‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 274 sur 283 · LETTRE SDR L'ART DU DESSIN · texte numérisé non relu

LETTRE SDR L'ART DU DESSIN

chers ; des végétaux moins roj^ustes, quittant le séjour des tempêtes , descendront par degrés dans la vallée ; et la cabane du Suisse agricole et guerrier sourira sous les saules grisâtres au bord da misseau.

Fort alors de ses études et de son goût épuré, rélève se livrera à son génie. Tantôt il, égarer^ les yeux de l'amateur sous des pins où peut-être un tombeau couvert de lierre appellera en vain . l'amitié; tantôt, dans un vallon étroit, entouré de rochers nus , il placera les restes d'un vieax château ; è travers Içs crevasses des tours, on apercevra le tronc de l'arbre solitaire qui a envahi hi demeure du bruit et des combats; le perce^ pierre couvrira de ses croix blanches les débris écroulés, et les capillaires tapisseront les pans d« murs encore debout. Peut*êtreun petit pAtre gar* dera dans ce lieu ses chèvres , qui sauteront de ruines en ruines.

Les paysages riants auront leur tour, quoique ea général iissoient moinsattachants dans leur composition ; soit que l'image du bonheur oon vienne peu aux hommes , soit que l'art ne trouve qne de foibles ressources dans la peinture des plai&iri champêtres , réduits pour la plupart à des danses

et à des chants. Il y a pourtant certains caractères généraux propres è ces sortes de vues : le feuille doit être Xéffit et mobile ; le lointain, indéterminé sans être vaporeux ; l'ombre, peu prononcée ; et û doit régner sur toute la scène un^ clarté suavS qui velouté la surface des olyets.

Le paysagiste apprendra l'influence des diveis horizons sur la couleur des tableaux ; si vow supposes deux vallons parfaitement identiques, dont l'un regarde le midi et l'autre le noid, to tons , U physionomie , l'expression morale de m deux vues semblables seront dissembhibles.

La perspective aérienne est d'une difiicnlté prodigiéuso; cependant il y faut savoir placer Is perspective linéaire des plans de la teri« , et dé^ tacher sur les parties fuyantes les nuages, ù différents aux différentes heures dn Jo^r. La nuit même n ses couleurs ; il no suffit pas de iaiie Is lune pèle pour la faire belle; la chaste Diane s aussi ses amours , et la pureté de ses rayons, os doit rien êter à Huspiration de sa lumière.

Cette lettre est déjà d'une extrême longueur, et je n'ai encore qu'effleuié un sqjet inépuisable. Tout ce que j'ai voulu dira ai^ourd'hul, c'est qœ le paysagB doit être de$iiné sur le nu, si on le veut faire ressemblant, et en aeoueer pour msA

PENSÉES, BÉFI.EXIOJNS ET MAXLMES.

dire les muicloi, les formes. Des études de cabinet , des copies sur des copies, ne remplaceront jamais un travail d*après nature* Allicœ plurU

Page 1