DU LATIN
GOMME aOOaCB DES LAIIGUi» DB L'BfJftOPS UTOm*.
Lorsqu'un peuple puissant a passé ; que ta tangue dont il se servoit n'est plus parlée, cette langue reste monument d'un autre âge, où Ton admire les chefsd'oeuvre d'un pinceau et d'un ciseau brisés. Dire comment les idiomes des peuples de l'Ausonie devinrent l'idiome latin; ce que cet idiome retint du caractère des tribus sauvages qui le formèrent; ce qu'il perdit et gagna par la conversion d'un gouvernement libre en un gouvernement despotique, et plus lard par la révolution opérée dans la religion de l'État; dire Comment les nations conquises et conquérantes apportèrent une foule de locutions étrangères à cet idiome ; comment les débris de cet idiome formèrent la base sur laquelle s'élevèrent les dialeo-' tes dé l'ouest et du midi de l'Europe moderne, serolt le sujet d'an immense ouvrage de philologie.
Rien en effet ne pomrrolt être plus curieux et plus
IMIIODCCTION.
instruetif que de prendre le latin à ion ieommenoemeiit, et de le conduire à sa fin à travers les siècles et les génies divers. Les matériaux de ce travail sont déjà tout préparés dans les sept traités de Jean Ni* colas Funck : de Origine lingux latin» tractatus; de Pueritia UUinm HngiM tract. ; de /idolescentia latin» Unguœ tract.; de virili /Etate latin» lingua tract.; de im minenti latinx lingux Senectute tract.; de végéta latinœ lingu» Senectute tract.; de inerti et decrepita latin» tinguœ Senectute tractatus. '" La langue grecque dorique, la langue étrusque fi osque des hymnes des Salions et de la Loi des Douze Tables dont les enfants chantoient encore les articles en vers du temps de Cicéron ^ ont produit la langue rude de Duillius, de Cscilius et d*Ennius ; la langue vive de Plaute, satirique de LuciliuSi gréctsée de Téreoce , philosophique , triste , lente et spondaîque de Lucrèce , éloquente de Cicéron et de Tite-Live, claire et correcte de César, élégante d*Horace , brillante d*Ovîde, poétique et concise de Catulle, harmonieuse de Tibulle, divine de Virgile, pure et sage de Phèdre.
Cette langue du siècle d'Auguste ( Je ne sais à quelle date plaeerQuinte-Curce) devint, en s*altéiraot , la langue énergique de Tacite, de Lucain , de Sénèque, de Martial; la langue copieuse de Pline fAiicîen , la langue fleurie de Pline le jeune , la langue effrontée de Suétone, violente de Juvénal, obscure de Perse, enflée ou plate de Staceet deSi« lltts Italicus.
Après avoir passé par les grammairiens Quintllien et Macrobe ; par les épitomistes Florus , Yelléius Paterculus, Justin, Oroae, Suipice Sévère; par les Pères de TËglise et les auteurs ecclésiastiques, Tertullien, Cyprien , Ambroise, Hilaire de Poitiers, Paulin, Augustin, Jérdme, Salvien; par les apologistes , Lactance , Arnobe, Hinutius Félix ; par les panégyristes, Eumène, Mamertin, liazairius; par les historiens de la décadence, Ammien Marcel- Ûn« et les biographes des V Histoire auguste; par les poètes de la décadence et de la diute, Ausone , Claudien , Eutilius, Sidoine Apollinaire, Prudence, Fortunat: après avoir reçu de la conversion des religions, delà transformation des moeurs, de Tinva* sion desGoths, des Alains, des Huns, des Arabes, etc., les expressions obligées des nouveaux besoins et des idées nouvelles ; cette langue retourna à une
autre barbariedans le premier bistoriendeces Francs qui commencèrent une autre langue , après avoir détruit Tempire romain chez nos pères.
Les auteurs ont noté eux-mêmes les altérations successives du latin de siècle en siècle } Cicéron affirme que dans les Gaules on employoit beaucoup de mots dont Tusage n'étoitpas reçu à Rome : verbà non trita Rom»; Martial se sert d'expressions celtiques et s*en vante ; saint Jérôme dit que y de
son temps, la langue latine diangeoit dans tous les pays : regionibus mutatur; Festus , au cinquième siècle, se plaint de rignoraoce où Ton est déjà tombé touchant la construction du latin; saint Grégoire le Grand déclarequMl a peu de souci dessolécismes et des barbarismes; Grégoire de Tours réclame rindulgenoe du lecteur pour s'être écarté, dans le style et dans les mots, des règles de la grammain^ dont iln'est pas bien instruit : non sum imbutus; les serments de Charles le Chauve et de Louis le Germanique nous montrent le latin expirant; les hagîographes du septième siècle font Téloge des évéques qui savent parler purement le latin, et les conciles du neuvième siècle ordonnent aux évéques de prêcher en langue romane rustique.
C*est donc du septième au neuvième siècle , entre ces deux époques précises, que le latin se métamorphosa en roman de différentes nuances et de divers accents, selon les provinces où il étoit en usage. Le latin correct qui rep^rott dans les historiens et les écrivains Ji compter du règne de Charlemagne, n*est plus le latin parlé, mais le latin appris. Le mot /atin ne signifia bientdt plus que roman, ou langue romane, et fut pris ensuite pour le mot langue en général : les oiseaux chantent en leur latiic.
Une langue civilisée née d'une langue barbare diffère, dans ses éléments, d'une langue barbare émanée d*une langue civilisée : la première doit rester plus originale , parce qu'elle s*est créée d'ellemême, et qu'elle a seulement développé son germe; la seconde ( la langue barbare ) , entée sur une langue civilisée, perd sa sève naturelle et porte des fruits étrangers.
Tel est le latin relativement k Tidiome sauvage qui Pengendra; telles sont les langues modernes de l'Europe latine, par rapport à la langue polie dont elles dérivent. Une langue vivante qui sort d'une langue vivante, continue sa vie; une langue vivante qui s'épanche d'une langue morte, prend quelque chose de la mort de sa mère; elle garde une foule de mots expirés : ces mots ne rendent pas plus les perceptions de l'existence que le silence n'exprime le son.
T a-t-il eu', vers la fin de la latinité, un idiome de transition entre le latin et les dialectes modernes, idiome d'un usage général de ce c6té*ci dea Alpes et du Rhin? La langue romane rustique, si souvent mentionnée dans les eonciles du neuvième siècle , étoi t-elle cette langue romane, ce provençcU parlé dans le midi de la France? Le provençal étoit-il le catalan, et fut>il formé à la cour des comtes de Barcelone? Le roman du nord de la Loire , le roman wallon ou le roman des trouvée res qui devint le françois, précéda-t-il le roman du midi de la Loire ou le roman des troubadours? La langue d*Oc et la langue d'Oil empruntèrent-elles le sujet de leurs chansons et de leurs histoires à des
INTROHUGTIO.V.
et à des laUgaliols f Matière d*une eootroTerse qui ne finira qu'au moment où le savant ouvrage de M. Fauriel aura répandu la lumière sur tel obacur sujet.