‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 206 sur 283 · LE SOIR DANS UNE VALLÉE · texte numérisé non relu

LE SOIR DANS UNE VALLÉE

Déjà le soir de sa vapeur bleuâtre Enveloppolt les champs silencieux; Par le nuage étoient voilés les cieux : Je m'avançois vers la pierre grisâtre.

Du haut d'un mont une onde, rugissant, S'élançoit : sous de larges sycomores, Dans ce désert d'un calme menaçant , Rouloient les flots agités et sonores.

Le noir torrent, redoublant de vigueur, Entroit fougueux dans la forêt obscure De ces sapins , au port plein de langueur, Qui , négligés comme dans la douleur, Laissent tomber leur longue chevelure , De branche eu branche errant à Faventure. Se regardant dans un silence affreux, Des rochers nus s'élevoient ténébreux.

Leur front aride et leurs cimes sauvages Voyoient glisser et fumer les nuages :

Leurs longs sommets, en prisme partagés « Étoient des eaux et des mousses rongés. i)es liserons, d'humides capillaires, Couvroient les flancs de ces monts solitaires ; Plus tristement des lierres encor Se suspendoient aux rocs inaccessibles ; Et contrasté, teint de couleurs paisibles, Le jonc , couvert de ses papillons d'or, Rioit au vent sur des sites terribles.

Mais tout s'efface; et, surpris de la nuit, Couché parmi des bruyères laineuses , Sur le courant des oncles orageuses Je vais pencher mon front chargé d'ennui.

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