DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
loiBiêoi L'histohre de la vie de Jésus-Christ est un des derniers ouvrages que nous devons à cette société célèbre, dont presque tons les membresétoientdes homme des lettres distingués. Lepère de Ligny, né à Amiens en 1710, survécut à la destruction de son ordre, et prolongea Jusqu'en 1 78S une car' rière commencée au temps des malheurs de Lools XIV, et finie à l'époque des désastres de Loois XYL Si vous rencontriez dans le monde un ecclésiastique âgé, plein de savoir, d'esprit, d'aménité, ayant le ton de la bonne compagnie et les manières d'un homme bien élevé , vous étiez disposé à croire que cet ancien prêtre étoit on jésuite. L'abbé Lenfent avoit aussi appartenu à cet ordre, qui a tant donné de martyrs à TÉglise. Il avoit été l'ami du père de LIgny, et c'est lui qui le détermina à publier son Histoire de la vie de Jésus-Christ.
Cette histoire n'est qu'un commentaire de l'Evangile , et c'est ce qui fait son mérite à nos yeux. Le père de Ligny cite ie texte du Nouveau Testament , et paraphrase chaque verset de deux manières : l'une , en expliquant moralement et historiquement ce qu'on vient de lire; Tautre, en répondant aux objections que l'on a pu faire contre le passage cité. Le premier commentaire court dans la page avec le texte , comme dansia Bible du père de Carrières; le second est rgeté
MELANGES LiriÉRAIRES.
e& note an bas de la page. Ainsi l'auteur offrant , de soite et par ordre , les divers chapitres des évangiles, faisant observer leurs rapports ou conciliant leurs apparentes contradictions, développe la vie entière du Rédempteur du monde.
L'ouvrage du père de Ligny étolt devenu rare , et le Société Typographique a rendu un véritable service à la religion en réimprimant ce livre utile. On connott dans les lettres françoises plusieurs Vies de Jésus-Christ; mais aucune ne céanit, comme celle du père de Ligny , les |deux avantages d'être à la fois une explication de TÉcriture et une réfutation des sophismes du Jour. La Viede Jésus-Christ , par Saint-Réal , manque d'onction et de simplicité : il est plus aisé d'imiter Sailuste et le cardinal de Rets % que d'atteindre au ton de rÉvangile. Le père de Montreuil , dans sa Vie de Jésus-Christ^ retouchée par le père BrigDon, a conservé au contraire bien du charme du ISoaveau Testament. Son style , un peu vieilli , contribue peut-être à ce charme : Tancienne lan^ pie françoise , et surtout celle qu'on parloit sous I^wis Xlil, étoit très-propre à rendre l'énergie et la naïveté de l'Écriture. H seroit bien à désirer qu'on en eât fait une ])onne traduction à cette époque : Sacy est venu trop tard. Les deux plus belles versions modernes de la Bible sont les versions espagnole et angloise. La dernière ^ qui a souvent la force de l'hébreu ^ est du règne de Jacqnes P'; la langue dans laquelle elle est écrite est devenue pour les trois royaumes une espèce <le langue sacrée ^ comme le texte sannaritain pour les Juift : la vénération que les Anglois ont pour l'Ixriture en parott augmentée , et l'ancienneté ^ l'idiome semble encore i^outer a l'antiquité du livre.
Au reste , il ne faut par se dissimuler que toutes les histoires de Jésus-Christ qui ne sont pas ^ comme celle du père de Ligny , un simple com- HMmtairedu Nouveau Testament , sont , en généf&l ,de mauvais et même de dangereux ouvrages. Cette manière de défigurer l'Évangile nous est Ynoe des protestants, et nous n'avons pas observé qu'elle en a conduit un grand nombre au aoclnianisme. Jésus-Christ n'est point un homme ; OD ne doit point écrire sa vie comme celle d'un
' La Conjumiion du eomie de Fiesque, par le cardinal ^G Retz, semble avoir servi de modèle à la Conjuration de f rniM, par $a.int-Réal : ii y a entre ces deux ouvrages la dirrémioe qui existe to^Joars entre rorlglnal et la copie; envr celui qui écrit de verve et de génie , et celui qui , à force Q»* travail, parvient à imiter cette verve et ce génie avec plus oa nioim de temmblaiice et de bonheur.
simple légblateur. Vous aurez beau raconter ses œuvres de la manière la pius touchante, vous ne peindrez Jamais que son humanité, sa divinité vous échappera. Les vertus de l'homme ont quelque chose de corporel, si nous osons parler ainsi ^ que l'écrivain peut saisir; mais il y a dans les vertus du Christ un intellestuel, une spiritualité qui se dérol)e à la matérialité de nos expressions. C'est cette vérité dont parle Pascal ^ si fine et si déliée , que nos instruments grossiers ne peuvent la toucher sans en écacher la pointe \ La divi* nité du Christ n'est donc et ne peut être que dans l'Évangile , où elle brille parmi les sacrements ineffables institués par le Sauveur ^ et au milieu des miracles qu'il a ftiits. Les apôtres seuls ont pu la rendre , pai*ce qu'ils écri voient sous l'ins^ piration de l'Esprit Saint. Ilsavoient été témoins de merveilles opérées par le Fils de l'Homme ; ils avoiènt vécu avee lui : quelque chose de sa divinité est demeuré empreint dans leur parole sacrée , comme les traits de ce céleste Messie res<* tèrent , dit*on , imprimés dans le voile mystérieux qui servit à essuyer ses sueurs.
Sous le simple rapport du goAt et des lettres , 11 y a d'ailleurs quelque danger à transformer ainsi l'ËvanglIe en une Histoire de Jésus-Christ. En donnant aux faits Je ne Bail quoi d'humain et de rigoureusement historique ; en appelant sans cesse à une prétendue raison , qui n'est souvent qu'une déplorable folie ; en ne voulant prêcher que la morale entièrement dépouillée du dogme, les protestants ont vu périr ches eux la haute éloquence. Ce ne sont, en effet, ni les Tillotson, ni tes Wilkins, ni les Ooldsmith, ni les Blair, nmlgi^é leur mérite, que l'on peut regarder comme de grands orateurs , et surtout si on les com* pareaux Basile, aux ChiTsostôme, aux Ambroise, aux Bourdaloue et aux Massillon. Toute religion qui se fait un devoir d'éloigner le dogme , et de bannir la pompe du cultCi se coudanme àia sé«. cheress^. Il ne faut pas croire que le cœur de l'homme , privé du secours de l'imagination , soit assez abondant de lui-même pour nourrir les flots de l'éloquence. Le sentiment meurt en naissant, s'il ne trouve autour de lui rien qui puisse le soutenir , ni images qui prolongent sa durée, ni spectacles qui le fortifient , ni dogme qui , l'emportant dans la région des mystères, préviennent ainsi son désenchantement. Le protestantisme se vante
> PeMe$ de Pascal*
MÉLANGES LITTÉBAIRES.
d'avoir banni latristessede la religion clirétienne : I mais , dans le culte catliolique , Job et ses saintes mélancolies , Tombre des cloîtres , les pleurs du . ; pénitent sur le rocher , la voix d*un Bossuet autour ' : d'un cercueil, feront plus d'hommes de génie , I que toutes les maximes d'une morale sans élo* ^" : quence , et aussi nue que le temple où elle est
^préchée.
' ^9^ Le père de Llgny avoit donc sagement con- ^\] sidéré son sujet, lorsqu'il s'est borné dans sa Vie ' de Jésus- Chrisi à une simple concordance des évangiles. Et qui pourroit se flatter d'ailleurs d'égaler la beauté ;du Nouveau Testament? Un auteur qui auroit une pareille prétention ne seroit-il pas déjà jugé? Chaque évangéliste a un caractère particulier, excepté saint Marc, dont révangile ne semble être que l'abrégé de celui de saint Matthieu. SaintMarc toutefois étoit disciple de saint Pierre, et plusieurs ont pensé qu'il a écrit sous la dictée de ce prince des apôtres. Il est digne de remarque qu'il a raconté aussi la faute de son maître. Gela nous semble un mystère sublime et touchant, que Jésus-Christ ait choisi , pour chef de son Église , précisément le seul de ses disciples qui l'eût renié. Tout l'esprit du christianisme est là : saint Pierre est TAdam de la nouvelle loi ; il est le père coupable et repentant des nouveaux Israélites ; sa chute nous enseigne , en outre, que la religion chrétienneest unereiigionde miséricorde , et^que Jésus^ihrîst a établi sa loi parmi les hommes sujets à Terreur , moins encore pour l'innocence que pour le repentir.
L*évangile de saint Matthieu est surtout précieux pour la morale. C'est cet apôtre qui nous a transmis le plus grand nombre de ces préceptes en sentiments qui sortoieutavectantd'abondance des entrailles de Jésus-Christ.
Saint Jean a quelque chose de plus doux et de plus tendre. On reconnoit en lui le disciple que Jésus aimoity le disciple qu'il voulut avoir auprès de lui au Jardin des Oliviers , pendant son agonie. Sublime distinction sans doute ! car il n'y a que l'ami de notre àme qui soit digne d'entrer dans le mystère de nos douleurs. Jean fut encore Je seul des apôtres qui accompagna le Fils de l'Homme Jusqu'à la croix. Ce fut là que le Sauveur lui légua sa mère: Maier, eccc filins iuus; disci* pulusy ecce mater tua. Mot célesle, parole ineffable ! le disciple bien-aimé,qui avoit dormi sur le sein de son maître , avoit gardé de lui une image ineffaçablç: aw9i Içreconnut-iilepremierapitssa
résurrection.LecœurdeJean ne putse méprendre aux traits de son divin ami , et la foi lui vint de la charité.
Au reste , l'esprit de tout l'évangile de saint Jean est renfermé dans cette maxime qu*il ailoit répétant dans sa vieillesse : cet apôtre , rempli de jours et de bonnes œuvres , ne pouvant plus faire de longs discours au nouveau peuple qu'il avoit enfanté à Jésus-Christ, se contentoit de lai dire : Mespetits er\fantSy aimex-ixms lesunslesaulres.
Saint Jérôme prétend que saint Luc étoit médecin, profession si nobleet si belle dans l'antiquité, et que son évangile est la médecine de l'âme. Le langage de cet apôtre est pur et élevé : on voit que c'étoit un homme versé dans les lettres, et qui connoissoit les affaires et les hommes de sod temps. Il entre dans son récit à la manière des anciens historiens; vous croyez entendre Hérodote:
« 1. Conune plusieurs ont entrepris d'écrire « rhistoire des choses qui se sont accomplies « parmi nous;
« 3. Suivant le rapport que nous en ont ftit « ceux qui , dès le commencement , les ont vues « de leurs propres yeux , et qui ont été les miois- « très de la parole ,
« 3. J'ai cru que Je devois aussi, trèsrexcel* « lent Théophile , après avoir été exactement ia- < formé de toutes ces choses depuis leur com- « mencement, vous en écrire par ordre tonte « rhistoire. »
Notre ignorance est telle aujourd'hui , qu'U y a peut-être des^r^n^ de lettres qui seront étonnés d'apprendre que saint Luc est un très-grand écrivain, dont l'évangile respire le génie de l'antiquité grecque et hébraïque. Qu'y a-t-il de plus beau que tout le morceau qui précède la naissance de Jésus-Christ?
« Au temps d'Hérode , roi de Judée , il y avoit « un prêtre nommé Zacharie, du sangd'Abia : sa « femme étoit aussi de la race d'Aaron , et s'appe « loit Elisabeth.
« Ils étoient tous deux Justes devant Dicn....lis « n'avoient point d'enfants , parce qu'Élisabe* « étoit stérile , et qu'ils étoient tous deux avancés
« en âge. »
Zacharleoffre un sacrifice ;unangelui a/yan»»
debout à côté de P autel des parfum. II loi V^ qu'il aura un fils, que ce fils s'appellera Jean, qu" sera le précurseur du Messie , et qu'il réunira U cœur des pères et des enfanU. Le même ange \%
MÉLANGES UTTÉRAIRES.
trouver ensuite une vierge gui demeuroU en Iraély et lui dit : « Je vous salue, 6 pleine de grâce !
• le Seigneur est avec vous. » Marie s'en va dans les montagnes de la Judée; elle rencontre Elisabeth , et renfant que celle-ci portoit dans son sein tressaille à la voix de la Vierge qui devoit mettre au jour le Sauveur du monde. Elisabeth, remplie tout à coup de i*£sprit Saint , élève la yoIx , et s'écrie : «^ Vous êtes bénie entre toutes les fem-
• mes, et le fruit de votre sein est béni.
« D'où me vient le bonheur que la mère de mon c Sauveur vienne vers moi?
« Car lorsque yous m'avez saluée , votre voix
• n'apasplutôtfrappé mon oreille, que mon enfant «a tressailli de joie dans mon sein. »
Marie entonne alors le magnifique cantique :
• 0 mou âme , glorifie le Seigneur I •
L'histoire de la crèche et des bergers vient en* suite. Une troupe nombreuse de Varmée céleste chante pendant la nuit : Gloire à Dieu dans le eieiy et paix aux hommes sur la terre ! mot digne des anges, et qui est comme l'abrégé de la religion chrétienne.
Nous croyons connoltre un peu l'antiquité , et nous osons assarer qu'on chercheroit longtemps chez les plus beaux génies de Rome et de la Grèce avant d'y trouver rien qui soit à la fois aussi simple et aussi merveilleux.
Qaiconque lira rÉvangile avec un peu d'attentionydécouvrira àtousmomentsdes choses admirables , qui échappent d'abord, à cause de leur eitrême simplicité. Saint Luc, par exemple, en donnant la généalogie du Christ , remonte jusqu'à la naissance du monde. Arrivé aux premières générations, et continuant à nommer les races, il dit : Cainan , qui fuit Henos , qui fuit Seth , qui fuit Adam y qui fuit Dbi ; le simple root qui fuit Deiy Jeté là sans commentaire et sans réflexion pour raconter la création, Torigine, la nature, les fins et le mystère de l'homme, nous semble de la plus grande sublimité.
Il faut louer le père de Ligny , qui a senti qu^on oe devoit rien changer à ces choses , et qu'il n'y avoit qu'un goût égaré et un christianisme mal entendu qui pouvoient ne pas se contenter de pareils traits. Son Histoire de Jésus- Christ offre Que nouvelle preuve de cette vérité que nous avons avancée ailleurs; savoir , que les beaux-arts chez les modernes doivent au culte catholique la majeure partie de leurs succès. Soixante gravures, <l'&prè8 les maîtres des écoles italienne , françoise
et flamande , enrichissent le bel ouvrage ^e nous annonçons : chose bien remarquable, qu'en vou« lant ajouter quelques tableaux à une Vie de Je-* sus-Christ, on s'est trouvé avoir renfermé dans oe cadre tous les cbefs-d'^euvre de la peinture mo« deme'*
On ne sauroit trop donner d'éloges àla Société Typographique , qui , dans si peu de temps , nous a donné, avec un goût et un discernement parfait, des ouvrages si généralement utiles : les Sermons choisis de Bossuet et de Fénelon , les Lettres de saint François de Sales, et plusieurs autres ex* cellents livres , sont tous sorUs des mêmes presses, et ne laissent rien à désirer pour l'exécu* tion.
L'ouvrage du père de Ligny, embelli par la pehiture , doit recevoir encore un autre ornement non moins précieux ; M. de Bonald s'est chargé d'en écrire la préfoce : ce nom seul promet le talent et les lumières, et commande le respect et l'estime. Eh 1 qui pourroit mieux parler des lois et des préceptes de Jésus-Christ que l'auteur du Divorce, de la Législation primitive, et de la Théorie du pouvoir politique et religieux?
N'en doutons point, ce culte insensé, cette folie de la Croix , dont une superbe sagesse nous annonçoit la chute prochaine, va renattre avec une nouvelle force; la palme de la religion croit toujours à l'égal des pleurs que répandent les chrétiens, comme l'herbe des champs reverdit dans une terre nouvellement arrosée. C*étoltune insigne erreur de croire que l'Évangile étoit détruit , parce qu'il n'étolt plus défendu par les heureux du monde. La puissance du ishristianisme est dans la cabane du pauvre , et sa base est aussi durable que la misère de l'homme, sur laquelle elle est appuyée. ^ L'Église , » dit Bossuet dans un passage qu'on croiroit échappé à la tendresse de Fénelon , s'il n'avoit un tour plus original et plus élevé ; « TÉglise est fille du Tout-Puissant : « mais son père, qui la soutient au dedans, l'aban* « donne souvent aux persécutions; et, à l'exem- « pie de JésufrClhrist, elle est obligée de crier, dans « son agonie : Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi « m'avez-voui délaissée ' ? Son Époux est le plus a puissant comme le plus beau et le plus parfait « de tous les enfants des hommes ^ ; mais elle n'a
« Raphaâ , Michel-ADge, le DomInIqalD, le Carrache, Paal Véronése, le Tillen, Léonard de Vinci, le Guerchin, Lan» franc, le Poussin, le Sueur, Lebrun , Rubens, elc.
3 Dcus meus! Deus meus! utquld dereliquisU me?
3 Spedostu (onna pis filUs bominum. ( Ptai., xuv, a. )
MÉLANGES LtlTÉRAtRES.
« entenda sa tolx agréable , elle n*a Joui de sa « douce et désirable présence, qu'un moment'. « Tout â*un coup il a pris la fuite avec une course
< rapide; ei^ plus tnle qu*un faon de biche j il t $*eH élevé au-deêsuê des plus hautes monia- « gnes '. Semblable à une épouse désolée , ^'Église « ne fiiltquegéfflir ; et le chant de la tourterelle dé- « laissée^ est dans sa bouche. Enfln elle est étran-
< gère et comme errante sur la terre , où elle vient t recueillir les enfants de Dieu sous ses ailes ; et t le monde , qui s'efforce de les lui ra Vir^ ne cesse « de traverser son pèlerinage 4. •
Il peut le traverser^ ce pèlerinage , mais non pas l*enlpécher de sVeompIlr. 8i Tauteur de cet article n*en eût pas été persuadé d*avance, il en seroit maintenant convaincu par la seène qui se passe sous ses yeux*. Quelle est cette puissance extraordinaire qui promène oes cent mille chrétiens sur ces ruines? Par quel prodige la croix reparo!t*elle en triomphe dans cette même cité où naguère une dérision horrible la tratnoit dans la fange ou le sang? D'où renaît cette solennité pros" crite? Quel chant de misérioorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et les cris des chrétiens fbudroyés? Sont-oe les pères, les mères, les frères , les sœurs , les enfants de oes victimes qui prient pour les ennemis de la foi , et que vous voyez à genoux de toutes parts, aux fenêtres de ees maisons délabrées, et sur les monceaux de pierres où le sang des martyrs fume encore? Les collines chargées de monastères i non moins religieux parce qu'ils sont déserts ; ces deux fleuves où la cendre des confesseurs de Jésus-Christ a si souvent été Jetée ; tous les lieux consacrés par les premiers pas du christianisme dans les Gaules; cette grotte de saint Pothin , les catacombes dlrenée , n'ont point vu de plus grands miracles que celui qui s'opère aujourd'hui. Si en 1790, au moment des mitraillades de Lyon, lorsque Ton démolissoit les temples et que l'on massacroit les prêtres , lorsqu'on promenoit dans les rues un êne chargé des ornements sacrés , et que le bourreau, armé de sa hache, aocompagnoit cette digne pompe de la Raison , si un homme eût dit alors : « Avant que dix ans se soient écoulés, « un prince de l'Église , un archevêque de Lyon ,
' Arnicas aatem sponsi,' qui sUt, et audit eam, gaudio gattdet propter vocem sponsi. ( Joan. , ni , :29. )
* Fuge, dilecte ml , et asslmllare câpres hinnuloque cer- Yoram saper montes aromatum. ( Cant. tiii, 14. )
* Vox turluris audita est tn terra nostra. ( Cûnt, n, 19. )
* Oraison funèbre de M, le Teltiet.
^ L*attteiir éeriyolt ceci à Lyon , le jour de la FMe-Dtoe.
r « portera publiquement le Sahit-Sacrenient dins ft les mêmes lieux ; Il sera accompagné d'un nom- « breux clergé ; de Jeunes filles vêtues de blaoc, « des hommes de tout âge et de toutes professions, « suivront, précéderont la pompe, avecdesfleun <* et des flambeaux ; ees soldats trompés , que Ton « a armés contre la religion , paroltront dans cette « fêté pour la protéger: » si un homme, disonsnous , eût tenu un pareil langage , Il eût p&ssp pour un visionnaire ; et pourtant cet homme n'eiit pas dit encore toute la vérité. La veille même de cette pompe , plusde dix mille cbrétiens ont voulu recevoir le sceau de la foi : le digne prélat de cette grande commune a paru , comme saint Paai, an milieu d'une fbule immense, qui luidemaodoit un sacrement si précieux danslestempsd^épreyve, puisqu'il donne la force de confesser rÉvangiie. Et ce n'est pas tout encore ; des diacres ont éie ordonnés, des prêtres ont été sacrés. Dira<t-oD que les nouveaux pasteurs cherchent la gloire et la forttine? Où sont les bénéfices qui les attendent, les honneurs qui peuvent les dédommager des travaux qu'exige leur ministère? UoecliétiTe pension alimentaire , quelque presbytère à moitié ruiné, ou un réduit obscur, fruit de la charité des fidèles , voilÀ tout ce qui leur est promit, il faut encore qu'ils oomptent sur les calomnies ^ sur les dénonciations , sur les dégoûti de toate espèce : disons plus, si un homme tout-puissaot retiroit sa main aii^oord'hui , demain le philosophisme feroit tomber les prêtres sous le glaive de la tolérance^ ou rouvriroit pour eux les pIû* lanthropiques déserts de la Guiane. Ahl lorsque oes enfants d'Aaron sont tombés la fiiee contre terre , lorsque l'archevêque , debout devant TaQ* tel , étendant les mains sur les lévites prosternés, a prononcé ces paroles ! Àcçipejugum Dominif la force de ces mots a pénétré tous les coeurs et rempli tous les yeux de larmes; ils l^ont accepté , le joug du Seigneur; ils le trouveront d'autant plus léger (onus ejus levé) quejes h(Mnmes cherchent à l'appesantir. Ainsi , malgré les prédictions des oracles du siècle, malgré les progrès de l'esprit humain, l'Église croit et se perpétue, selon l'oracle bien plus certain de celui qui Ta fondée : et, quels que soient leS orages qui peuvent encore l'assiéger , elle triomphera des lumiè' res des sophistes , comme elle a triomphé des ténèbres des Barbares.
MÉ^NGES LtlTÉlLÀIRES.
ftU& miB HOtnrBLLE <dition