‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 248 sur 283 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

moïse ^ AARON, DÂTflAlH^ vibllaeds et

CHEFS D'ISRàEL.

MOÏSE

Terre, frémis d'horreur! Pleurez, portes du eieif

Sor la fleur de Juda l'enfer vomit son flel.

I^a maison de Jacob , par Nadab corrompue ,

Aux princes des démons ici se prostitue;

Et déjà, consultant les devins et les sorts,

Rugit devant ses dieux comme au festin des morts.

▲ABON

Moïse, ma douleur à la vAtre est égale. Sitât que Josué, dans cette nuit fatale, Est venu m'annoncer votre étonnant retour. J'ai rassemblé ces chefs , et par un long détour, Choisissant avec eux les routes les plus sombres , Je vous ai rencontré seul , errant dans les ombres. Daignez me pardonner si , malgré mes efforts. J'ose vous ramener à ces tranquilles bords. Le conseil des veillards eomme moi vous conjure D'éviter d'Amalee la faction impure.

Vos jours sont menacés; à des hommes ingrats La nuit qui règne encore a dérobé vos pas : Que de périls divers pour mon fils et mon frère!

moïse.

Ne pleurez pas sur moi ; pleurez d'un cœur Sincère Sur ce peuple infecté du poison de l'erreur,

moïse, acte IV, SCÈNE IL

Et que Diea va punir dans toute sa fureur. Profitez , d vieillards , du moment qui tous reste , Et détournez Nadab de son projet funeste.

UN TTEILLABD.

Hélas! nous Youdrions secourir Israël, Mais Dieu même a rompu son pacte solennel.

MOÏSE

Peuple de peu de foi ! tous doutez des oracles!

Vos yeux ont oublié Téclat de cent miracles !

Dieu TOUS sembleimpuissantdansvosdégoûtsamers,

Et du haut de ce roc on aperçoit les mers

Naguère sous tos pas par Moïse entr*ouvertes !

Et de la manne encor vos tentes sont couTcrtes!

Seigneur, ils ont osé murmurer contre toi ,

Te trahir à Tinstant où j*apportois la loi

Qui promet à Jacob une terre féconde ,

Le sceptre à ses enfants , et le SauTeur au monde !

▲ABON

' Béni soit rÊternel, qui ne trompe jamais!

DATHAN

Et pourquoi donc ce Dieu , si prodigue en bienfaits , Ëgare-t-il nos pas au désert où nous sommes ?

XOÏSB.

Pour renseigner les maux et les vertus des hommes ; Pour former aux combats nos foibies légions Dans le mâle berceau de Paigle et des lions. Toi , qui jusqu'au Très-Haut veux porter ton délire , Tassieds-tu près de lui dans le céleste empire? Vis-tu le Créateur, dans les premiers moments, De ce vaste univers creuser les fondements , Des vents et des saisons mesurer la richesse, Et jusque sous les flots promener sa sagesse? Des portes de Tabîme as-tu posé le seuil ? As-tu dit à la mer : « Brise ici ton orgueil ? » Misérable Dathan ! quoi ! vermisseau superbe , [be ! Tu veux comprendre Dieu quand tu rampes sous rher- Admire et soumets-toi : le néant révolté Peut-il dans ses desseins juger Téternité?

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