‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 185 sur 283 · PAR M. J. MICHAUD · texte numérisé non relu

PAR M. J. MICHAUD

Janvier 1803.

Voltaire a dit : « Ou chantez vos plaisirs , ou

* laissez vos chansons. » Ne pourroit-on pas dire avec autant de vérité : « Ou chantez vos malheurs ,

• ou laissez vos chansons? »

Condamné à mort pendant les Jours de la Terreur, obligé de fuir une seconde fols après le 18 fructidor, Tauteur du Printemps (Pun proscrit est reçu, par des cœurs hospitaliers, dans les inontagnesdu Jui*a, et trouve dans le tableau de la nature à la fois de quoi consoler et nourrir ses regrets.

Lorsque la main de la Providence nous éloigne du commerce des hommes, nos yeux moins distraits se fixent sur le spectacle de la création , et nous y découvrons des merveilles que nous D aurions Jamais soupçonnées. Du fond de la soiitudeon contemple lestempétesdumonde comme uo homme Jeté sur une lie déserte se plait, par une secrète mélancolie, à voir les flots se briser sur les eôtes où il fit naufrage. Après la perte de DOS amis , si nous ne succombons pas à la douleur, notre cœur se replie sur lui-même ; il forme le projet de se détacher de tout autre sentiment, et de vivre uniquement avec ses souvenirs. ^oos sommes alors moins propres à la société, mais notre sensibilité se développe aussi davantage. Que celui qui est abattu par le chagrin s enfonce dans l'épaisseur des foi^éts; qu'il erre sous leur voûte mobile; qu'il gravisse la montagne d'où l'on découvre des pays immenses, ou le soleil se levant sur les mers ; sa douleur ne tien-

dra point contre un tel spectacle : non qu'il oublie ceux qu'il aima (car alors qui ne craindroit d'être consolé ?] ; mais le souvenir de ses amis se confondra avec le calme des bois et des cieux ; il gardera sa douceur, et ne perdra que son amertume. Heureux ceux qui aiment la nature I ils la trouveront, et ne trouveront qu'elle, au jour de l'adversité '.

Ces réflexions nous ont été fournies par l'ouvrage aimable que nous annonçons. Ce n'est point un poëte qui cherche seulement la pompe et la perfection de l'art; c'est un infortuné qui s'entretient avec lui-même , et qui touche la lyre pour rendre l'expression de sa douleur plus harmonieuse; c*est un proscrit qui dit à son livre , comme Ovide au sien :

« Mon livre , vous irez à Rome , et vous irez

« àRome sans moi! Hélas! que n'est-il per-

« mis à votre maître d'y aller lui-même I Partez, a mais sans appareil, comme il convient au livre « d'un poëte exilé.

L'ouvrage , divisé en trois chants , s*ouvre par une description des premiers beaux jours de Tannée. L'auteur compare la tranquillité des campagnes à la terreur qui régnoit alors dans les villes ; il peint le laboureur donnant asile à des proscrits :

Dans eel â0e de fer, ami dei malbeorem , Il pleure sur leon manx, eoniole leur nàBètt^ Et eonmie à les eniMts leur ouvre ta chamnière. Lee bois qu*U a plantés , aoos kmn rameaux discrets Dérobent am méchanU les beoraix qu'il a faits. Le pSle fugitif y cadis sas alarmes; £1, loiadesfactioDSy loin du fracas des armes» Pleureen paix sur lesmaux de l'État ébranlé.

Le religion, persécutée dans les villes, trouve à son tour un asile dans les forêts, bien qu'elle y ait aussi perdu ses autels et ses temples.

Quelquefois le hameau , que rasseoible uo saint zèle» Au Dieu dont U chérit la bonté paternelle Vient» au uiUieu des nuits, offrir, au lieu d'encens. Les vœux de l'innocence et les fleurs du printemps. L'écho redit aux bois leur timide prière.

Hélas 1 qu'est devenu l'antique presbytère.

Cette croix , ce clocher élancé dans les dieux ,

Et du temple s^cré l'airain religieux ,

Et le saint du hameau , dont le vitreau gothique

Montroit l'édat pieux et riniage rustique ?

Ces murs, où de Dieu même on prodamoit les lois ,

D'un pasteur révéré n'entendent plus la voix.

Ces vers sont natnrels et fiaeiles ; quant aux

Ge paragraphe est emprunté de VEitai hUtvrique.

4âS

sentiments du poète , ils sont doux et pieux , et se mêlent bien aux objets dont il compose le fond de son tableau. Nos églises donnent à nos hameaux et à nos villes un caractère singulièrement moral. Les yeux du voyageur viennent d'abord s'attacher sur la flèche religieuse de nos clochers , dont l'aspect réveille dans son sein une foule de sentiments et de souvenirs. C'est la pyramide funèbre autour de laquelle dorment les aïeux; mais c'est aussi le monument de joie où la cloche annonce la vie du fidèle. C'est là que les époux s'unissent; c'est là que les chrétiens se prosternent au pied des autels : le foible pour prier le Dieu de force , le coupable pour implorer le Dieu de miséricorde , l'innocent pour chanter le Dieu de bonté. Un paysage parott-îl nu , triste et désert , placez-y un clocher champêtre, à l'instant tout va s'animer : les douces idées de pasteur et de troupeau^ d'asile pour le voyageur, d'aumône pour le pèlerin , d'hospitalité et de firaternité chrétienne , vont naître de toutes parts.

Un curé de campagne frappé d'une loi de mort, ne voulant pas abandonner son troupeau, et allant la nuit consoler le laboureur, étoit un tableau qui devoit naturellement s'offrir à un poète proscrit :

Il erre au sein des bois : ô nuit silencieuse ! Prête ton ombre amie à sa course pieuse. S*il doit souffrir encore, 6 Dieu ! sois son appui ; C*est la YO\x du hameau qui t'implore pour lui. Et TOUS f qu'anime encore une rage crueUe f Pardonnez aux vertus d<»it ï\ est le modèle. Aux cachots échappé , yingt fois chargé de fers. Il prêche le pardon des maux qu'U a soufferts ; Et chez l'infortuné qai se platt à l'entendre, Il va sécher les pleurs que vous faites répandre. En fuyant à travers ces fertiles vallons , Pauvre ef sans espérance il bénit les siUons; Seul au courroux céleste il 3'offre pour victime; Et dans ce siècle impie où règne en ptAx le crime. Lorsqu'un destin cruel nous condamne à souffrir, II nous apprend à vivre , et nous aide à mourir.

U nous semble que ces vers sont pleins de simplicité et d'onction. Nous sommes-nous )}onc beaucoup trompé lorsque nous avons soutenu que la religion est favorable à la poésie, et qu'en la repoussant on se prive d'un des plus grands moyens de remuer les cœurs?

L'auteur, caché dans son désert, se rappelle les amis qu'il ne verra plus :

Oh ! que ne puis-je voir dans mon humble retraite Bu poète romain l'immortel interprète I

C'est lui qoi m'inspira le goût si pur des champs; Aux spectacles que j'aime U consacra ses chi&ts ; Mariant son génie à celui de Viigile , il s'éleva , semblable à la vigne fertile, Qui s'unit à l'ormeau devenu son appui , Suit les mêmes penchants , et s'élève a?ec loi. Il n'est plus avec nous , et sa Muse exilée Erre sur d'autres bords , plaintive et désolée ^

O chantre du malheur, je ne t'entendrai plus! Et vous dont j'admirois les talents , les vertus , Près de vous aux leçons de l'austère sagesse Je perds l'espoir heureux de former ma jeunesse : Fontanes , dont la voix consola les tombeaux ; Saint-Lambert , qui chantas les vertus des hameani; MoreUet , dont la plome éloquente et hardie Plaida pour le malheur devant la tyrannie ; Suard , qui réuras, émule d'Addison , Le savoir à Tesprit , la grâce à la raison; La Harpe , qui du goftt proclamas les oracles ; Sicard , dont les travaux sont presque des miracles: Jussien , Laplaoe , et toi , vertueux Daubentoa, Qui m'appris des secrets inconnus à Buffoo ; Je ne vous verrai plus !

Ces regrets sont touchants , et les élc^s que l'auteur donne ici à ses amis ont le mérite bien rare d'être d'accord avec l'opinion publique : d'ailleurs, tout cela nous semble dans le goût de l'antiquité. N'est-ce pas ainsi que le poète latin que nous avonsd^à cité s'adresse aux amis qu'il a laissés à Rome? « Il y a, dit Ovide, dans le « pays natal. Je ne sais quoi de doux qui nous ap- « pelle, qui nous charme, et nenous permet pasde « l'oublier.... Vous espérez, cher Rufin, que les « chagrins qui me tuent céderont aux consola- « tions que vous m'envoyez dans mon exil; com- « mencez donc, 6 mes amis ! à être moins aima- « blés , afin qu'on puisse vivre sans vous avec « moins de peine. »

Hélas I en lisant le nom de M. de la Harpe dans les vers de M. Michaud , qui ne se sentiroit attendri? A peine avons-nous retrouvé l« personnes qui nous sont chères , qu'il faut encore , et pour toujours , nous séparer d'elles 1 >*ul ne comprend mieux que nous toute l'étendue da malheur qui menace, en ce moment, les lettres et^la religion. Nous avons vu M. de la Harpe abattu , comme Ézéchias , sous la main de Dieu; il n'y a qu'une fol vive et une sainte espérance qui puissent donner une résignation aussi parfaite, un courage aussi grand, des pensées aussi hautes et aussi touchantes, au milieu des douleurs d'une lente agonie et des épreuves de la mort

Les poètes aiment à peindre les malheurs de

I H. Demie étoU alors en Angleterre.

MÉLANGES LITTÉRAIRES

l'exil , si féconds en sentiments tendres et tristes. Ib ont chanté Patrocle réfugié aux foyers d*Acbil!e , Cadmus abandonnant les mars de Sidoo , Tydée retiré chez Adraste , et Teucer troayant nn abri dans l*tle de Venus. Le chœur, dans Iphigénie en Tauridej youdroit pouvoir traverser les airs : « J*arréterois mon vol sur la « maison paternelle ; je reverrois ces lieux si chers « à mon souvenir, où , sous les yeux d*une mère, « Je célébrois un innocent hymen. » Eh 1 qui ne eonnolt le Dulces moriens reminiscitur Argos? Qui ne se rappelle Ulysse errant loin de sa patrie , et désirant , pour tout bonheur, d'apercevoir seulement la fumée de son palais? Mercure le trouve assis tristement sur le rivage de l'Ile de Calypso : il regardait, en versant des pleurs , celte mer éternellement agitée (kreq/xl^xan)^

Vers admirable , que Virgile a traduit en l'appliquant aux Troyennes exilées :

Conctaoque profondom

Pootam aspciptabant fientes.

Ceflentes rejeté à la iUi de la phrase est bien beau I Ossian a peint avec des couleurs différentes , mais qui ont aussi beaucoup de charmes , ODc Jeune femme morte loin de son pays , dans ODC terre étrangère :

• Therelovely Moins is often seen when thee ranbeam « dartson the rock» and ail aroiind isdarlc. There she ia seen,

• Mal vins , bat not Uke the daaghiere of the hill. Her robes

• are fiom the siranger's land^andabe is stillalone. »

• Quand un rayon du soleil frappe le rocher, t et que tout est obscur à l'entour, c'est là (au 'tombeau de Garthon et de Qessamor) qu'on « voit souvent l'ombre de la charmante Moïna :

• on l'y Yoit souvent , ô Malvlna I mais non telle « que les fil les de la colline. Ses vêtements sont du « pays de l'étranger, et elle est encore solitaire. »

On devine, par la douceur des plaintes de Fauteur du poème du Printemps, qu'il avoit ce mal du pays, ce mal qui attaque surtout les François loin de leur patrie. Monime , au milieu des Barbares , ne pouvoit oublier le doux sein de la Grèce. Les médecins ont appelé cette tristesse de rame nostalgie, de deux mots grecs, voerroc, retour, et jXyoc, douleur, parce qu'on ne peut la guérir qu'en retournant aux foy«rs paternels. Eli ! comment M. Michaud , qui sait faire soupirer sa lyre, n*eût-il pas mis de la sensibilité dans on sujet que Gresset hii-méme n'a pu chanter

CHATEAUBBUIflK «• TOUS V.

sans attendrir? Dans son ode sur V Amour de la Patrie, on trouve cette strophe touchante :

Ab ! dans sa course déplorée , S*i] soccombe au dernier sommeil Sans revoir la douce contrée Où brilla son premier soleil ; Là son dernier soupir s'adresse »

Là son expirante tendresse Veut que ses os soient ramenés :

D'une région étrangère La terre seroit moins légère A ses mftnes abandonnés !

Au milieu des douces consolations que la retraite fournit à notre poète exilé, il s*écrie :

O beaux jours du printemps ! ù vallons endiantés I Quel dief-d'œuvre des arts égale vos beautés? Tout Voltaire vaut-il un rayon de l'aurore , Ou la moindre des fleurs que Zépbyr fait éclore?

Mais Voltaire (dont nous détestons d'ailleurs les impiétés tout autant que M. Michaud) n'exprime-t-il pas quelquefois des sentiments aimables ■ ? N'a-t-il pas connu jusqu'à ces doux regrets de la patrie? « Je vous écris à c6té d'un poêle , < dit-ii à madame Denis , la tète pesante et le cœur « triste , en Jetant les yeux sur la rivière de la « Sprée, parce que la Sprée tombe dans l'Elbe, 4 TËlbe dans la mer , et que la mer reçoit la Seine , « et que notre maison de Paris est assez près de « cette rivière. »

On dit qu'un François, obligé de fuir pendant la Terreur, avoit acheté de quelques deniers une barque sur le Rhin. Il s'y étoit logé avec sa femme et ses deux enfants. N'ayant point d'argent, il n'y avoit point pour lui d'hospitalité. Quand on le chassoit d'un rivage , il passoit sans se plaindre à l'autre bord ; souvent poursuivi sur les deux rives , il étoit obligé de Jeter l'ancre au milieu du fleuve. Il péchoit pour nourrir sa famille , mais les hommes lui disputoient encore les secours de la Providence , et lui envioient quelques petits poissous qu'avoient mangés ses enfants. La nuit , il cueilloit des herbes sèches , pour faire un peu de feu; et sa femme demeuroit dans de mortelles angoisses jusqu'à son retour. Cette famille , à qui l'on ne pouvoit reprocher que ses malheurs , n'avoit pas sur le vaste globe un seul coin de terre où elle osât reposer sa tête. Obligée de se faire sauvage entre quatre grandes nations civilisées , toute sa consolation étoit qu'en errant dans le

> H. Michaud a depuis corrigé oe passage*

sa

MÉLANGES {.riTÉRAIBES.

voisinage de la France, elle pcmvoit quelquefois respirer un air qui avoit passé sur son pays '.

M. Miciiaud erroil ainsi sur les montagnes, d'où il pouvoit du moins découvrir la cime des arbres de la patrie. Mais comment passer le temps sur un sol étranger? comment occuper ses journées? N'est-il pas tout naturel alors d'aller visiter ces tombeaux champêtres où , pleines de joie, des âmes chrétiennes ont terminé leur exil? C'est ce que fait Tauleur du poëme in Printemps; et , grâce à la saison quHl a choisie , l'asile de la mort est un beau champ couvert de fleurs.

Sous ces débris couverts d'une mousse légère , Sôus cet antique ormeau dont l'abri solitaire Répand sur Tliorizon un deuil religieux , Reposent dn hameau les rustiques aïeux.

Bravant les Tains mépris de la foule insensée , Jamais Tambition ne troubla leur pensée. Peut-être en ce cercueil , d'humbles Heurs entouré, Dort un fils d'Apollon, d'Apollon ignoré, Un héros dont le bras edt fixé la victoire , Qui n'a point m combattre , et qui mourut sans gloire $ Un CromweU , un SyHd , du hAmeau dédaigné , Qui respecta les lois et qui n'a point régné. Ainsi la fleur qui natt sur les monts solitaires Ne montre qu'au désert ses couleurs passagères > Et l'or, roi des métaux , cache en des souterrains Bon édat trop Aineste au repos des bumsins.

Peut-être l'autcup eût-il mieux fait de se rapprocher davantage du poète anglois qu'il imite. Il a substitué l'image de l'or enfoui dans les entrailles de la terre, à celle de la perle cachée dans le sein des mers; la fleur qui ne montre qu'au désert ses couleurs passagères n'est peutêtre pas exactement la fleur qui est née pour rour gir sans être vue (is born to blush unseen*).

Full many a gem of purest ray serene , The dark unfetliom'd caves of océan bear ;

Fali many a flower is born to blush UDseen , And waste its sweetness in Uie désert air.

Nous avions essayé autrefois de rendre ainsi ces quatres vers, qu'on doit jugeravec indulgence, car pous ne sommes pas poète :

Ainsi brille la perle au fond des vastes mers ; Ainsi passent aux champs des roses solitaires Qu'on ne voit point rougir, et qui, loin des bergères , D'inutiles parfums embaument les déserts.

La vue de ces paisibles tombeaux rappelle au poëte ces sépulcres troublés où dormoient nos

' Ce morceau est emprunté du Génie du Christianisme, • M. Micbaud a depuis recUlié ces deux vers de la manière suivante :

m AlDsI , vain ornement d'une rlTC Inconnue , « La rose.da désert rougU uns être vue , etc. »

princes (méantis >. Leursmonumentsnedevoieut s'ouvrir qu'à la consommation des siècles; mais un jugement particulier de la Providence a voulu les briser avant la fin des temps.

Une effroyable résurrection a dépeuplé les caveaux funèbres de Saint-Denis ; les fontèmes des rois sont sortis de Tombre éternelle; mais, comme sHIs avoient été q^uvantés de reparottre seuls à la lumière , de ne pas m retrouver dans le monde avec tous les morts , comme parle le propliéte, Us sa sont replongés dans le sépulore :

Et ces rois , eiLbumés par la maùi des hoorresm , Sont descendos deux fins dans la nuit des tombeaai.

On voit par ces beaux vers que M. Miciiaud sait prendre tous les tons.

C'est sans doute une ehoée bien remarquable que quelques-uns de ces spectres , noircis par le cercueil ' , eussent conservé une telle resseioblaDce avec la vie, qu'on les a facilement recooDos. On a pu distinguer sur leur flront jusqu'aux caractères des passions , Jusqu*aux nuances des idéa qui les avoient jadis occupés. Qu'estroe doue que cette pensée de l'homme, qui laisse des traces si profondes jusque dans la poudre du néant? Paisque nous parlons de poésie , qu'il nous soit permis d'emprunter une oompanilaon d'un poète : Milton nous dit qu'après avoir achevé le monde, le Fils divin se rejoignit à son Principe étemel, et que sa route à travers la matière créée fut marquée longtemps après par un sillon de lumière: ainsi notre âme , en rentrant dans le sein de Dieo , laisse dans le corps mortel la trace glorieuse de son passage.

On doit louer M. Michaud d'avoir feit usage de ces contrastes qui réveillent l'injagipût»^ ^** lecteurs. Les anciens les employoient souvent, même dans la tragédie. Un chœur de soldats veille à la garde du camp des Troyens ; la mi fatale à Rhésus vient à peine de finir sa course. Dans ce moment critique croyez- vous que b gardes parlent de combats, de surprises; qu'ilîise retracent des images terribles? Voici ce que dit le demi-chœur :

t Écoutez 1 ces accents sont ceux de Plnlomtle « qui , sur mille tons variés, déploreses malheurs « et sa propre vengeance. Les rives sanglantes du « Siraoïs répètent ses accents plainUfs. J'entfudi « le son de la cornemuse ; c'est l'heure où les ber- « gers de l'Ida sortent pour paître leurs troupeaaï

» BOMUET. . ,v • -

> Le visage de Louis XIV étoU d*an Doir d*^«Q«*

MÉLANGES UTTÉRAIBES,

« dans les riants yallons. Un nuage se répand sur

• mes paupières appesanties ; une douce langueur > s'empare de mes sens : le sommeil versé par

• Taurore est le plus délicieux. »

Avouons que nous n'avons pas assez de ces cbo* ses- là dans nos tragédies modernes, toutes parfaites qu'elles puissent être ; et soyons assez justes pour convenir que Shakespeare a quelquefois trouvé ce naturel de sentiment et cette naïveté dimages. Ce chœur d'Euripide rappellera facilement au lecteur le dialogue de Roméo et de Juliette : Esi'^e FahueUe qui chante y etc. ?

Mais si nous avons banni de la scène tragique cts peintures pastorales qui , en adoucissant la tfrreur^ augroentoient la pitié , parce qu'elles faisoient sourire eurun fond d^agonie^ comme s'exprime Féneion, nous les avons transportées ces peintures ( et avec beaucoup de succès ) , dans des ouvrages d'un autre genre. Les modernes ont (rtendo et eariclti le domaine de la poésie deserip* tive. M. Michaud lui-même en fournit de hwàx exemples :

Dt la cime des inoDts, tout prêt à disparoltre Le joor sooril encore aux Beara qo'il a fait naître. Sur ces toila élefés» d*uD ciel tranquille et pur L'ardoise fait au loin étinceler l'azur; Kl le vitreau qui brille à la rive lointaine, D'un vaste enibraseinent allumé dans la plaine Montre ans regards trempés les feux éblooisianU, U raniiiM du jour les rayons pâlissants.

Le ehaalie du priatemps, à ees TaUons fidèle, Chsnne rédio du soir de sa plainte nouvelle;

£i, caché dans las bois, dans les bosquets touffoSt Il cbante des œalbeiirs aux Muses inconnus. Tandis que la forêt , à sa voix attentive , Redit ses doux accents et sa chanson plaintive , Ah boisson épinenx , au tronc des vieux orroeaui La muette Aradmé suspend ses long^réseanx. Un reste de clarté perce eneor le feuillage. Glisse sur Tcau du fleuve et meurt sur le rivage. L'insecte qn*un soleil voit naître et voit périr Aa\ derniers fenx du jour vient briller et mourir. La caille , comme moi sur ces bords étrangère , Fait retentir les ebanips de sa Toix printanière. Sorti de son terrier, le lapin imprudent Vient tomber sous les coups du chasseur qui l^attcnd ; Et , par rombre du soir la perdrix rassurée, Redemande aux échos sa compagne égarée.

Cest Ici le lieu de parler d'un reproche que H. Michaud noas a fait dans sa dissertation préliminaire \ il combat avec autant de goût que de politesse notre opinion touchant la poésie descriptive. « L'auteur du Génie du christianisme , « dit-il , attribue Porigine de la poésie descrip-

• tive à la religion chrétienne... qui , en détrui-

« sant le charme attaché aux. fables mythologi- « ques , a réduit les poètes à chercher la source « de l'intérêt dans la vérité et l'exactitude de leurs « tableaux , etc. «

L'auteur du poème du Printemps pense que nous nous sommes trompé.

D^abord nous n'avons point attribué l'origine de la poésie descriptive au christianisme; nous lui avons seulement attribué son développementy ce qui nous semble une chose fort différente. De plus, nous n'avons eu garde de dire que le christianisme détruit le charme des fobles mythologiques ; nous avons cherché à prouver au contraire que tout ce qu'il y a de beau dans la mytholo-* gle y tel , par exemple, que les allégories morales, peut être encore employé par un poète chrétien , et que la véritable religion n'a privé les muses que des fiotions médiocres ou dégoûtantes du paganisme. La perte des allégories physiques est-» elle donc si regrettable? qu'importe que Jupiter soit l'éther , que Jonon soit l'air , etc. ? Mais puis* qu'un critique* dont les Jugements sont des lois a cru devoir aussi combattre notre opinion sur l'emploi de la mythologie, qu'on nous permette de rappeler le chapitre qui fait l'objet de la discussion.

Après avoir montré que les anciens n'ont presque pas connu la poésie descriptive dans le sens que nous attachons à ce mot; après avoir fait voir que ni leurs poètes, ni leurs philosophes, ni leurs naturalistes , ni leurs historiens n'ont (kit de descriptions de la nature , nous ajoutons :

« On ne peut guère soupçonner que des bommes aussi sensibles que Tétoient les anciens aient manqué d*yeux pour voir la nature, et de talent pour la peindre. Il faut dune qu'une eaose puissante les ait aveuglés. Or, cette cause étoit la mythologie, qui, peuplant l'univors d'élégants fantômes, dtoit à la création sa gravité, sa grandeur, sa solitude et sa mélancolie. Il a fallu que le christianisme vint chasser tout ce peuple de faunes, de satyres et de nymphes, pour rendre aux grottes .leur silence, et aux bois leur rêverie. Les déserts ont pris, sous notre culte, un caractère plus triste, plus vague , plus sublime; le dôme des forêts s*est exhaussé , les fleuves ont brisé leurs petites urnes , pour ne'plus verser que les eaux de Tabl me , du sommet des montagnes. Le vrai Dieu , en rentrant dans tes ceiivres, a donné son iauneasité i la aa« ture....

K Des sylvains et des naïades peuvent flatter agréablement l'imagination , pourvu toutefois qu'ils ne soient pas sans cesse reproduits. Nous ne voulons point

. . . Chasser les Tritons de Templre des eaux , Oter à Pan sa flûte, aux Parques leurs ciseaux.

> M. UE F01TrAl<US8.

sa.

MÉLANGES LITTÉRAIRES

M Mais enfin , qu'es-ce qae tont cela laisse an fond de Vàme? qu*cn résolte-Ml pour le cœur? quel fruit peut en tirer la pensée? Oli! que le poêle clirétien est bien plus favorisé dans la solitude où Dieu se promène avec lui ! Libres de ce troupeau de dieux ridicules qui les bomoient de toutes parts, les bois se sont remplis d*une Divinité immense. Le don de propliétie et de sagesse, le mystère et la religioa , semblent résider éternellement dans leurs profondeurs sacrées. Pénétrez dans ces forêts américaines aussi vieilles que le monde, etc. etc. »

Le principe étant ainsi posé , il nons semble quMi est du moins inattaquable par le fond ; mais on peut disputer sur quelques détails. On demandera peut-être si nous ne trouvons rien de beau dans les allégories antiques. Nous avons répondu à cette question dans le chapitre où nous distinguons deux sortes d'allégories, l*allégorie morale et Tallégorie physique. M. de Fontanes nous a objecté que les anciens connoissoient aussi cette divinité solitaire et formidable quibabite les bois. Mois n'en étion»*nous pas convenu nous^méme? n'avions-nous pas dit : « Quant à ces dieux in- « connus que les anciens plaçoient dans les bois « déserts et sur les sites sauvages , ils étoient d'un « bel effet sans doute , mais ils ne tenoient plus « au système mythologique : l'esprit humain re- «I tomboit ici dans la religion naturelle. Ce que f. le voyageur tremblant adoroit en passant dans « les solitudes étoit quelque chose d'ignoré , quel- « que chose dont il ne savoit point le nom , et « quMl appeloit la divinité du lieu. Quelquefois « il lui donnoit le nom de Pan , et l'on sait que « Pan étoit le dieu universel. Les grandes émo- « tions qu'inspire la nature sauvage n'ont point « cessé d'exister , et les bois conservent encore « pour nous leur formidable divinité ^ »

L'excellent critique que nous avons déjà cité soutient encore qu'il y a des peuples païens qui ont connu la poésie descriptive. Sans doute, et nous avions fait valoir cette circonstance même en faveur de notre opinion , puisque les nations qui n'ont point connu les dieux de la Grèce ont entrevu cette belle et simple nature que masquoit le système mythologique.

On dit que les modernes ont abusé de la poésie descriptive. Avons-nous avancé le contraire? Telles sont encore nos propres paroles : « On « nous objectera peut-être que les anciens avoient « raison de regarder la poésie descriptive comme « la partie nécessaire , et non comme l'objet prin- • cipal du tableau ; nous le pensons aussi , et l'on

I GénU du ChrhUaniime , Hv. tr»

fait de nos jours un grand abus do genre de»* criptif. Mais l'abus n'est pas la chose; miUs il n'en est pas moins vrai que la poésie desaiptive, telle que nous l'avons aujourd'hui, est un moyen de plus entre nos mains, et qu'elle a étendu la sphèredes images poétiques sans nous priver delà peinture des mœurs et des passions, telle que cette peinture existoit pour les anciens'. »

Enfin M. Michaud pense que le genre de/wé« sie descriptive j tel qu'il est aujourd'hui pé, n'a commencé à être un genre à part que datu le siècle dernier. Mais est-ce bien là le fond de la question? cela prouveroit-il que la poésie descriptive n*est pas due à la religion chrétienne? est-il bien certain d'ailleurs que cette poésie ne remonte qu'au siècle dernier? Dans notre chapitre intitulé, Paffitf historique de la poésie descriptive chez les modernes, nous avons suifi les progrès de cette poésie; nous l'avons vue ooah mencer dans les écrits des Pères du désert; de là se répandre Jusque dans l'histoire , passer diei les romanciers et les poètes du Bas-Empin; bientôt se mêler au génie des Maures, et attriD* dre, sous le pinceau de l'Arioste et da Tasse, un genre de perfection trop éloigné de la vérité. Nos grands écrivains du siècle de Louis XIV rejetèrent cette poésie descriptive italienne, qui ne parloit que defx>seSj de claire fontaine ti de bois touffus. Les anglois , en l'adoptant , loi firent perdre son afféterie, mais ils la jetèrrat dans un autre excès, en la surchargeant de détails. Enfin , elle revint en France dans le siècle dernier, se perfectionna sous la muse de MM. Delille, Saint-Lambert et Fontanes, ^ acquit dans la prose de Buffon et de Bernardin de Saint-Pierre une beauté qu'elle n'avoit p(HDl encore connue.

Nous n*en Jugerons pas par notre propre sentiment, car il est trop peu de chose, et nous n'avons pas même , comme Chaulleu , pour k lendemain.

Un peu de savoir^ftireet beaoooop d'espëADoe:

mais nous en appellerons à M. Michaud lui-même ' Eût-il rempli ses vers de tant d'agréables descriptions de la nature, si le christianisme n^avoit pris Sbin de débarrasser les bois des vieilles Dr) ^" des et des étemels Zéphyres? L'auteur do poéfl»^ du Printemps n'auroit-il point été séduit par srt

< Génie du ChriéiiaHiêmê , Ut. IV, note i<*

MÉL4NGES LirrÉBAIRES.

propres saccès? Il a fait un usage charmant de la Fable dans ses lettres 8ur le senliment de iapi» Uéf et l*on sait que Pygmalion adora sa statue. « Psyché y dit M. Micliaud , voulut voir l'Amour ; « elle approcha la lampe fatale , et F Amour dis- • parut pour toujours. Psyché signifie âme dans « la langue grecque. L'antiquité a voulu prou- « ver, par cette all^orie , que Tâme voyoit s'é- « vanooir ses plus doux sentiments à mesure « qu'elle cherchoit à en pénétrer l'objet. » Cette explication est ingénieuse; mais l'antiquité a-telle vu cela dans la fable de Psyché? Nous avons essayé de prouver que le charme du mystère, dans les sentiments de la vie , est un des bienfaits que nous devons à la délicatesse de notre religion. Si Tantiquité païenne a conçu la fable de Psyché, il nous semble que c'est un chrétien qui l'interprète ai^ourd'hui.

11 y a plus : le christianisme , en bannissant les fiibles de la nature, a non-seulement rendu la grandeur aux déserts, mais il a même introduit pour le poète une autre espèce de mythologie pleine de charmes, nous voulons dire \aperson» nificaUo» des plantes. Lorsque l'héliotrope étoit toujours Gly tie , le mûrier toujours Tliisbé , etc. , Timagination du poète étoit nécessairement bornée; il n'auroit pu animer la nature par des fictions autres que les fictions consacrées, sans commettre une impiété. Mais ^a mase moderne transforme à son gré toutes les plantes en nymphes , sans préjudice des anges et des esprits célestes qu'elle peut répandre sur les montagnes , le long des fleuves et dans les forêts.. Sans doute il est possible d'abuser encore de la personnification ^ et M. Michaud se moque avec raison du poète Darwin, qui, dans ses Amours des plantes y représente le Genista, le genêt, sepromenant tranquillement à Nombre des bosquets de myrte. Mais si l'auteur anglois est un de ces poètes dont parle Horace, qui sont condamnés àfaire des verspour avoir déshonoré ( min x ebit ) les cendres de leurs pères ^ cela ne prouve rien quantaufondde la chose. Qu'un autre poète, avec plus de goût et de jugement, décrive les Amours des plantes y elles lui offriront d'agréables tableaux. Lorsque dansées chapitres que M. Michaud attaque nous avons dit :

« Voyez dans un profond calme, au lever de « l'aurore, toutes les fleurs de cette vallée : Im- « mobiles sur leurs tiges , elles se penchent en « mille attitudes diverses, et semblent regarder

« tous les points de l'horizon. Dans ce moment « même, où vous croyez que tout est tranquille, « un grand mystère s'accomplit; la nature oon« « çoit, et ces plantes sont autaht de jeunes mères « tournées vers la région mystérieuse d*où leur « doit venir la fécondité. Les sylphes ont des « sympathies moins aériennes, des conununica- « tions moins invisibles. Le narcisse livre aux « ruisseaux sa race virginale; la violette confie « aux zéphyrs sa modeste postérité; une abeille « cueille du miel de fleurs en fleurs , et , sans le « savoir, féconde toute une prairie ; un papillon K porte un peuple entier sur son aile; un monde « descend dans une goutte do rosée. Cependant « toutes les amours des plantes ne sont pas éga- « lement tranquilles : il y en a d'orageuses, comme « celles des hommes. Il faut des tempêtes pour « marier , sur des hauteurs inaccessibles , le cèdre « du Liban au cèdre du Sinaî, tandis qu'au bas < de la montagne le plus doux vent suffit pour « établir entre les fleurs un commerce de volupté» « N'est-ce pas ainsi que le soufiQe des passions agite « les rois de la terre sur leurs trônes , tandis que « les bergers vivent heureux à leurs pieds? •

Celaest bien imparfaitsansdoute,roaisdu moins on entrevoit , par cette foible ébauche , ce qu'un poète habile pourroit tirer d'un pareil sujet.

Ce sont vraisemblablement ces rapports des choses inanimées aux choses animées qui ont été une des premières sources de la mythologie. Lorsque l'homme sauvage, errant au milieu des bols, eut satisfait aux premiers besoins de la vie, il sentit un autre besoin dans son cœur, celui d'une puissance surnaturelle pour appuyer sa foiblesse» La chute d'une onde , le murmure du vent solitaire , tous les bruits qui s'élèvent de la nature , tous les mouvements qui animent les déserts, lui parurent tenir à cette cause cachée. Le hasard Ha ces effets locaux à quelques circonstances heureuses ou malheureuses de ses chasses. Une couleur particulière, un objet singulier ou nouveau le frappa peutnètre en même temps : de là le manitou du Canadien et \e fétiche du nègre , la première de toutes les my tfiologies»

Cet élément des fausses croyances une fois développé , on vit s'ouvrir la vaste carrière des superstitions humaines. Les affections du cœur se changèrent bientôt en divinités d'autant plus dangereuses qu'elles étoient plus aimables. Le Sauvage qui avoit élevé le mont du tombeau & son ami , la mère qui avoit rendu & la terre son

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petit enfant, tinrent chaque année, à la chute des feuilles, le premier répandre des larmes, la seconde épancher son lait sur le gaeon sacré; tous les deux crurent que ces absents si regrettés , toujours vivants dans leurs pensées , ne pou- Voient avoir cessé d'être. Ce M sans doute TAmitié en pleurs sur un monument qui retrouva le dogme de Tlmmortalité de Tâme, et proclama la religion des tombeaux.

Cependant Thomme sorti des forêts s*étoit associé à ses semblables. Bientôt la reconnoissance ou la frayeur des peuples plaça des législateurs, des héros et des rois au rang des divinités. En même temps quelques génies aimés du ciel , un Orphée , un Homère , augmentèrent les habitants de rOIympe; sous leurs pinceaux créateurs , les accidents de la nature se transformèrent en esprits célestes. Ces nouveaux dieux régnèrent longtemps sur rimagination enchantée des hommes : Anaxagore, Démocrite, Épicure, essayèrent toutefois de lever l'étendard ccmtre la religion de leur pays. Mais (triste enchaînement des erreurs humaines !) lupiter étoit sans doute un dieu abominable , et pourtant des atomes mouvants , une matière éternelle valoient-iis mieux .que Jupiter armé de la foudre , et vengeur du crime?

C'étoit à la religion chrétienne qu'il étoit réservé de renverser les autels des faux dieux sans plonger les peuples dans l'athéisme , et sans dé* mire les charmes de la nature. Car fût41 certain , comme il est douteux , que le christianisme ne puisse fournir aux poètes un merveilleux aussi riche que celui de la Fable , encore est-il vrai ( et M. Michaud en conviendra) qu'il a une certaine poésie de l'âme , nous dirions presque une imagination du coeur, dont on ne trouve aucune trace dans la mythologie. Les beautés touchantes qui émanent de cette source feroient seules une ample compensation pour les ingénieux mensonges de l'antiquité. Tout est machine et ressort , tout est extérieur, tout est fiiit pour les yeux, dans les tableaux du paganisme; tout est sentiment et pensée, tout est intérieur, tout est créé pour l'âme, dans les peintures de la religion chrétienne. Quel charme de méditation ! quelle profondeur de rêverie! Il y a plus d'enchantements dans une de ces larmes 'divines que le christianisme fait répandre , que dans toutes les riantes erreurs de la mythologie. Avecune Notre-Dame des Douleurs, une Mère de Pitié y quelque saint obscur, patron de l'aveugle, de l'orphelin, du misérable, un j

auteur peut écrire une page plus attendrissante qu'avec tous les dieux du Panthéon. C'est bien là aussi de la poésie , c'est bien là du merveilleux! Mais voulez-vous du merveilleux plus sublime! contemples la vie et les douleurs du Christ ^ et souvenez- vous que votre Dieu s'est appelé ie FiU de r Homme. Nous oserons le prédire, un temps viendra que l'on sera tout étonné d'avoir pu mé« oonnoitre les beautés admirables qui existent dans les seuls nooas, dans les seules expressioos du christianisme , et Ton aura de la peine à com« prendre comment] on a pu se moquer de cette .religion céleste de la raison et du malheur.

sus L*HDTOmB

DE LA VIE DE JÉSUS-CHRIST, DU VtBE DE UGirr,

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