c'est pour avoir préjugé l'erreur dans la morale « générale des nations que plusieurs ont , de nos « Jours, fait naufirage. »

L'auteur est bientôt conduit à Texamen du problème des idées innées. Sans embrasser l'opinion qui les rejette , ni se ranger au parti qui les adopte , il croit que Dieu a donné aux hommes en général, et non à Thomme enparticth lier, une certaine quantité de principes ou de sentiments innés (tels que révélation de l'Étre- Suprème , de l'immortalité de l'âme, des premières notions de la morale, etc.), absolument nécessaires à l'établissement de l'ordre social. D*oà il arrive qu'on peut trouver à la rigueur un homme isolé qui n'ait aucune connoissance de ces principes, mais qu'on n'a jamais rencontré une société d'hommes qui les ait totalement ignorés. Si ce n'est pas là la vérité, convenons du moins qu'un esprit qui sait produire de pareilles raisons n'est pas un esprit ordinaire.

De là H. de Ronald passe à l'examen d*un autre principe'sur lequel il a élevé toute sa législation, savoir : Que la parole a été enseignée à rhommCf et quHl n^apu tinventer lui-même.

Il reconnoit trois sortes de paroles, le geste, la parole, et l'écriture.

Il fonde son opinon sur des ndsons qui paroissent d'un très-grand poids :

1^ Parce qu'il est nécessaire de penser sa pa« rôle , avant de parler sa pensée ;

2"" Parce que le sourd de naissance qui n*entend pas la parole est rouet, preuve que la parole est un chose apprise et non inventée ;

3" Parce que si la parole est dinveation homaine, il n'y a plus de vérités nécessaires, etc.

M. de Ronald revient souvent à cette idée, d'où dépend , selon lui , toute la controverse des théistes et des athées, des chrétiens et des philosophes. On peut dire en effet que, 8*11 étoit prouvé que la parole est révélée et non inventée, on auroit une preuve physique de l'existeDcede Dieu, et Dieu n'auroit pu donner le verbe i l'homme sans lui donner aussi des règles et des lois. Tout deviendroit positif dans la société; et c'étoit déjà, ce nous semble , l'opinion de Platon et du philosophe romain : Legem neque Aominum ingeniis excogitatam^ neque sciitm aliquod esse populorum, sed œtemum qtdddam, etc.

Il devenoit nécessaire à M. de Ronald de développer son idée, et c'est ce qu'il a fait dans une excellente dissertation qui se trouve aa second volume de son ouvrage. On y remarque cette comparaison, que Ton croiroittradalleda Phédon ou de la République :

« Celte Gorrespondaiice naUireUe et nëoessatie des po* fiées et des mots qui les expriment , et cette néœssilé de U parole pour rendre présentes à Tesprit ses prepres pensées et les peosées des autres, peuvent ètrt rendues sensilila

par une comparaison dont l'extrftme euditade

prouveroit loate seule une analogie parfaite entre les lois de noire être intelligent et celles de notre être phyu<iQe.

N Si je suis dans un lieu obscur, je n'ai pas la Tision oculaire, ou la connoiasanee par la vue de rezistenee deirorps qui sont près de moi , pas même de mon pn^ corps ; et

sous ce rapport ces êtres sont à mon égard comme s Os n*étoient pas. Mais si la lumière vient toot à coup à pi* rottre, tous les objets en reçoivent une couleur relative, pour chacun, à la conlexture particulière de sa wHioe; chaque corps se produit à mea'yeox , je les vois toas;'et j< juge les rapporte de forme , d'étendue , de distaoce que ce* corps ont entre eux et avec le mien.

« Notre entendement est ce lieu obscur où nous n'apercevons aucune idée , pas même celle de notre propre intei* ligence , jusqu'à ce que la parole , pénétraot par le sens de | l'oideoadela vue, porte la lumière daqs les téaèbrei, et appelle, pour ainsi dire, chaque idée, qui répond conoe les étoiles dans Job : Me voilà! Alors seulement nos kiées | sont exprimées; nous avons la conscience ou la cûdow»- i sance de nos pensées , et nous pouvons la donner «« •"' très; alors seulement nous nous Uléms iMHis-Biéoies»BOBS

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idémi les antres èlres et les rapports quMh ont entre eux et avec nous ; et de même que roûl distingue chaque coq» à sa couleur, l'esprit distingue chaque idée à son expression. »

Trottve-l-on souvent une aussi puissante métaphysique unie à une si vive expression? Chaque idée qui répond à la parole comme les étoiles dans Job : mb voila, n'est-ce pas là un ordre de pensées bien élevé , un caractère de style bien rare? J'en appelle à des hommes plus habiles que moi : Quantum eloquentia valeat, pluribus credere potesL

Cependant nous oserons proposer quelques doutes à l'auteur, et soumettre nos observations à ses lumières. Nous reconnoissons , comme lui , le principe de la transmission ou de l'enseignement de la parole. Mais ne pose-t-il pas trop rigoureusement le principe? En en faisant la seule preuve positive de l'existence de Dieu et des lois fondamentales, de la société , ne met-il pas en péril les plus grandes vérités, si Ton vient à lui contester sa preuve unique? La raison qu'il tire des sourde-muets , en faveur de l'enseignement de la parole, n'est peut-être pas assez convaincante; car on peut lui dire : |Yous prenez un exemple dans une exception, et vous allez chercher une preuve dans une imperfection de la nature. Supposons un homme sauvage, ayant tous ses sens, mais point encore la parole. Cet homme, pressé par la faim, rencontre dans les forêts un objet propre à la satisfaire ; il pousse un cri de Joie en le voyant , ou en le portant à sa bouche. N'est-il paspos8iblequ'ayantentendtflecri,leson tel quel, il le retienne et le répète ensuite toutes les fois qu'il apercevra le même objet , ou sera pressé du même besoin? Le cri deviendra le premier mot de son vocabulaire, et ainsi de suite , et jusqu'à l'expression des idées purement intellectuelles.

Il est certain que l'idée ne peut sortir de l'enteadement sans la parole , mais on pourroit peutêtre admettre que l'homme , avec la permission de Dieu, allume lui-même ce flambeau du verbe, qui doit éclairer son âme; que le sentiment ou ridée foit naître d'abord l'expression , et que l'expression à son tour rentre dans Tintelligence, pour y porter la lumière. Si l'auteur disoitque, pour former une langue de cette sorte , il faudroit des millions d'années, et que J. J. Rousseau luimême a etTA que ùk parole est bien nécessaire pour inventer la parole, nous convenons aussi delà difficulté; mais M. de Donald ne doit pas oublier qu'il a affaire à des hommes qui nient

toutes les traditions , et qui disposent à leur gré de l*élemilé du monde.

Il y a d'ailleurs une objection plus sérieuse. Si la parole est nécessaire à la manifestation de !!• dée, et que la parole entre par les sens, l'âme dans une autre vie, dépouillée des organes du corps , n'a donc pas la conscience de ses pensées ? Il n'y auroit plus qu'une ressource , qui seroit de dire que (Dieu l'éclairé alors de son propre verbe', et qu'elle voit ses idées dans la Divinité : c'est retomber dans le système de Malebranche.

Les esprits profonds aimeront à voir comment M. de Donald déroule le vaste tableau de l'ordre social ; comment il suit et définit Tadministration civile , politique et religieuse. U prouve évidemment que la religion chrétienne ^ achevé l'hom* me , comme lesuprême législateur ledit lui^néme en expirant :

Tout est consommé.

M. de Donald donne une singulière élévation et une profondeur immense au christianisme ; il suit les rapports mystiques du Verbe et du Fils, et montre que le véritable Dieu ne pouvoit être connu que par la révélation ou V Incarnation de son Verbe, comme la pensée de l'homme n'a été manifestée que par la parole ou ïincamation de la pensée. Hobbes , dans sa Cité chrétienne, avoit expliqué le Verbe comme l'auteur de la législation : In Testamento Novo grœce scripto, Verbum Del sœpe ponitur, non pro eo quod loquutus est Deus, sedpro eo quod de Deo et de regno ejus.... In hoc autem sensu idem significant Xoy^ç Oeoû.

M. de Donald distingue essentiellement la constitution de la société domestique, ou l'ordre de famille , de la constitution politique, rapports qu'on a trop confondus dans ces derniers temps. Dans l'examen de l'ancien ministère public en France , il montre une connoissance approfondie de notre histoire. Il examine le principe de la souveraineté du peuple , que Dossuet avoit attaqué dans son cinquième avertissement, en réponse à M. Jurieu. « Où tout est indépendant , »dit l'évêque de Meaux , « il n'y a rien de souverain. » Axiome foudroyant, manière d'argumenter précisément telle que l'exigeoient les ministres protestants , qui se piquoient surtout de raison et de logique. Ils s'étoient plaints d'être écrasés par l'éloquence de Bossuet; l'orateur s'étoit aussitôt dépouillé de son éloquence , comme ces guerriers chrétiens qui, s'apercevantaamilieud'uncomt>at

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que lears adversaires étoient désarmés , Jetoient à l'écart leurs armes, pour ne pas remporter une victoire trop aisée. Bossuet, passant ensuite aux preuves historiques, et montrant que le prétendu pacte social n'a jamais existé, fait voir, ainsi quli lé dit lui-même , qu'il y a là autant d'ignorance que de mots; que si le peuple est souverain , il a le droit incontestable de changer tous les jours sa constitution, etc. Ce grand homme (que M. de Bonald, digne d'être son admirateur, cite avec tant de complaisance) établit aussi rexcellence de la succession au pouvoir suprême. « C'est un bien pour le peuple, « dit-il dans le même avertissement, que le gou- « vernement devienne aisé , qu'il se perpétue par « les mêmes lois qui perpétuent le genre humain , K et qu'il aille pour ainsi dire avec la nature. »

M. de Bonald nous reproduit cette force de bon sens , et quelquefois cette simple grandeur de style. C'est un sujet d*étonnement dont on a peine à revenir, que Tignorance ou la mauvaise foi dans laquelle est tombé notre siècle relativement au siècle de Louis XIV. On croit que ces écrivains ont méconnu les principes de l'ordre social , et cependant il n'y a pas de question politique dont Bossuet n'ait parlé, soit dans son Histoire universelle, soit dans sa Politique tirée de r Écriture, soit surtout dans ses controverses avec les protestants.

Au reste, si l'on peut faire quelques objections à M. de Bonald su r les deux premiers volumes de son ouvrage^ il n'en est pas ainsi du troisième. L'auteur y parle de V éducation avec une supériorité de lumière, une force de raisonnement, une netteté de vue, dignes des plus grands éloges. C'est véritablement dans les questions particulières de morale ou de politique que M. de Bonald excelle. Il y répand partout uue modération féconde, pour employer la belle expression de Daguesseau. Je ne doute point que son Traité d éducation n'attire les yeux des hommes d'État, comme sa question du divorce fixa l'attention des meilleurs esprits de la France. On reviendra incessamment sur ce troisième volume , qui mérite seul un extrait.

Le style de M. Bonald pourroit être quelquefois plus harmonieux et moins négligé. Sapensée est toujours éclatante et d'an heureux choix; mais je ne sais si son expression n'est pas quel» quefois un peu terne et commune ; légers défauts que le travail fera disparoltre* On pourroit aussi

désirer plus d*ordre dans les matières , et plus de clarté dans les idées : les génies forts et élevés ne compatissent pas assez à la foiblesse de leurs lecteurs; c'est un abus naturel de la puissance. Quelquefois encore les distinctions de Tauteor paroissent trop ingénieuses, trop subtiles. Gomme Montesquieu , il aime à appuyer une grande vérité sur une petite raison. La définition d'un mot, l'explication d'une étymologie , sont des choses trop curieuses et trop arbitraires pour qu'on puisse les avancer au soutien d'un principe important.

Au reste, on a voulu seulement , par œ peu de mots , sacrifier à la triste coutume qui veut qu'on joigne toujours la critique à l'éloge. A Difa ne plaise que nous observions misérablement quelque tache dans les écrits d*un homme aussi supérieur que M. de Bonald I Comme nous oe sommes point une autorité, nous avons permission d'admirer avec le vulgaire, et nous en profitons amplement pour l'auteur de la Législaim primitive.

Heureux les États qui possèdent encore des citoyens comme M. de Bonald ; hommes que les injustices de la fortune ne peuvent décourager, qui combattent pour le seul amour du bien , lors même qu'ils n^ont pas l'espérance de vaincre!

L'auteur de cet article ne peut se refuser m image qui lui est fournie par la position dans laquelle il se trouve. Au moment même où il écrit ces derniers mots, il descend un des plus graods fleuves de la France ; sur deux montagnes opposées s'élèvent deux tours en ruines; au haut de ces tours sont attachées de petites cloches que les montagnards sonnent à notre passage. Ce fleuve, ces montagnes, ces sons , ces monuments gothiques, amusent un moment les yeux dés spectateurs; mais personne ne s'arrête pour aller où la cloche l'invite : ainsi les hommes qui prêchent aujourd'hui morale et religion donnent en Tain le signal du haut de leurs ruines à ceux que le torrent du siècle entraîne; le voyageur s'étonae de la grandeur des débris , de la douceur dn bruits qui en sortent , de la mi^esté des souveniis qui s'en élèvent ; mais il n'Interrompt point sa course , et au premier détour du fleuve tout est oublié.

MÉLANGES UTTÉBAIHES.

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