‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 265 sur 283 · PAR JOHN SMITH · texte numérisé non relu

PAR JOHN SMITH

PRÉFACE

Le saecès des poèmes d'Ossian en Angleterre fit naître une foule d'imitateurs de fifacpherson. De toutes parts on prétendit découvrir des poésies erses ou gaUiques ; trésors enfouis que l'on déterroit, comme ceux de quelques mines de la Comonailles , oubliées depuis le temps des Carthaginois. Les pays de Galles et d'Irlande rlTalisèrent de patriotisme avec l'Ecosse ; toute la littérature se divisa : les uns fioutenoient avec Blair que les poèmes d'Ossian étoient originaux ; les autres prétendoient avec Johnson qu'Ossian u'étoit autre que Macpherson. On se porta des défis ; on demanda des preuves matérielles : il fut impossible de les donner, car les textes imprimés des cbants du fils de Fingai ne sont que des traductions galliques des prétendues traductions angloises d'Ossian.

Lorsqu'en 1793 la révolution me jeta en Angleten-e, f étois grand partisan du barde écossois : j'aurois , la lance an poing, soutenu son existence envers et contre tous, oomnoe celle du vieil Homère. Je lus avec avidité une foule de poèmes inconnus en France, lesquels, mis en lumière par divers auteurs , étoient indubitablement, à mes yeux , du père d*Oscar lout aussi bien que les manuscrits runiques de Macpherson . Dans l'ardeur de mon admiration et de mon zèle, tout malade et tout occupé que j'étois ' , je traduisis quelques productions ossianigues de John Smith. Smilb n'est pas l'inventeur du genre ; il n'a pas la noblesse et la verve épique de Macpherson ; mais peut-être son talent a-t-il quelque chose de plus élégant et de plus tendre. Au reste, ce pseudonyme , en voulant peindre des hommes barbares et des mœurs sauvages, trahit à tout moment, dans ses images et dans ses pensées , les mœurs et la civilisation des temps modernes.

J^avois traduit Smith presque en entier : je ne donne que les trots poèmes de Dargo, de Buthona et de GauL Cest pour l'art une bonne étude que celle de ces auteurs ou de ces langues qui commencent la phrase par tous les bouts , par tous les mots, depuis le verbe jusqu'à la conjonction, et qui vous obligent à conserver la clarté du sens, au milien des inversions les plus audacieuses. J'ai fait disparottre les redites et les obscurités du texte anglois : ces chants qui sortent les uns des antres , ees histoires qui se placent coaune des parentlièses daas des histoires, ces lacunes opposées d'un manuscrit inventé, peuvent avoir leur mérite chez nos voisins ; mais nous voulons en France des dioses

• Tojes , tome i, la prébce de VEauii Mtiortque,

qui se conçoivent bien et qui dénoncent clairement. Notre langue a horreur de ce qui est couAis , notre esprit repousse ce qu'il ne comprend pas tout d'abord. Quant à moi, je l'avoue, le vague et le ténébreux me sont antipathiques : un nominatif qui se perd , des relatifs qui s'embarrassent, des amphibologies qui se forment, me désolent! Je suis persuadé qu'on peut toujours dégager une pensée des mots qui la voilent, à moins que cette pensée ne soit un lieu commun guindé dans des nuages : Fauteur qui a la conscience de ce lieu commun n'ose le faire descendre du milieu des vapeurs, de crainte qu'il ne s'évanouisse.

Je répète ici ce que j'ai dit ailleurs : je ne crois plus k l'authenticité des ouvrages d'Ossian , je n'ai plus aussi pour eux le même enthousiasme : j'écoute cependant encore la harpe du barde , comme on écouteroit une voix monotone, il est vrai , mais douce et plamtive. Macpherson a ajouté aux chants des Muses une note jusqu'à lui inconnue ; c'est assez pour le foire vivre. Œdipe et Antigone sont les types d'Ossian et de Malvina , déjà reproduits dans le Roi Léar. Les débris des tours de Morven , frappés des rayons de l'astre de la nuit, ont leur charme; mais combien est plus touchante dans ses ruines la Grèce éclairée, pour ainsi dire', de sa gloire passée !

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DARGO.

POËME

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