‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 201 sur 283 · SUITE · texte numérisé non relu

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Mai 182&.

Nous avons rendu compte des premiers volâmes de cet important et bel ouvrage. Deux antres volumes ont paru depuis cette époque, et deux nouveaux volumes sont au moment de paroftre. Remettons rapidement sous les yeux du lecteur ce tableau si dramatique et si varié.

Le roi Jean est prisonnier en Angleterre; Philippe de Rouvre , dernier duc de la première mai* son de Bourgogne , meurt ; Jean recueille son hé* ritage, comme si la Providence vouloit rendre au monarque captif autant de puissance et de provinces qu'il alloit en céder à Edouard III pour sa rançon. Mais Jean donna à son fils bien-almé, le Jeune Philippe de France, qui avoit oombattii et avoit été blessé auprès de lui à la bataille de Poitiers, le duché de Bourgogne ; c'est Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne de la maison de Valois.

Sous ce premier duc s'écoule tout le règne de Charles V, ce règne si sage , si fertile en événements et en grands hommes , mais qui devoitse terminer par le règne de Charles YI, où renais* sent toutes les calamités de la France.

Philippe le Hardi vit encore commencer la maladie de Charles VI, et cette tutelle oragense que se disputèrent des oncles ambitieux et uoe mère dénaturée. Les querelles des maisons d*Or* léans et de Bourgogne éclatèrent. Il y a quelque chose de plus grand dans la maison de Bourgogne, mais quelque chose de plus attachant dans celle d'Orléans. On se range malgré soi de son parti ; on lui pardonne la foiblesse de ses moeurs, en faveur de son goût pour les arts et de son hé* roisme : par sa branche illégitime, on passe de Dunois aux Longueville; par sa brandie légitime, on arrive de Valentine de Milan à iM^ XII et à François I«^

Le premier crime vient de la maison de Bom^ gogne : Jean sans Peur, qui avoit succédé à soo père Philippe le Hardi, fait assasstoer le due

MÉLANGES UTTÉRAIRISS.

d'OrMflm le 93 nOTembre 1407. Il-semble dV bord nier son crime, et s'en vante ensuite bautement, dernière reaaoarce des bomroes qai peuvent être convaincus, mais qui sont trop puissants pour être punis. Le duc de Bourgogne devient populaire à Paris. La reine fuit, emmenant à Tours le roi malade. Yalentine de Milan succombe à sa douleur, sans avoir pu obtenir jus* tice.

« Sa vie n'avolt pas été beureuse, dit M. de

• Barante; sa beauté, sa grâce, le charme de son

• esprit et de sa personne n'avoient réussi qu'à

• exciter la Jalousie de la reine et de la duchesse

• de Bourgogne. Les tendres soins qu'elle avoit

• pris du roi avoient accrédité encore plus la ré- - putation de magie et de sortilège qu'elle avoit « parmi le vulgaire. Elle avoit aimé son mari, et « il lui avoit sans cesse et publiquement préféré « d^autres femmes. Un horrible assassinat le lui

• avoit enlevé, et toute Justice lui étoit refusée;

• son bon droit et sa douleur étoient repoussés « par la violence. Sauf la première indignation «que le crime avoit produite, elle ne tlrouvoit

• partout que des cœurs intéressés, des sentiments « froids, ou une opinion malveillante. Dans les

• derniers temps de sa vie elle avoit pris pour de- « vise : Rien ne m'est plus, plus ne m^est rien.

• C'étoit grande pitié que d'entendre au moment

• de sa mort ses plaintes et son désespoir. Elle « mourut entourée de ses trois fils et de sa fille. « Elle vit aussi venir près d'elle Jean , fils bâtard

• de son mari et de la dame de Cauny. Elle al- « moit cet enfant à Tégal des sieps, et le faisoit « élever avec le plus grand soin. Parfois, le voyant « plein d'âme et d'ardeur, elle disoit qu'il lui avoit « été dérobé, et qu'aucun de ses enfants à elle « n'étoit sibien tailléàvenger lamortdesonpère.

• Cet enfant fut ie comte de Dunois. »

Ce portrait est plein d'intérêt et de charme : le talent de l'auteur se montre surtout dans les détails où la sévérité de l'histoire permet un moment d'abaisser le ton et d'adoucir les eouieors. Les sortilèges de Yalentine de Milan étoient ses grâces : cette étrangère, cette Italienne, apportant dans notre rude climat, dans la France à demi bariiare , des moeurs civilisées et le goût des arts , dut parottre une magicienne : on l'auroit brAlée pour sa beauté, comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire.

Le traité de Chartres donna tout pouvoir au duc de Bourgogne ; on trancha la tête an sire de

Montaigu , administrateur des finances, ce qui ne remédia à rien ; on convoqua une assemblée pour refermer l'État, et l'État n'en alla que plus mal. Les princes mécontents prirent les armes contre le duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans, fils du duc assassiné, avoit épousé en secondes noces Bonne d'Armagnac , fille du comte Bernard d'Armagnac, d'où le parti du duc d'Orléans , conduit par le comte Bernard , prit le nom à* Armagnac. On traite inutilement à Bicêtre; on se prépare de nouveau à la guerre. Les Armagnacs assiègent Paris; le duc de Bourgogne arrive avec une armée, et en fait lever le siège. A travers tous ces maux, l'ancienne guerre des Anglois continue, et un roi en démence ne reprend par intervalle sa raison que pour pleurer sur les malheurs de ses peuples.

Une sédition éclate dans Paris : les palais du roi et du Dauphin sont forcés ; la faction des 6ottchers prend le chaperon blanc ; le duc de Bourgogne perd son pouvoir, et se retire. On négocie à Arras.

Le roi d'Angleterre descend en France. La bataille d'Azincourt perdue renouvelle tous les malheurs de celles de Crécy et de Poitiers. Paris est livré aux Bourguignons après avoir été gouverné par les Armagnacs; les prisons sont forcées, et les prisonniers massacrés. Les Anglois s'emparent de Rouen, et Henri Y prend le titre de roi de France.

Un traité de paix est conclu à Ponceau entre le duc de Bourgogne et le Dauphin (1419). Vaine espérance! les inimitiés étoient trop vives : Jean sans Peur est assassiné sur le pont de Montercau.

Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, s'allie avec les Anglois pour venger son père. Henri Y épouse Catherine de France, et Charles YI le reconnott pour son héritier, au préjudice du Dauphin. Deux ans après la signature du traité de Troyes, Charles YI mourut à Paris; il avoit été précédé dans la tombe par Henri Y. Écoutons l'historien :

« Déjà depuis longtemps Charles YI n'avoit « plus ni raison ni mémoire; cependant il étoit « toujours demeuré chéri et respecté du pauvre « peuple; jamais on ne lui avoit imputé aucun « des malheurs qui avoient désolé le royaume « pendant les quarante-trois années de son rè- « gne. On se souvenoit que, dans sa Jeunesse, il « avoit su plaire à tous par sa douceur, sa cour- • toisie, ses manières aimables; que de grandes

MÉLANGES UTTERAIRES.

« espémnces de bonheur aydent été miaei en < lui, et qu'il avoit été surnommé te Bien-Aimé- « On s'étoit toujours dit que tes maux publics, • tes discordes des princes, les rapines des grands « seigneurs, le défaut de bon ordre et de disci- « plinci provenoient de Tétat de maladie où étoit « tombé ce malheureux prince, La bonté qu'il lais- « soit voir dans tes intervalles de santé avoit aug- « mente cette idée , et avoit fait de ce roi insensé « un objet de vénération , de regret et de pitié; « le peuple sembloit l'aimer de la haine qu'il « avoit eue pour tous ceux qui avoient gouverné « en son nom. Quelques semaines encore avant « sa mort, quand il étoit rentré à Paris, les ha- « bitants , au milieu de leurs souffrances et sous « le dur gouvernement des Anglois, avoient vu « avec allégresse leur pauvre roi revenir parmi « eux, et l'a voient accueilli de mille cris de Noél! « C'étoit un siyet de douleur et d'amertume que « de le voir ainsi nuMirir seul , sans qu'aucun « prince de France, sans qu'aucun seigneur du « royaume lui rendit les derniers soins. En at- « tendant le retour du régent anglois , qui suivoit « alors le convoi du roi Henri, le roi de France fut « laissé à l'hôtel Saint-Paul, où chacun put, du- « rant trois jours, le venir voir à visage décou- « vert, et prier pour lui. »

Quoi de plus touchant et de plus philosophique à la fois que ce récit ! Le duc de Bedfort revenant des funérailles de Henri V , roi d'Angleten*e, pour ordonner celles de Charles YI, roi de France; cette course entre deux cercueils , du cercueil du plus glorieux comme du plus heureux des monarques, au cercueil du plus obscur comme du plus infortuné des souverains : voilà ce que l'historien vous met sous les yeux sans réflexions , sans un vain étalage de moralités. Grande et sérieuse manière d'écrire l'histoire î La leçon est dans le tableau ,'et le tableau est digne de la leçon.

On sait que l'infortuné monarque, lorsqu'il reprenoit sa raison, ne cessoit de gémir sur les maux de la France; et lorsqu'il éprouvoit une rechute, poursuivi par l'idée que sa folie le rendoit une sorte de fléau pour ses sujets , il soutenoit qu'il n'étoit pas roi , et effaçoit avec fureur son nom et ses armes partout où il les rencontroit.

Le Dauphin se trouvoit à Mehun sur Yèvres, en Berry , lorsqu'il apprit la mort de son père, f La bannière de France fut levée, dit encore

excellemment M. de Barante; et ée M dans une pauvre ehapelle, dans une boaigade presque inconnue, que pour la première fois Charles Vil fut salué du cri de vive le m'/. . . . Les Anglois , par dérision , le nommèrent k rot de Bourges; mais on pouvoit voir dès ion combien il seroit difficile de vainere son ino droit et d'établir d'une façon durable le pouvoir des anciens ennemis du royaume. *

Richemont, Bnnois, Xatntrailles, la Hire, soutiennent d'abord l'honneur flrainçols sans pouvoir arracher la France anx étrangers; mais Jeanne d'Arc parott , et la patrie est sauvée.

Quelque chose de miraculeux , dans le malheur comme dans la prospérité, se mèieàl*iiistoira de ces temps : une vision extraordinaire avoit 6té la raison à Charles VI ; des révélatiooi mystérieuses arment le bras de la Pocelle : le royaume de France est enlevé à la race desaiat Louis par une cause surnaturelle : il lui eit rendo par un prodige.

Il faut lire , dans l'ouvrage de H. de Barante, le morceau entier sur la PucelledX)rléaus.Ila su conserver dans le caractère de Jeanne d*Arc la naïveté de la paysanne , la foiblesse de la femme, l'inspiration de la sainte, et lecoorage de Thérolne. On voit la bergère de DororemT planter une échelle contre les retraBchements des Anglois devant Orléans , entrer la première dans la bastille attaquée : on la voit blessée, précipitée dans le fossé, pleurer et ^^tfitm^ mais revenir bientôt à la chai^ , emporter d'assaut les tourelles, en criant au capitaine anglois qui les défendoit : « Rends-toi au Roi ^es deux! •

Gonflante dans ce succès sans en être enorgueillie, die déclare qu'elle va conduire le roi À Reims pour le faire sacrer. « Je ne durerai « qu'un an , ou guère plus , répétoit-elle : il ^ «« faut donc bien l'employer. » fille annonçoit qu'après le sacre la puissance des ennemis iroit toujours décroissant. On obéit à la voix de cette femme extraordinaire. Jargeau est esealadé; le ihraeux Talbot est vaincu et fiilt prisonnier à Patoy. Cependant, manquant de vivres, et découragée par son petit nombre, Tannée dv roi, arrêtée devant Troyes, veut retourner sur la Loire. La Pucdle prédit que Troyes va se soumettre, et Troyes ouvre en effet ses port» Châlons se rend. Chartes VII entre à Reims le 15 Juillet 1430 : il est sacré à ces Ibniaioes Up* tismales de Glovis où , après d*aiissi grw<<*

MKUNOES UTTltBAIRES.

inCortunes , Bleu ramène ai\|oQfi'hiii Oiarlea X. « Peodaot la càrémoiiie , Jfeaiiae la Puoelle ae « tint prèa de Tautel , portaut aoa étendard ; et « lorsque après le sacre elie se Jeta à genoux de* « vaut ie roi, qu'elle loi balsa les fûeda en pleU'» « raol, personne ne pouvoit retenir ses larmes « en écoutant les paroles qu'elle disoit : Gentil

• loi, ores est exécuté le plaisir de Dieu, qui « vottloit que vous vinssiea à Beims recevoir «vostre digne sacre, pour monstrer que vous « estes vrai roi, et celui auquel doit appartenir •le royaume. »

Cependant Jeanne annonooit que son pouvoir alioit expirer. « Savez-vous quand vous mouriez, et en quel lien? • lui disoit le bttard d'Or« léans.

« Je ne sala, répliqua-t-elle ; c'est à la volonté « de Dieu : J'ai accompli ce que Messire m'a com-

• mandé, qui estoit de lever le siège d'Orléans, « et de faire sacrer le gentil roi. Je voudrois bien

< qu*il voulust me foire remener auprès de mes

• père et mère , qui enrôlent tant de Joie à me « revoir. Je garderois leurs brebis et bétail, et

• ferois ce que J'avois coutume de faire. »

Le roi, entré dans llle de France, vient attaquer Paris. Jeanne avolt passé ie premier fossé; elle sottdoit le second avec une lance, lorsqu'elle fut atteinte à la Jambe d'un coup de flèche. L'ar* mée reçoit l'ordre de faire retraite. « Jeanne , «qui vouloit quitter le service, suspendit son « armure blanche au tombeau de saint Denys , " avec une épée qu'elle avoit conquise sur les « Anglois dans Tassaut de Paris. » Elle se battit pourtant encore quelque temps : son avis étoit qu on ne pouvoit trouver la paix qu'à la pointe de la lance. « La terreur que répandoit son nom

< devint telle, dit l'iiistorien, que les archers et les

< gens d^àrmes qu'on enrôloit en Angleterre pre- " noient la fuite , et se cachoient plutôt que de

• venir en France combattre contre la Pucelle. » Jeanne alioit retourner à Dieu, dont elle étoit venue.

Dans une sortie vigoureuse qu'elle ilt de Coiiiipiègne sur les Bourguignons qui assiégeoient cette ville, elle tomba aux mains de ses cruels ennemis. Le Jour même où elle fut prise, elle avoit dit : « Je suis trahie , et bientôt Je serai livrée « à la mort. Je ne pourrai plus servir mon roi, " ni le noble royaume de France. » Les Anglois, en apprenant la prise de Jeanne, poussèrent des cris de Joie; ils crurent que toute la France

étoit à eux. Le due de Bedfort fit chanter un Te Deum.

Sur la demande d'un Inquisiteur et de l'évé* que de Beauvals, bi Pueelle fut liviée aux An« glois par les Bourguignons, ou plutôt vendue pour la aonune de dix mille francs. On fit faire une cage de fer où on l'enferma , après lui avoir mis les fers aux pieds : elle fut déposée , ainsi traitée pour la France , dans la grosse tour de Rouen» « Les archers anglois qui gavdoîent cette « pauvre fille rinsultoient grossièrement, et par-* <( fols essayèrent de lui faire violence, • Elle fût exposée aux outrages même des seigneurs aun gMs.

Son procès commença. Environnée de pièges^ enlacée dans des mensonges par lesquels on vouloit surprendre sa foi, Jeanne fut trahie même par le premier confesseur qu'on lui envoya, L'évêque de Beauvais et un chanoine de Beaur vais conduisaient toute la procédure. « Jeanne « commença par subir six interrogatoires de suite « devant ce nombreux conseil. Elie y parut peut« « être plus courageuse que lorsqu'elle eombattoit ft les ennemis du royaume. Cette pauvre fille, si « simple que tout au plus sa voit-elle son Paier et « son Ave, ne se troubla pas un seul instant. Les « violences ne lui causoient ni frayeur ni colère, « On n'avoit voulu lui donner ni avocat ni con- « seii;maissalwnnefoietsonlwnsensdéJouoient « toutes les ruses qu'on employoit pour la faire ft répondre d'une manière qui auroit donné lieu « à la soupçonner d'hérésie ou de magie. Eli^ « faisoit souvent de si belles réponses, que les « docteurs en demeuroient tout stupéfaits. »

Une fois on l'interrogeoit touchant son éten^t dard,

« Je le portols au lieu de lance, dit-elle , pour « éviter de tuer quelqu'un : Je n'ai Jamais tué « personne. ^

On voulut savoir quelle vertu elle attribuoit à cette bannière.

« Je disois : Entrez hardhnent parmi les An^ « glois , et J'y entrois moi-mesme. »

On lui demanda pourquoi au sacre de Beims elle avoit tenu son étendard près de l'autel ; elle répondit :

« Il avolt esté à la peine, c'estolt bien raison « qu'il ftist à l'honneur. »

On voulut avoir d'elle avant son supplice une sorte d'aveu public de la Justice de sa condam* nation. Un prédicateur ayant perlé contre le rai

MÉLANGES LITTÉRAIRES

de France, Jeanne rintenrompit en lui disant : « Parlez de moi , mais non pas da roi : J'ose bien « dire et Jurer, sous peine de la Tie, qne c*est « le pins noble d*entre les chrestiens.

Elle alloit échapper à ses bourreaux, en ré* clamant la Juridiction ecclésiastique; elle ayoit repris les vêtements de son sexe, et promis de les garder : pour lui faire violer cette promesse, on lui enleva ses vêtements pendant son sommeil , et on ne lui laissa qu'un habit d'homme. Obligée par pudeur de s'en revêtir, elle fut Jugée relaps, comme telle abandonnée au bras séculier, et condamnée à être brâlée vive.

La sentence fut exécutée. Son second confesseur, qui rachetoit par ses vertus llnféme trahison du premier, « frère Martin l'Advenu étoit « monté sur le bûcher avec elle : il y étoit encore, « que le bourreau allume le feu : t Jésus 1 » s'écria « Jeanne, et elle fit descendre'le bon prêtre. « Te- « nez-vous en bas, dit-elle ; levez la croix devant « moi, et dites-moi de pieuses paroles Jusqu'à la « fin.... «Protestant de son innocence et se recommandant au ciel , on l'entendit encore prier à travers la flamme. Le dernier mot qu'on put distinguer fût /e'^uj.

Tel fut le premier trophée élevé par les armes angloises au Jeune Henri VI , qui se trouvoit alors àRouen! telle futlafemmequi sauva la France, et l'héroïne qu'un grand poète a outragée. Ce crime du génie n'a pas même Texcuse du crime de la puissance : l'Angleterre avoit été vaincue par le bras d'une villageoise; ce bras lui avoit ravi sa proie ; le siècle éloit grossier et superstitieux ; et enfin ce furent des étrangers qui immolèrent Jeanne d'Arc. Mais au dix-huitième siècle! mais un François I mais Voltaire I... Honneur à l'historien qui venge aujourd'hui d'une manière si pathétique tant de vertus et de malheurs 1

Disons-le aussi àla louange des temps où nou^ vivons, une telle débauche du talent ne seroit plus possible. Avant l'établissement de nos nouvelles institutions , nous n'avions que des mœurs privées, aujourd'hui nous avons des mœurs publiques, et partout où celles-ci existent, les grandes insultes à la patrie ne peuvent avoir lieu ; la liberté est la sauvegarde de ces renommées nationales qui appartiennent à tous les citoyens,

Henri VI quitta Rouen , et vint à Paris ; il fut couronné dans cette cathédrale où devoit être consacré une autre usurpation : il n'y resta qu'un mois. Le traité d'Arras réconcilia le roi de

FranoeetleâacdeBourgogiie.P&risonvritiesp(fftes au maréchal de l'Ile- Adam (14S6) , et le roi, un an après, y fltson entrée solennelle. « Lesire « Jean Daulon, qui avoit étéécoyerdelaPooelle, « tenoit le cheval du roi par la bride : Xaintndilei • portoit devant lui le casque royal , orné d^nw « couronne de fleurs de lis ; et lebàtardd*OrléBDS, « le fameux Dun^, couvert d'une armure éda- « tante d*or et d'argent , menoit l'armée do loL > Nous avons été bien malheureux; nos {lèns l'ont-ils été moins? Après le r^ede Charles YI et de Charles VII , M. de Barante nous présentera le tableau de la tyrannie de Louis XI. les guerres de l'Italie et la captivité de François V' ne sont pas loin, et les fureurs de la Ligne les suivent. La France ne respire enfin qa'après les désordre de la Fronde ; car si les guerres de Louis XIV répuisèrent, elles ne troublèreotpas son repos. Cette paix continua sous Loon XV, et il faut remarquer que c'est en avançant ven la civilisation, que les peuples voient aogmeDter la somme de leurs prospérités. L'immense orage de la révolution a éclaté après un siècle et demi de tranquillité intérieure. Il a changé les lois et les mœurs ; mais il n'a pas arrêté la civilisation. Une autre histoire va naître : quels en seront les personnages? Souh'aitons-lear un historien qui, comme M. de Barante, parle des rois sans humeur, des peuples sans flatterie, et qui ne méprise ni n'estime assez les hommes pour altérer la vérité.

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