‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 222 sur 283 · LES MALHEURS DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LES MALHEURS DE LA RÉVOLUTION

Paris, 1813.

Sors des demeures souterraines , NéM>n , des humains le fléau !

Que le triste bruit de nos chaînes Te réveille au fond du tombeau.

Tout est plein de trouble et d'alarmes; Notre sang coule avec nos larmes ; Ramper est la première loi :

Nous traînons d'ignobles entraves ; On ne voit plus que des esclaves ; Viens, le monde est digne de toi.

Ils sont dévastés dans nos temples Les monuments sacrés des rois :

Mon œil effrayé les contemple; Je tremble et je pleure à la fois.

Tandis qu'une fosse commune Des grandeurs et de la fortune Reçoit les funèbres lambeaux , Un spectre, à la voix menaçante , A percé la tombe récente Qui dévora les vieux tombeaux.

Sa main d'une pique est armée , Un bonnet cache son orgueil ; Par la mort sa vue est charmée : Il cherche un tyran ' au cercueil.

Courbé sur la poudre insensible.

Il saisit un sceptre terrible Qui du lis a flétri la fleur ; Et d'une couronne gothique Chargeant son bonnet anarchique.

Il se fait roi de la douleur.

Voilà le fantôme suprême,

■ LoQb XL Ce roi ne fat point enterré à Saint-Denis : peu I importe an poète.

POÉSIES

François , qui va régner aur voos.

Du républicain diadème

Portea le poids léger et doui.

L'anarchie et le despotisme

Au vil autel de l'athéisme

Serrent un nœud ensanglanté ;

Et, s'embrassant dans Tombre impure.

Ils jouissent de la torture

De leur double stérilité.

L'échafaud, la torche fumante , Couvrent nos campagnes de deuil :

La Révolution béante Engloutit le fils et Taîeul.

L'adolescent qu'atteint sa rage Va mourir au champ du carnage, Ou dans un hospice eiilé ; Avant qu'en la tombe il s'endorme, Sur un appui de chêne ou d'orme Il traîne un buste mutilé.

Ainsi quand l'affreuse Chimère* Apparut noa loin d'Ascakm, En vain la tendre et foiUe mère Cacha ses ealiuiU au vallon.

Du Jourdain les roseaux firénûrettt , Au Liban les cèdres gémirent , Les palmiers à Jézeraël , Et le chameau , laissé sans guides , Pleura dans les sables arides .

Avec les femmes d^ismaël.

Tïapoléon , de son génie , Enfin écrase les pervers ; L'ordre renaît : la France unie Reprend son rang dans l'univers.

Mais , géant , fils aîné de l'homme , Faut-Il d'un trône qu'on te nomme Usurpateur ? Mal fécondé , L'illustre champ de ta victoire Devoit-il renier la gloire Du vieux Cid et du grand Condé?

Racontez , nymphe de Vincenne,

Racontez des faits inouïs * ,

Vous qui présidiez sous un chêne

A la justice de Louis l

Oh ! de la mort chantre sublime ^ ,

Toiqui d'un héros magnanime

Rends plus grand le grand souvenir ,

Quels cris aurois-tu &it entendre.

Si , quand tu pleurois sur sa cendre ,

Ton œil eût sondé l'avenir?

Le vieillard-roi, dont la clef sainte

* Prise Ici pour le monstre marin d* Andromède. > Mort du duc d*Enghien.

^ BoSBoel.

De Rome garde les débris , N'a pu , dans l'éternelle enceinte, À son front trouver des abris.

On peut charger ses mains débiles De fers ingrats ■ mais inutiles; Car il reste au Juste nouveau La force de sa croix divine , Et de sa couronne d'épine.

Et de son sceptre de roseau.

Triomphateur, notre souffrance' Se fatigue de tes lauriers :

Loin du doux soleil de la France Devois-tu laisser nos guerriers ' ?

La Duna , que tour^nente Ëole , Au Neptune inconnu du pôle , Roule leurs ossements blanchis « Taudis que le noir Bor}'Sthène Va conter le deuil de la Seine Aux mers brillantes de Colchis.

A l'avenir ton âme asp»e i A vide soeore du passé , Tu veux Menuphis; du temps Penspire Par l'aigle sera traversé.

Mais , Napoléon , ta mémoire Ne se montrera dans l'histoire Que sous le voile de nos pleurs; Lorsqu^à t'admirer tu m'entraînes, La liberté me dit ses chaiaes , La vertu m'appread ses doukius.

VERS

Écam sua un soevuna * somié mb MàSA» u lAB^ast

DE CfMlMTB A H. LE lABOII DK BUMQMff-

Paris, ISIS.

Vous qui vivrez te«j<kiirB , eooMWDt poorrei-Toot eniff Qu'on TOUS offre des fleurs si promptes à moarir? « Présentez , diros-Tous, ces filles du téfhip « A la beauté, mais non pas à la gloire. » Des dons de l'amitié connoissez mieux le prix;

Dédaignez moins ces fleurs nouvelles :

En les peignant sur vos écrits , J'ai tiouyé le secret de les rendre inunortelles.

' Le pape à Fontaineblean.

* Campagoe de MoaciMi.

> Ce Souvenir renfermott des peoiées de IlUasUc voja^co^ et étoU orné de fleun pciotei par madame de GroUler.

POKSIKS.

CHÂRLOTTEMBOURG,

OU

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