‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 192 sur 283 · PAR M. ALEXANDRE DE LABORDE · texte numérisé non relu

PAR M. ALEXANDRE DE LABORDE

JaiUet 1607.

li y dfiB genras de littérature qui Beniblent appartenir à certaines époques de ia société : ainsi in poésie convient plus particulièrement à l'enfance des peuples , et rhistoirCf à leur Yieillesse. La simplicité des mœurs pastorales ou la grandeur des mœurs héroïques veulent être chantés sur la lyre d'Homère ; la raison et la corruption des nations civilisées demandent le pinceau de Thucydide. Cependant la muse a souvent retracé les crimes des hommes ; mats il y a quelque chose de si beau dans le langage du poëte, que les crimes mêmes en paroissent embellis; Thistoire seule peut les peindre sans en affoiblir l*horreur. Lorsque, dans le dilence de l'objection, Ton n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran , et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa (àveur ^ue de mériter sa disgrâce, Thistorien parott chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'empire; il croit inconnu auprès des cendres de Germanicus; et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. Bientôt toutes les fiuisses vertus seront démasquées par l'auteur desiiniiateSf bientôt il ne fera voir, dans le tyran déifié, que rhistrion , l'incendiaire et le parricide : semblable à ces premiers chrétiens d'Egypte qui , au péril de leurs Jours, pénétroient dans les temples de ridolâtrie, saisissoient au fond d'un sanctuaire ténébreux la divinité que le crime offroit à Tencens de la peur, et traînoient à la lumière du soleil , au lieu d'un dieu , quelque monstre horrible.

Mais si le rôle de l'historien est beau, il est souvent dangereux. Il ne suffit pas toujours, pour peindre les actions des hommes, de se sentir une âme élevée, une imagination forte, un esprit fin et juste, un cœur compatissant et sin-

> Voilà Vartlcle qni fit sapprimer le Mercure, et qni attira une penécution violente à l'auteur. Comme ce morceau est devenu historique, on n'a pas voulu y touclier, et l'on y a laissé les fragments de V Itinéraire qui s'y trouvent. A cette époque Vliiniraire n'étoitpas publié.

cère : il faut encore trouver en soi on caractère Intrépide , il faut être préparé à tous les malheurs, et avoir fait d*avance le sacrifice de son repos et de sa vie.

Toutefois il est des parties dans l'histoire qoi ne demandent pas le même courage dans Thistorien. Les Voyages, par exemple, qui tiennent à la fois de la poésie et de l'histoire, comme celui que nous annonçons, peuvent être écrits sans péril. Et néanmoins les ruines et les tombeaux révèlent souvent des vérités qu'on n'apprendroit point ailleurs; car la face des lieux ne chan^ pas comme le visage des hommes : f^on itt hominum imltiis ita locorum faciès muiantur.

L*antiquité ne nous a laissé qu'un modèle de cegenre d'histoire : c'est le Voyage de Pausanias; car le Journal de Néarque et le Périple d'Haonon sont des ouvrages d'un ordre différent. Si ia gravure eût été connue du temps de Pausanias, nous posséderions aujourd*hui un trésor inestimable; nous verrions en entier, et comme debout, ces temples dont nous allons encore admirer les débris. Les voyageurs modernes n'ont soo^ qu'assez tard à fixer, par l'art du dessin , l'état des lieux et des monuments qu'ils avoient visités. Chardin, Pooocke et Toumefbrt, sont peut-être les premiers qui aient eu cette heureuse idée. Avant eux , on trouve , il est vrai , plusieurs relations ornées de planches; mais le travail de ces planches est aussi grossier qu'il est incomplet Le plus ancien ouvrage de cette espèce que nous nous rappelions est celui de Monconys; etc^ pendant depuis Benjamin de Tudèle jusqu'à n(» jours, on peut compter à peu près cent trente trois voyages exécutés dans la seule Palestine*

C'est à M. l'abbé de Saint-Non et à M. deChoiseul-Gouffier qu'il faut donc rapporter Torigine des Voyages pittoresques proprement dits. 11 est bien à désirer pour les arts que M. de Choisi achève son bel ouvrage , et qu*il reprenne des travaux trop longtemps suspendus par des idal* heurs : les amis de Cicéron chercholentàle consoler des peines de la vie en lui remettant soas les yeux le tableau des ruines de la Grèce.

L'Italie, la Sicile, l'Egypte, la Syrie, i'A»e Mineure, la Dalmatie, ont eu des blstorieosde leurs chefs-d'œuvre : on compte une foule de tours ou de voyages pittoresques d'Angleterre; les monuments de la France sont gravés : il ^ restoit plus que l'Espagne à peindre, çoitm^^ remarque M. de Laborde.

MELANGES UTTEBAIBES.

Bans une introduction écrite avec autant d*é' légance que de clarté , l'auteur trace ainsi le plan de son voyage :

« L'Espagne est une des contrées les moins « connues de TEurope , et celle qui renferme ce- « pendant le plus de variété dans ses monuments « et le plus d'iotérét dans son histoire.

« Riche de toutes les productions de la nature, « elle est encore embellie par l'industrie de plu- « sieurs âges et le génie de plusieurs peuples. La

• m^esté des temples romains y forme un oon- « traste singulier avec la délicatesse des monu-

• ments arabes, et Farchitecture gothique avec « la beauté simple des édifices modernes.

• Cette réunion de tant de souvenirs , cet héri- « tage de tant de siècles, nous force à entrer dans « quelques détails sur Thistoire de TEspagne , - pour indiquer la marche que Ton a adoptée ■ dans la description du pays. »

L'auteur, après avoir décrit les différentes époques, i^oute:

« Telle est l'esquisse des principaux événements qui firent passer l'Espagne sous différen* tes domlnatlMis. Les révolutions, les guerres et le temps n'ont pu détruire entièrement les monuments qui ornent cette belle contrée, et les arts de quatre peuples différents qui l'ont tour à tour embellie.

« C'est aussi ce qui nous a engagé à diviser la description de l'Espagne en quatre parties, contenant chacune les provinces dont les monuments ont le plus d'analogie entre eux, et se rapportent aux quatre époques principales de son histoire.

m Ainsi , le premier volume comprendra la Catalogne , le royaume de Valence , l'Estramadonre, où se trouvent Tarragone, Sagonte, Mérida, et la plupart des autres colonies romaines et carthaginoises ; il sera précédé d'une notice historique sur les temps anciens de l'Espagne.

m Le second volume renfermera les antiquités de Grenade et de Gordoue , et la description du reste de l'Andalousie, séjour principal des Maures; il sera précédé d'un abrégé de l'histoire de ces peuples , tiré en partie des manuscrits arabes de l'Escurial.

« Le troisième , consacré principalement aux édifices gothiques , tels que les cathédrales de Burgoe, de Valladoiid, de Léon, de Saint- Jacques de Compostelle , offrira aussi les contrées

sauvages des Asturies, l'Aragon, la Navarre, la Biscaye , et sera précédé de recherches sur les arts en Espagne , avant le siècle de Ferdinand et d^Isabelle.

« Le quatrième volume, en retraçant les beautés de Madrid et des environs , renfermera , de plus , tout ce qui peut servir à faire connoitre la nation espagnole telle qu'elle est ai\|ourd*hui : les fêtes, les danses, les usages nationaux. Ce volume comprendra également l'histoire des arts, depuis leur renaissance sous Ferdinand et Isabelle, Charles V et Philippe II , Jusqu'à nos Jours ; il donnera une oonnoissanoe suffisante de la peinture espagnole et des chefs-d'œuvre qu'elle a produits ; on y ^joutera quelques dé- « tails sur les progrès des sciences et de la litté- « rature en Espagne. »

On voit, par cet exposé, que l'auteur a conçu son plan de la manière la plus heueeuse , et qu'il pourra présenter sans confusion une immense galerie de tableaux. M. de Laborde a été favorisé dans ses études ; il a examiné les monuments des arts chez un peuple noble et civilisé ; il les a vus dans cette belle Espagne , où du moins la foi et l'honneur sont restés lorsque la prospérité et la gloire ont disparu. Il n'a point été obligé de s'enfoncer dans ces pays Jadis célèbres , où le cœur du voyageur est flétri à chaque pas , où les ruines vivantes détournent votre attention des ruines de marbre et de pierre. C'est un enlEsnt tout nu , le corps exténué par la faim , le visage défiguré par la misère, qui nous a montré , dans un désert , les portes tombées de Mycène^t le tombeau d'Agamemnon'. En vain, dans le Péloponèse, on veut se livrer aux illusions des muses : la triste vérité vous poursuit. Des loges de boue desséchée , plus propres à servir de retraite à des anhnaux qu'à des hommes ; des femmes et des enfants en haillons , fuyant à l'approche de l'étranger et du Janissaire; les chèvres même effrayées , se dispersant dans la montagne , et les chiens restant seuls pour vous recevoir avec des hurlements : voilà le spectacle qui vous arrache au charme des souvenirs. La Morée est déserte : depuis la guerre des Busses , le Joug des Turcs s'est appesanti sur les Moraltes ; les Albanois ont massacré une partie de la population ; on ne voit de tontes parts que des villages détruits par le în

> Noos avoni déooaTerton autretombMa à Mycènet, poolétre celui de Tkyesieoa de Clytcmaetlra. ( Voyog PaW41«iai.) Nou« ravoos iodiqué à M. Fauvel.

MÉLANGES LITTÉRAIRES

et par le feu ; dans les villes, eomme à Misitra % des fBtuboQrgsentierssont abandonnés; nousavons souvent fait quinze lieues dans les campagnes sans rencontrer une seule habitation. De criantes avanies, des outrages de toutes espèces, achèvent de détruire dans la patrie de Léonidas l'agriculture et la vie. Chasser un paysan grec de sa cabane , s'emparer de sa femme et de ses enfants , le tuer sur le plus léger prétexte , est un Jeu pour le moindre aga du plus petit village. Le Moralte, parvenu au dernier degré du malheur, s'arrache de son pays, et va chercher en, Asie un sort moins rigoureux; mais 11 ne peut fuir sa destinée ; il retrouve des cadis et des pachas jusque dans les sables du Jourdain et les déserts de Palmyre.

Nous ne sommes point un de ces intrépides admirateurs de l'antiquité, qu'un vers d'Homère console de tout. Nous n'avons jamais pu comprendre le sentiment exprimé par Lucrèce :

• Suave mari m^gnot turbantibos equort Tentis^

E terra OMignum alterius spectare laborem.

Loin d'aimer à contempler du rivage le naufrage des autres, nous souffrons quand nous voyons souffrir des hommes. Les Muses n'ont alors sur nous aucun pouvoir, hors celle qui attire la pitié sur le malheur. A Dieu ne plaise que nous tombions aujourd'hui dans ces déclamations sur la liberté «t l'esclavage , qui ont fait tant de mal à la patrie I Mais si nous avions jamais pensé, av^'* des hommes dont nous respectons d'ailleurs le caractère et les talents , que le gouvernement absolu est le meilleur des gouvernements possibles, quelques mois de séjour en Turquie nous «uroient bien guéri de cette opinion.

Les monuments n'ont pas moins à souffrir que les hommes de la barbarie ottomane. Un ^is Tartare habite aujourd'hui la citadelle remplie des che£s-d'œuvre dlctinus et de Phidias , sans daigner demander quel peuple a laissé ces débris , sans daigner sortir de la masure qu'il s'est bâtie sous les ruines des monuments de Périclès. Quelquefois seulement le tyran automate se traîne à la porte de sa tanière : assis les jambes creusées sur un sale tapis , tandis que la fumée de sa pipe monte à travers les colonnes du temple de Minerve, il promène stupidement ses re-

* Miftitn n'est point Sparte. Cette dernière rïWe se retroave an village de Bfagoala, à une Heaeet demie de Mteitra. Noub avons compté à Sparte dix-sept raines liors de terre, la plapart aa midi de la citadelle, sar le chemin d*Amyclée.

gards sur les rives de Salamine et la mer d'É^idaura. Nous ne pourrions peindre les divers sentiments dont nous fûmes agité , lorsqu'au miiiea de la première nuit que nous passâmes à Athènes , nous fAmes réveillé en sursaut par le tambourin et la musette turque , dont les sons discordants partoient des combles des Propylées : en même temps un prêtre mvsulinan chantoit en arabe l'heure passée à des Grecs ehrétim de la ville de Minerve, Ce derviche n'avoit [Mis besoUi de nous marquer ainsi la fuite des aos : sa voix seule dans ces lieux annonçoit assez ([oe les siècles s'étoient écoulés.

Cette mobilité des choses humaines est d'autant plus frappante pour le voyageur, qu'elle est en contraste avec l'immobilité du reste de la nature : comme pour insulter àrinstabilitédes peuples, les animaux mêmes n^éprouvent ni révolution dans leurs empires ni changemeDts dans leurs mœurs. Le lendemain de notre arrivée à Athènes, on nous fit remarquer des cigognes qui montoient dans les airs, se formoieot en bataillon, et prenoient leur vol vers rAfrique. Depuis le r^ne de Gécrops jusqu'à dos jours , ces oiseaux ont fiait chaque année le mèine pèlerinage, et sont revenus au même lieu. Mais combien de fois ont-ils retrouvé dans les larmes l'hôte qu'ils avoient laissé dans la joie! combla de fois ont-ils cherché vainement cet bête , et le toit même où ils avoient accoutumé de bâtir leon nids!

Depuis Athènes jusqu'à Jérusalem , le tableio le plus affligeant s'offre aux regards du tojigeur ; tableau dont l'horreur toujours eroissante est à son comble en Egypte. C'est là que doqs avons vu cinq partis armés se disputer des déserts et des ruines ■; c'est lÀ que nous avons TV l'Albanois coucher en joue de malheureux enfants qui couroient se cacher derrière les débris de leurs cabanes, comme accoutumés àce terrible jeu. Sur cent chiquante villages que Ton

< Ibnhlm-Bey , dans la Haote-Ëgypte , deat petits beys ^ dépendants, le pacha de la Porte an Caire, on pvti d^AUnnois insurgés, et El-fy-Bey-dans la Basse-Egypte. U r » JJD esprit de révolte dans lX)rieot qui rend les voyages dii&i» et dangereux. Les Araties tuent aiyourdliai les voya^**' qu'ils se oontentoient de dépouiller autrefois. Eotre U att Morte et Jérusalem , dnns un espace de quatorze Heu», vff» avons été aUaqués deux fois, et nous essoyémcsior leNîi^ fusillade de U ligne d'El-fy-Bey. Nous étions, dans celle d^ nière affaire, avec M. CafTe, négociant de Rosette, qiii.<>f sur Tâge, et père de famille, n*en risqua pas moios a ^* pour nous avec la générosité d*un François. Noos lenoinnwQt avec d*aulant plus de plaisir, qu'il a rendu beaocoap de $^ vices à tous dos oompatrtotes qui ont eu beioio de ifi •*<* cours.

MÉLANGES UTTÉRAIRE&

eompte an bord du Nil, en remontant de Rosette aa Caire, ii n*y en a pas un seul qai soit entier. Une partie du Delta est en friche , chose qai ne s'étoit peat-étre jamais rencontrée depuîs le siècle où Pharaon donna cette terre fertile à la postérité de Jacob! La plupart des fellahs ont été égorgés; le reste a passé dans la Haute- Egypte. Les paysans qui n'ont pu se résoudre à quitter leurs champs ont renoncé à élever une famille. L'homme qui naît dans la décadence des empires, et qui n'aperçoit dans les temps futurs que des révolutions probables , pourroit-il , en effet , trouver quelque Joie à voir croître les héritiers d'un si triste avenir? Il y a des époques où il fout dire avec le prophète : « Bienheureux sont les morts ! »

M. de Laborde ne sera point obligé, dans le cours de son bel ouvrage, de tracer des tableaux aussi affligeants. Dès les premiers pas il s'arrête à d'aimables, à de nobles souvenirs : ce sont les pommes d'or des Hespérides ; c'est cette Bétlque chantée par Homère , et embellie par Fénelon. « Le fleuve Bétis coule dans un pays fertile et sous > un ciel doux, qui est toujours serein.... Ce pays

• semble avoir conservé les délices de l'âge d'or',

• etc 9 Paroit ensuite cet Annibal, dont la

puissante haine franchit les Pyrénées et les Alpes, et ne fat point assouvie dans le sang des milliers de Romains massacrés à Cannes et à Trasimène. Scipion opmmençaen Espagne cette noble carrière dont le terme et la récompense dévoient être l'exil et la mort dans l'exil. Sertorius Intta, dans les champs ibériens, contre l'oppresseur du monde et de sa patrie. Il vouloit marcher à Sylla, et

.... Au bord du Tibre, une pique à la main, Lui demander raison pour le peuple romain.

II succomba dans son entreprise : mais il est probable qu'il n'avolt point compté sur le succès. Il M consulta que son devoir, et la sainteté de la cause quUI restoit seul à défendre. Il y a des autels, comme celui de Thonneur, qui, bien qu'abandonnés, réclament encore des sacrifices, le dieu n'est point anéanti parce que le temple est désert. Partout où il reste une chance à la fortune, il n'y a point d'héro!sme à la tenter. Les actions magnanimes sont celles dont le résultat prévu est le malheur et la mort. Après tout, qu'importent les revers , si notre nom , prononcé dans la postérité , va faire battre un cœur gêné-

* Télémaque,

CBATBAimaïAim. — tome V'

reux deux mille ans après notre vie? Nous ne doutons point que, du temps de Sertorius, les âmes pusillanimes, qui prennent leur bassesse pour de la raison , ne trouvassent ridicule qu'un citoyen obscur osât lutter seul contre toute la puissance de Sylla. Heureusement la postérité Juge autrement les actions des hommes : ce n'est . pas la lâcheté et le vice qui prononcent en dernier ressort sur le courage et la vertu.

Cette terre d'Espagne produit si naturellement les grands cœurs, que l'on vit le Cantabre belliqueux ( bellicosus Cantaber ) défendre à son tour sa montagne contre les légions d'Auguste ; et le pays qui devoit enfanter un Jour le Cid et les chevaliers sans peur donna à l'univers romain Trajan, Adrien et Théodose.

Après la description des monuments de cette époque, M. de Laborde passera aux dessins des monuments moresques : c'est la partie la plus riche et la plus neuve de son sujet. Les palais de Grenade nous ont intéressé et surpris, même après avoir vu les mosquées du Caire et les temples d'Athènes. L'Alhambra semble être l'habitation des génies : c'est un de ces édifices des Mille et une Nuits ^ que l'on croit voir moins en réalité qu'en songe. On ne peut se faire une juste idée de ces plâtres moulés et découpés à Jour, de cette architecture de dentelles , de ces bains, de ces fontaines, de ces jardins intérieurs, où des orangers et des grenadiers sauvages se mêlent à des ruines légères. Rien n'égale la finesse et la variété des arabesques de l'Alhambra. Les murs,, chargés de ces ornements, ressemblent à ces étoffes de l'Orient que brodent, dans l'ennui du harem , des femmes esclaves. Quelque chose de voluptueux , de religieux et de guerrier, fait le caractère de ce singulier édifice , espèce de cloitre de l'amour, où sont encore retracées les aventures des Abencemges; retraites où le plaisir et la cruauté habitoient ensemble , et où le roi maure faisoit souvent tomber dans le bassin de marbre la tête charmante qu'il venoit de caresser. On doit bien désirer qu'un talent délicat et heureux nous peigne quelque Jour ces lieux magiques.

La troisième époque du Vogage pittoresque d'Espagne renfermera les monuments gothiques. Ils n'ont pas la pureté de style et les proportions admirables de l'architecture grecque et toscane, mais leurs rapports avec nos mœurs leur donnent un intérêt plus touchant. Nous nous rappellerons toujours avec quel plaisir, en des-

MÉLANGES UTTÉBAIRES.

cendant dans Vtle de Rhodes , nous trouvAmes une petite France au milieu de la Grèce :

Procedo , et parram Troiiam , simulataqne magDis Pergania,eCc.

Nous parcourions avec un respect mêlé d'attendrissement une longue rue appelée encore la rue des Chevaliers : elle est bordée de palais go* thiques , et les murs de ces palais sont parsemés des armoiries des grandes familles de France et de devises en gaulois. Plus loin est une petite chapelle desservie par deux pauvres religieux : elle est dédiée à saint Louis, dont on retrouve Tlmage dans tout l*Orient, et dont nous avons vu le lit de mort à Carthage. Les Turcs , qui ont mutilé partout les monuments de la Grèce, ont épargné ceux de la chevalerie: l'honneur chrétien aétonné la bravoure infidèle , et les Saladin ont respecté les Couci.

Eh ! quand on a été assez heureux pour rece» voir le Jour dans le pays de Bay ard et de Turenne , pourroit-on être indiflférent à la moindre des circonstances qui en rappellent le souvenir? Nous nous trouvions à Bethléem , prêt à partir pour la mer Morte , lorsqu'on nous dit qu'il y avoit un père françois dans le couvent. Nous désirêmes le voir. On nous présenta un homme d'environ quarante-cinq ans, d'une figure tranquille et sérieuse. Ses premiers accents nous firent tressaillir, car nous n'avons Jamais entendu , chez l'étranger, le son d'une voix françoise sans une vive émotion ; nous sommes toujours prêt à nous récrier, Qomme Philoctète :

''û fiXtotov yi&vT)|&a fcv ti nal Xotêtif* npôo^OeYi&a TOtoOd* &v6^ iv ïfi^ l^^t^^*

Après on ai long tempe

Ohl que celte parole è mon oreille est chère I

Nous ftmes quelques questions à ce religieux. Il nous dit qu'il s'appeloit le père Clément, qu'il étoit des environs de Mayenne; que se trouvant dans un monastère en Bretagne, il avolt été déporté en Espagne avec une centaine de prêtres comme lui ; qu'ayant reçu d'abord l'hospitalité dans un couvent de son ordre, ses supérieurs l'atoient ensuite envoyé missionnaire en Terre- Sainte. Nous lui demandâmes s'il n'avdt point d'envie de revoir sa patrie, et s'il vouloit écrire à sa famille ; Il nous répondit avec un sourire amer : « Qui est-ce qui se souvient en France « d'un capucin? Sais*Je si J'ai encore des frères et

« des sœurs? Monsieur, voici ma patrie. J'espère « (^tenir, par le mérite de iaorèdiedemonSBa* « veur, la force de mourir Ici sans importuner « personne, et sans songer à on pays où Je tais « depuis longtemps oublié. >

L'attendrissement du père Clément devint si visible à ces roots, qu'il fut obligé de se retirer. Il courut s'enfermer dans sa cellule , et ne voaluf Jamais reparottre : notre présence avdt réveillé dans son cœur des sentimentsqu'il cherchoit à étouffer. En quel lieu du monde nos tempêtes n'ont-elles point Jeté les enfants de saint Louis? quel désert ne les a point vus pleurant leur terre natale? Telles sont les destinées humaines : ud François gémit aujourd'hui sur la perte de son pays, aux mêmes bords dont les souvenirs inspirèrent autrefois le plus beau des cantiques sur l'amour de la patrie :

Super flnmina Babylonis!

Hélas I ces flis d'Àaron, qui suspendirent lear cinnor aux saUles de Baby lone , ne rentrèrent pas tous dans la cité de David; ces filles de Judée, qui s'écrioient sur les bords de TEuphrate :

O rives do Jourdain 1 6 cliamps aimés des dauil Sacré mont , fertilea vallées »

Du doui pays de dob aïeux Serons-nous toi^ours exilées?

ces compagnes d'Esther ne revirent pus lODttf Emmalls et Béthel ; plusieurs laissèrent leurs dé* pouilles aux champs de la captivité ; et c*est aiof I que nous rencontrêmes loin de la France le tombeau de deux nouvelles Israélites :

Lymessi domus alla, solo Laurente sepuklirani !

Il nous étoit réservé de retrouver au fonddelaroer Adriatique le tombeau de deux filles de rois dont nous avions entendu prononcer l'oraison funèbre dans un grenier à Londres *. Ahl du moins la tom])e

qui renferme ces nobies dames aura vu une fois interrompre son silence; le bruit des pas d'un François aurafait tressaillirdeaxFrançoIsesdans leur cercueil. Les respects d'un pauvre genti^ homme , à Versailles , n'eussent été rien pour dei princesses ; ia prièr^d'un chrétien , en terre étrangère , aura peut*être été agréable à des saintes.

M. de Laborde nous pardonnera ces digr^ sions. Il est voyageur, nous le sommes comme lai ; et que n'a-t-on pas à conter lorsqu'on vient da pays des Arabes 1 A en Juger par l'introduction du

« Mesdames Victoire et AdéUIde de France, tanto * Louis XVL

MÉLANGES LITTÉRAIRES

Voyagé fditoresquê y Tauteur nous parott surtout éminemineDl fliit pour peindre les Biècies des Pélasge et des Alphonse , et pour mettre dans ses dessins l'expression des temps et des mœurs. Les sentiments nobles lui sont familiers ; tout annonce en lui un écriTain qui a du sang |dans le cœur. On peut compter sur sa constance dans ses travaux, puisqu'il ne paroit point détourné des sentiers de l'étude par les soucis de l'ambition. Il l'est souvenu des vers du poète :

Uelo Dido, esca doice, aora cortese, Bramano i cign* , e non si Ta in Parnasso Con le core mordaci.

11 nous retracera donc dignement ces hauts faits d'armes qui inspirèrent à nos troubadours la Chanson de Roland ; à nos sires de Joinvlile, leurs vieilles chroniques ; à nos comtes de Champagne, leurs ballades gauloises ; et au Tasse , ce poème plein d'honneur et de chevalerie, qui semble écrit sur un

bouclier : il nous dira ces Jours où le courage , la foi et la loyauté étoient tout ; où le déloyal et

le lâche étoient obligés de s'ensevelir au fond d'un

clottre, et ne comptoient plus parmi les vivants.

• Il y a deux manières de sortir de la vie , dit Sha-

• kespeare : la honte et la mort, shame and « death. »

Enfm, dans la quatrième époque du Voyage, l'auteur donnera les vues des monuments modernes de TEspagne : u n des plus remarquables , sans doate, est l'Escurial, bâti par Philippe II, sur les montagnes désertes de la Vieille Castille. La cour vient chaque année s'établir dans ce monastère, comme pour donner à des solitaires morts aa monde le spectacle de toutes les passions, et recevoir d*eux ces leçons dont les grands ne profitent Jamais. C'est là que l'on voit encore la chapelle funèbre où les rois d'Espagne sont ensevelis dans des tombeaux pareils, disposés en échelons les uns au-dessus des autres; de sorte que toute cette poussière est étiquetée et rangée en ordre comme les richesses d'un muséum. Il y a des sépulcres vides pour les souverains qui ne sont point encore descendus dans ces lieux ; et la reine actuelle a écrit son nom sur celui qu'elle doit occuper!

Non-seulement l'auteur nous donnera les dessins de tant d'édifices ; mais comme il parott avoir âcs connoissances très- variées , il ne négligera point la numismatique et les inscriptions. L'Es- P^gne est très- riche dans ce genre , et quoique ^nce ait ftiit beaucoup de recherches sur ce sujet,

il est loin de l'avoir épuisé. On sait d'ailleurs qu'on peut faire chaque Jour, sur le monument le plus connu , des découvertes toutes nouvelles. Ainsi, par exemple, l'institut d'Egypte n'a pu lire sur la colonne de Pompée , à Alexandrie, l'inscription effacée que des sous-lieutenants anglois ont relevée depuis avec du plâtre.

Pococke en avoit rapporté quelques lettres, sans prétendre les expliquer; plusieurs autres voyageurs l'avoient aperçue , et nous ne connoissons que M. Sonnini qui n'ait pu rien découvrir sur la base où elle est gravée. Pour nous , nous avons déchiffré distinctement à l'œil nu plusieurs traits , et entre autres le commencement de ce mot Aïox, qui est décisif. Comme cette inscription d'une colonne fameuse est peu ou point connue en France , nous la rapporterons ici.

On lit :

TO..., OTATOlf , AïTOKPATOPA TON nOAIOrXON , AAE3ANAPEIAZ AIOK. H. ÎANONTON.... TON

no.... EHAPxoz AirnToy.

Il faut d'abord suppléer à la tète de l'inscription le mot nPO£; après le premier point, N. 204^; après le second. A; après le troisième, T; au quatrième, AYFOTS; au cinquième, enfin, il faut ijouter AIÛN. On voit qu'il n'y a ici d'arbitraire que le mot A Yr0Y2T0N , qui est d'ailleurs peu important. Ainsi on peut lire :

TON204'nTATONATTOKPATOPA

TONnOAIOTXONAAESANAPEIAS

AIOKAHTlANONTONATrOrrrON

noAinNEnAPxo2AirrnTOT.

C'est-à-dire :

« Au très-sage empereur, protecteur d'Alexan- «drie, Dioglétibn auoustb, PolUon , préfet « d'Egypte. »

Ainsi, tous les doutes sur la colonne de Pompée sont éclaircis. Mais l'histoire garde-t*elle le silence sur ce sujet? Il nous semble que , dans la Vie d'un des Pères du désert , écrite en grec par un contemporain , on lit que pendant un tremblement de terre qui eut lieu à Alexandrie, toutes les colonnes tombèrent, excepté celle de Dioclétlen.

Nous nous sommes fait un vrai plaisir, malgré le besoin que nous avons de repos , d'annoncer le magnifique ouvrage dont M. de Laborde publie aujourd'hui les deux premières livraisons.

MÉLANGES UITÉRAIRES.

On peut y avoir toute confiance. Ce n'est point ici une spéculation de librairie; c'est l'entreprise d'un amateur éclairé, qui apporte à son travail les lumières suffisantes et les restes d'une grande fortune. Employer ainsi les débris de ses richesses, c'est faire un reproche bien noble à cette révolution qui en a tari les principales sources. Quand on se rappelle que les deux frères de M. de Laborde ont péri dans le voyage de M. de la Peyrouse, victimes de l'ardeur de s'instruire, pourroit-on n'être pas touché de voir le dernier rejeton d'une famille amie des arts se consacrer à un genre de fatigues et d'études déjà fatal à ses frères?

SicfratresHelenfie

Ventorumque regat pater

Mavis

. . . . Fiiiibus Àtticis Reddas incolumem , precor I

On se fait aujourd'hui une obligation de trouver des taches dans les ouvrages les plus parfaits. Pour remplir ce triste devoir de la critique , nous dirons que les planches de cette première livraison ont peut-être un peu de sécheresse; mais on doit observer que ce défaut tient à la nature même des objets représentés. Il eût été facile à l'auteur de commencer sa publication par les dessins de FAlhambra ou de la cathédrale de Cordoue. Au-dessus de cette petite charlatanerie, il a suivi l'ordre des monuments, et cet ordre l'a forcé à donner d'abord des perspectives de villes : or, ces perspectives sont naturellement froidesde styleet vagues d'expression. Barcelone, privée du mouvement et du bruit , ne peut offrir qu'un amas immobile d'édifices.

D'ailleurs, on peut faire le même reproche de sécheresse aux dessins de toutes les villes. Nous avons dans ce moment même sous les yeux une vue de Jérusalem ,-.tirée du Voyage pittoresque de Syrie : quel que soit le mérite des artistes, nous ne reconnoissons point là le site terrible et le caractère particulier de la Ville sainte.

Vue de la montagne des Oliviers, de l'autre côté de la vallée de Josaphat , Jérusalem présente un plan incliné sur un sol qui descend du couchant au levant. Une muraille crénelée, fortifiée par des tours et par un château gothique , enferme la ville dans son entier, laissant toutefois au dehors une partie de la montagne de Sion , qu'elle embrassoit autrefois.

Dans la région du couchant, et au cmire de la ville, vers le Calvaire, les maisons se serrent d'assez près; mais au levant, le long de la vallée de Cédron , on aperçoit des espaces vides , entre autres l'enceinte qui règne autour de la mosquée bâtie sur les débris du temple, et le terrain presque abandonné où s'éleveit lechâteau Ântonia et le second palais d'Hérode.

Les maisons de Jérusalem sont de lourdes masses carrées fort basses, sans cheminées et sans fenêtres ; elles se terminent en terrasses aplaties ou en dômes ; et elles ressemblent à des prisons ou à des sépulcres. Tout seroit à l'œil d*un niveau égal , si les clochers des églises, les minarets des mosquées , les cimes de quelques cyprès, et les buissons des aloès et des nopals, ne rompoient l'uniformité du plan. A la vue de ces maisons de pierres renfermées dans un paysage de pierres, on se demande si ce ne sont pas là les monaments confus d'un cimetière au milieu d'un désert.

Entrez dans la ville , rien ne vous consolera de la tristesse extérieure : vous vous égarez dans de petites rues non pavées qui montent et descendent sur un sol inégal , et vous marchez dans des flots de poussière ou parmi des cailloox roulants ; des toiles Jetéesd'une maison à l'autre augmentent l'obscurité de ce labyrinthe; des bazars voûtés et infects achèvent d'ôter la lumière à la ville désolée; quelques chétives boutiques n'étalent aux yeux que la misère ; et souvent ces boutiques mêmes sont fermées, dans la crainte dn passage d'un cadi ; personne dans les mes, personne aux portes de la ville; quelquefoisseulemeot un paysan se glisse dans l'ombre , cachant sous ses habits les fruits de son labeur , dans la crainte d'être dépouillé par le soldat ; dans un coin à Té* cart, le boucher arabe égorge quelque béte suspendue par les pieds à un mur en ruines; à Talr hagard et féroce de cet homme , à ses bras ensanglantés , vous croiriez qu'il vient plutôt de tuer son semblable que d'immoler un agneau. Pour tout bruit dans la cité déicide, on entend par intervalle le galop de la cavale du désert ; c'est le Janissaire qui apporte la tête du bédouin, ou qui va piller le fellah.

Au milieu de cette désolation extraordinaire, il faut s'arrêter un moment pour contempler des choses plus extraordinaires encore. Parmi les ruhiesde Jérusalem , deux espèces de peuples indépendants trouvent dans leur foi de quoi so^ monter tant d'horreurs et de misères, là vivent

IffÉLANGES LITTÉRAIRES.

des religieux chrétiens que rien ne peut forcer à alMindonoer le tombeau de Jésus-Christ, ni spoliations, ni mauvais traitements, ni menaces de la mort. Leurs cantiques retentissent nuit et jour autour du Saint-Sépulcre. Dépouillés le matin par ua gouverneur turc, le soir les retrouve au pied du Calvaire, priant au lien où Jésus-Christ souffrit pour le salut des hommes. Leur front est serein , leur bouche riante. Ils reçoivent l'étranger avec joie. Sans forces et sans soldats, ils protègent des villages entiers contre Tiniquité. Pressés par le bâton et par le sabre , les femmes , les enftints, les troupeaux des campagnes se réfugient dans ies cloîtres des solitaires. Qui empêche le méchant armé de poursuivre sa proie, et de renverser d'aussi foibles remparts? La charité des moines : ils se privent des dernières ressources de la vie pour racheter leurs suppliants. Turcs , Arabes, Grecs, chrétiens schismatlques, tous se jettent sous la protection de quelques pauvres religieux francs qui ne peuvent se défendre euxmêmes : c'est ici qu*il faut reconnottre , avec Bossuet , « que des mains levées vers le ciel enfoncent ■ plus de bataillons que des mains années déjà- • velots. »

Tandis que la nouvelle Jérusalem sort ainsi (lu désert y brillante de clarté, jetez les yeux entre la montagne de Sion et le temple , voyez cet autre petit peuple qui vit séparé du reste des habitants de la cité. Objet particulier de tous les mépris , il baisse la tête sans se plaindre, il souffre toutes les avanies sans demander justice, il se laisse accabler de coups sans soupirer : on lui demande sa tête, il la présente au cimeterre. Si quelque membre de cette société proscrite vient à mourir, son compagnon iar, pendant la nuit, l'enterrer furtivement dans la valléede Josaphat, à Tombre du temple de Salomon. Pénétrez dans la demeure de ce peuple , vous le trouverez dans une affreuse misère , faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui le feront lire à leur tour à leurs enfants. Ce qu'il faisoit il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté six fois à la ruine de Jérusalem , et rien ne peut le décourager, rien ne peut Tempécher de tourner ses regards vers Sion. Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre , selon la parole de Dieu , on est surpris sans doute, mais, pour être frappé d'un étonnement surnaturel , il faut les retrouver à Jérusalem; il faut voir ces légitimes malti*es de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre

pays; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Ecrasés par la croix qui les condamne , et qui est plantée sur leurs têtes, près du temple, dont il ne reste pas pierre sur pierre, ils demeurent dans leur déplorable aveuglement. Les Perses, les Grecs, les Romains ont disparu de la terre; et un petit peuple, dont l'origine précéda celle de ces grands peuples , existe encore sans mélange dans les décombres de sa patrie. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle , nous pensons qu on doit le trouver ici. Et qu'y a-t-il de plus merveilleux , même aux yeux du philosophe , que cette rencontre de l'antique et de la nouvelle Jérusalem au pied du Calvaire : la première s'afQigeant à l'aspect du sépulcre de Jésus-Christ ressuscité ; la seconde se consolant auprès du seul tombeau qui n'aura rien à rendre à la fin des siècles?

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