‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 216 sur 283 · L'ESCLAVE · texte numérisé non relu

L'ESCLAVE

TudLs, 1807.

Le vigilant derviche à la prière appelle Du haut des minarets teints des feux du couchant. Voici Fheure au lion qui poursuit la gazelle : Une rose au jardin moi je m'en vais cherchant. Musulmane aux longs yeux d*un maître que je brave, Fille délicieuse , amante des concerts , Est-il un sort plus doux que d*étre ton esclave , Toi que je sers » toi que je sers ?

Jadis, lorsque mon bras faisoit voler la prame Sur le fluide azur de Tablme calmé , Du sombre désespoir les pleurs mouilloient ma rame: Un charme m'a guéri , j'aime et je suis aimé. Le noir rocher me plaît; la tour que le flot lave Me sourit maintenant aux grèves de ces mers : Le flambeau du signal y luit pour ton esclave , Toi que je sers, toi que je sers?

Belle et divine es-tu dans toute ta parure, Quand la nuit au harem je glisse un pied furtif ! Les tapis , Faloès, les fleurs et Tonde pure Sont par toi prodigués à ton jeune captif. Quel bonheur ! au milieu du péril que j'aggrave, T'entourer de mes bras , te parer de mes fers , Mêler à tes colliers l'anneau de ton esclave , Toi que je sers , toi que je sers I

Dans les sables mouvants, de ton blanc dromadaire Je reoonnois de loin le pas sûr et léger; Tu m'apparois soudain : un astre solitaire Est moins doux sur la vague au pauvre passager; Du matin parfumé le souffle est moins suave , Le palmier moins charmant au milieu des déserts. Quel sultan glorieux égale ton esclave, Toi que je sers , toi que je sers !

Mon pays, que j'aimois jusqu'à Tidolâtrie, I^^'est plus dans les soupirs de ma simple chanson : Je ne regrette plus ma mère et ma patrie ; Je crains qu'un prêtre saint n'apporte ma rançon. Ne m'affranchis jamais! laisse-moi mon entrave ! Oui , sois ma liberté, mon Dieu, mon univers! [ve. Viens sous tes beaux pieds nus, viens fouler ton escla* Toi que je sers , toi que je sers !

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