‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 211 sur 283 · L'AMOUR DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA CAMPAGNE

Que de ces prés l'émail plait à mon cœur ! Que de ces bois l'ombrage m'intéresse!

Quand je quittai cette onde enchanteresse, L'hiver régnoit dans toute sa fureur.

Et cependant mes yeux demandofent ce rivage; Et cependant d'ennuis , de chagrins dévoré. Au milieu des palais , d'hommes froids entouré, Je regrettois partout mes amis du village, [jours. Mais le printemps me rend mes champs et mes beaux Vous m'allez voir encore, ô verdoyantes plaines, Assis nonchalamment auprès de vos fontaines,

Un Tibulle à la main, me nourrissant d'amours. Fleuve de ces valions , là , suivant tes détours, J'irai seul et content gravir ce mont paisible ; Souvent tu me verras , inquiet et sensible, Arrêté sur tes bords en regardant ton cours.

J'y veux terminer ma carrière;

Rentré dans la nuit des tombeaux , Mon ombre , encor tranquille et solitaire , Dans les forêts cherchera le repos. [gloire ;

Au séjour des grandeurs mon nom mourra sans

Mais il vivra longtemps sous les toits de roseaux; Mais d'âge en âge , en gardant leurs troupeaux , Des bergers attendris feront ma courte histoire :

« Notre ami , diront-ils , naquît sous ce berceau;

« Il commença sa vie à Tombre de ces chênes; « Il la passa couché près de cette eau , « Etsous les fleurs sa tombe est dans ces plaines '. •

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