SCÈNE IL
MABAB, ARZANE, NÉBÉE.
ABZANE.
De ses destins , Nadab, votre esclave incertaine Accourt à votre voix près de cette fontaine. Si par ces yeux baissés je juge de mon sort , Je crains bien qu'Amalec ne soit pas libre encor.
NiLDAB.
Étrangère, il nie faut vous le dire sans feinte : Les vieillards de Caleb ont écouté la plainte. Le conseil , à qui seul le pouvoir appartient , Pour quelques jours encor dans ce camp vous retient. Sans gardes cependant vous pouvez de la plage Parcourir les sentiers et Tarène sauvage. Dathan, dont Tamitlé ne craint aucun péril , Amène auprès de vous vos compagnes d'exil. On vous rend des honneurs inconnus sous nos tentes,
(Dathan entre en oe moment sur la scène , suivi du chœur des Jeunes tilles amaléciles , il se retire ensuite , et Nébée va se placer à la tète du choeur au fond du théAtre.)
Et bientôt, au milieu des pompes éclatantes,
Rendue à vos sujets , embrassant l'avenir.
Vous perdrez de Nadab l'importun souvenir.
ABZANE.
Arzane par vos mains à la mort fut ravie, Et d'un nouveau bienfait cette grâce est suivie ! Mon cœur recounoissant ne peut s'exprimer mieux Que par mon peu d'ardeur à sortir de ces lieux.
NADAB
A ce langage adroit je ne puis me méprendre : Vous flattez l'ennemi dont vous croyez dépendre. Mais, nourrie à Séir pour plaire et pour aimer, rïos farouches vertus ne peuvent vous charmer.
ABZANE.
Amalec et Jacob diffèrent de maxime , Il est vrai :nouscroyons, sansnousen faireun crime, Qu'aimer est le bonheur, plaire, un don précieux, Et que la volupté nous rapproche des dieux. Sous des berceaux de fleurs nos heures fortunées S'envolent mollement l'une à l'autre enchaînées. Le dieu que nous servons approuve nos désirs : Dans une île féconde, aux doux chants des plaisirs , La beauté l'enfanta sur les mers de Svrie; Il préside en riant aux banquets de la vie.