‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 241 sur 283 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ARZANE, NÉBÉE; choeob db jbunbs

FILLBS AMALBCITBS.

ABZANB.

Ah ! Nébée, à ce coup je ne saurois survivre ! L'implacable destin s'attache à me poursuivre.

NÉBBB.

Et moi je ressentois un doux enchantement En écoutant des vœux si chers !

ABZANB.

Autre tourment, Incestueux projet , effroyable à mon âme ! Je hais du fils d' Aaron et la main et la flamme. Amalec recevoir Israël dans ses bras!

Recueillir dans mon sein une race d'ingrats! Je légitimerois ces exécrables frères , Qui menacent nos fils , qui trahirent nos pères ; Ces esclaves du Nil , bâtisseurs de tombeaux , Ignobles artisans flétris par leurs travaux , Qui d'Egypte chassés avec tous leurs prophètes, Proclament en tremblant d'insolentes conquêtes, Se disent héritiers des florissants États De cent peuples divers qu'ils ne connoissent pas!

NBBBB.

Sauvez , sauvez vos jours !

ABZANB.

Voudrois-tu donc , Nébée , Aux autels de Jacob voir Arzane courbée , Contrainte d'embrasser le culte menaçant Du Dieu cruel qui veut exterminer mon sang? S'il faut suivre aujourd'hui la fortune jalouse, S'il faut que de Nadab je deviena» l'épouse , Que lui-même, parjure au culte de Nâibhor, Ser\'e avec moi Baai, et Molocli , et Pliogor;

^99 moïse, acte II, SCÈNE V.

Que son hymen des Jui£5 brise les lois publiques ; Qu'il me donpe sa main aux autels domestiques Des dieux de mon palais , des dieux accoutumés A couronner les vœux contre Js^cob formés 1

Du retour 4® Moïse on n'a pas Tassurance. içpérons.

Laisse là ta menteuse espéiwnce.

MBBJBS.

L'étoile d*Astarté parolt sur Thorizon : Pour hâter le retour du jeune fils d*Aaron , Saluons Tastre heureux par des chants agréables.

▲BaANK^aticAomr.

Captif es, suspendez ees pleurs inépuisables. Voici rinstant prédit où les filles d*Édom Vont sauver d'Amalec et la race et le nom. Nos guerriers ae sont plus, mais vous restez eoiNNre : Formez les chœurs brillants des peuples de rAurore. Des femmes de Byhlos répétez les soupirs; Du farouohe Israël enflammez les désirs. Loin d'ici la pudeur et la froide innocence! 11 nous faut des plaisirs conduits par la vengeance. Cliantes l'amour; «'est lui qui du Dieu d'Israël Doit corrompre Teneens et renverser l'autel.

LB cqc^UB.

Amour, tout chérit tes mystèrçç ,

Tout suit tes gracieuses lois,

L'hirondelle au palais des rois,

L'aigle sur les monU solitaires,

£t le passereau sous nos toits.

UNB AUALBCITE.

Ton vieux temple , entouré des peuples de la terre, S'élève révéré de chaque âge nouveau , Comme au milieu d'un champ la borne héréditaire , Ou la tour du pasteur au ipHiaii du troupeau.

13 GBOBUB.

Amour, tout chérit tes mystères, Tout suit tes gracieuses lois, L'hirondelle au palais des rois , L'aigle sur les monts solitaires, Et le passereau sous nos toits.

UNE AIIALBCITE.

Invoquons du Liban la déesse charmante I

De nos longs cheveux d'or que la tresse élégante

Tombe en sacrifice à l'Amour.

Soulevons les enfers, répétons tour à tour Du berger chaldéen la parole puissante.

|}NB AIITBB ÀlIALÉCITE.

Qui méprise l'Amour dans ses fers gémira.

DBUl^ AMALBGITBS.

De prodiges divers l'Amour remplit l'Asie , U embauma l'Arabie Des pleurs de la tendre My rrba ; Du pur sang d'Adonis il peignit l'anémone ; Fleur des regrets , symbole du plaisir, I

Elle vit peu de temps; et le même zéphyr La fait éclore et la moissonne.

URB AMÀLBGITB.

Prenons notre ridie eeintuie • Nos réseaux les plus fins, nos bagues, nos colliers;

Vengeons aujourd'hui nos guerriers;

Les remparts et les boucliers Sont vains contre l'Amour dans toute sa parure.

LB CHGEUB.

Que dit à son amant, de plaisir transporté,

Cette prétresse d'Astarté Qui voudroit attirer le jeune homme auprès elle, Et lui percer le cœur d*une flèche mortelle?

UNB AIIÀLÉCITB.

« Beau jeune homme, dit-elle , arrête donc les yeux « Sur la tendre Abigail que ta froideur opprime. « Je viens d'immoler la victime , « Et d'implorer la faveur de nos dieux.

« Viens, que je sois ta bien-oimée.

a J'ai suspendu ma couche en souvenir de toi;

« D'aloès je l'ai parfumée.

« Sur un riche tapis je recevrai mon roi ; « Dans l'albâtre éclatant la lampe est allumée; « Un bain voluptueux est préparé pour mol.

« L'époux qu'on a choisi , mais qui n'a pas mon âme, « Est parti'ce matin pour ses plants d'oliviers :

« Il veut écouler ses viviers;

« Sa vigne ensuite le réclame.

« U a pris dans sa main son bâton de palmier, « Et mis deux sicles d'or dans sa large ceintare; m II ne reviendra point que de son orbe entier « L'astre des nuits n'ait rempli la mesure.

« Tandis qu'en son champ il vendange, « Enivrons-nous de nos désirs. [ venge :

« De tant de jours perdus qu'un jour heureux nous « Il n'est de bon que les plaisirs. *

DEUX ÀMàLBCITES.

O filles d'Amalec ! si par un tel langage

De nos tyrans nous embrasions les cœurs, Nous verrions à nos pieds cette race sauvage, Et les vaincus deviendroient les vainqueurs!

LES MâMBS, AVEC UNB TBOISIBMB AMALBCITl.

Arzane , lève-toi dans l'éclat de tes larmes I

Triomphe par tes charmes!

Que l'amour sur ton front s'embellissant encor Attaque des Hébreux les princes redoutables , Et livre tout Jacob à nos dieux formidables,

LE CBCEUB.

Baal , Moloch et Phogor !

ABZANB.

Nadab ne revient pas. Déjà la lune éclaire D^s rochers du Sina le sommet solitaire : De la garde du camp on voit briller les ftax.

moïse, acte

(kn choearO Retournez vers Jacob; méle^-vous à ses jeux; Pour subjuguer son cœur faites briller vos grâces.

CA5ébée.)

Et toi, du fils d*Aaron cherche et poursuis les traces :

J^atteudrai ton retour auprès des pavillons

Où depuis si longtemps dans les pleurs nous veillons.

Page 1