‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 237 sur 283 · SCÈNE U · texte numérisé non relu

SCÈNE U

Pour attirer sur vous ses bienfaisants regards, J'ai déjà, les pieds nus et les cheveux épars, De nos ri te& sacrés suivant l'antique usage, Trois fois pendant la nuit conjuré son image.... Mais n*ai-je point, Nadab , armé votre courroux? vous détestez le dieu que je priois pour vous. Pardonnez à ces vœux que dans mon innocence M'arracha le transport de la reconnoissance.

IfADAB.

Qu'entends-je ! Amalécite, appreaez|donc mon sort. Longtemps de mon amour je captivai l'essor : Vous adorant toujours , mais respectant vos larmes, Je n'aurois pas osé vous parler de vos charmes : Un mot , dont l'homme heureux ne sent pas la valeur ^rop souvent peut blesser l'oreille du malheur. Quand Moïse vivoit vous aviez tout à craindre; A cacher mon ardeur je savois me contraindre : Aujourd'hui que le ciel pour vous se veut calmer, Votre bonheur me rend le droit de vous aimer.

ABZANB.

Épargnez...

NADAB

Vous sauver changea ma vie entière, Ce cœur, que vous avez habité la première, Vit l'amour se lever terrible et violent Comme l'astre de feu dans ce désert brûlant. Le repos pour jamais s'envola de mon âme; Mon esprit s'égara dans des songes de flamme. Abjurant la grandeur promise à nos neveux , A l'autel des Parfums je n'offrois plus mes vceox; Je n'allois plus, lévite innocent et modeste, Chaque aurore au désert cueillir le pain céleste. Dans les champs de l'Arabe, et loin des yeuxjaJooi, Mon bonheur eût été de me perdre avec vous. De toi seule connue, à toi seule asservie, L'Orient solitaire auroit caché ma vie.

Pour appui, du dattier, empruntant un rameau, Lejour j'aurois guidé ton paisible chameau; Le soir, au bord riant d'une source ignorée, J'aurois offert la coupe à ta bouche altérée, Et sous la simple tente , oubliant Israël , Pressé contre mon cœur la nouvelle Rachel.

ABZANE.

Confuse, à vos regards je voudrois dîsparoîlre; Mais je suis votre esclave , et vous êtes mon maUre.

NADAB

A qui maudit vos fers le reproche est bien dur! Mais de vous délivrer il est un moyen sûr. Vous conuoissez du camp le trouble et les alarmes : Dé la féconde Egypte on regrette les charmes; On veut que des tribus je conduise les pas. Épouse de Nadab, ouvrez-noiip vos États; D'un peuple de bannis soyez la souveraine : Le soldat à l'instant va briser votre chaîne.

ABZANE.

Je vois Marie.

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