SPENSER
C'est de l'époque de Spenser que date la poésie angloise moderne. La Fairie Queen est , comme chacun sait, un ouvrage allégorique : il s'agit de douze \ertus morales privées, ciassces comme dans l'Arioste ; ces vertus sont transformées en chevaliers , et le roi Arthur est à la tête de l'escadron. La reine des fées, Gloriana, est Elisabeth, et Philippe Sidney , le roi Arthur. Lord Buck« hurst , dans le Miroir des magistrats^ a pu fou^ nir la première idée de la Seine des fées. La forme du poème de Spenser est calquée sur VOrlando et la lerusaiemme. Chaque chant se compose de stances de neuf vers. Les six demiera chants manquent, sauf deux firagments.
L'allégorie fut en vogue dans les lais , répatés élégants et polis , du moyen âge. Vous trouvez partout dames Loyauté, Raison, Prouesse ; écuyer Désir, chevalier Amour et la châtelaine sa mère , empereur Orgueil , etc. Qui pouvoit mettre ces choses-là dans les esprits des treizième, tjjuatorzième, quinzième et seizième siècles?L*éducation classique. Élevés parmi les dieux de l'antiquité et au fond d'un monde passé, il sortoit de Tenceinte des collèges des hommes subtils, sans rapport avec la foule vivante. Ne pouvant employer les divinités païennes parce qu'ils étoient chrétiens, ils inventoient des divinités morales; lis falsoient prendre à ces graves songes les mœurs de la chevalerie et les méloient aux fées populaires : ils leur ouvroient les tournois, les châteaux des barons et des comtes, la cour des ducs et des rois, ayant soin de les conduire à Lisieux et à Pontoise , où Ton parloit le beau français.
Spenser a l'imagination brillante, l'Invention féconde, l'abondance rhythmique : avec tout cela ils est glacé et ennuyeux. Nos voisins trouvent sans doute dans la Reine des fées ce charnu^ d'un vieux style, qui nous plaft tant dans notrd propre langue , mais que nous ne pouvons sen** tir dans une langue étrangère. '
Spenser commença son poème en Irlande^ dans le château de Kilcoman, et dans une con^ cession de trois mille vingt-huit acres de terre ^ confisqués à la propriété du comte de Desmondi C'est là qu'assis à des foyers qui n'étoient pas le^ siens, et dont les héritiers erroient sans asile , il célébra la montagne de Mole et les rives de 1^
SUR LA LITTÉBATURE ANGLOISE
Ma, sans songer que des orphelins Aigitifs ne mxMent plus ces champs paternels. Virgile auloit dâ se rappeler au poète :
5as ptlri» fines et dulcia linquimas arva ; 5« pitriiiD fugimus
Ou a de Spenser une espèce de Mémoire sur b rnsors et les antiquités de l'Irlande , que Je préfère à la Fairie Queen. (Vue sur la situation drririaode, 1633.)
Les Angkris faisoieni autrefois le commerce de leors enfants, et les vendoient, surtout en Iriafide. Un concile tenu à Armach, en 1 1 17 , par les ecclésiastiques irlandois , déclara « qu'afln «d éviter la colère de Jésus-Christ, ennemi de
• bserritode, on affranchiroit dans toute Tile
• les esciaves anglois , et on leur rendroit leur an-
• eienoe liberté. » (Wilkins, ConciLy tom. l*^) Gommeot les Irlandois ont-ils été payés de cette résolution de leurs pères? On le sait : le temps de ralfiranchissement du Christ est enfin venu povenx*