‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 57 sur 283 · PHILOSOPHES. POETES. POLITIQUES. ÉCONOMISTES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHES. POETES. POLITIQUES. ÉCONOMISTES

De 1792 à 1800, J'ai rarement entendu citer Locke en Angleterre : son système, disoit-on, étoit vieilli, et il passoit pour foible en idéol(h gie. Quant à Newton , en tant qu'écrivain , on lui refiisoit la terre et on le renvoyoit au del , ce qui étoit juste.

11 vint; il réTéla le principe sapréme , CoDstaDt, universel , un comme Dieu lui-méoM : L'univers se taisoil; il dit : Àttraciion! Ce mot , c'étoit le mot de la création '.

' Contemplation, A mon pèrt, J. J. AMrtnB.

Pour ce qui regarde les poètes, les éiéganU extraits servoient d'exil à quelques pièces de Dryden. On ne pardonnoit point aux vers rimes de Pope, bien qu'on visitât sa maison à Twichenham, que Ton coupât des morceaux du sanie pleureur planté par lui , et dépéri comme sa re« nommée.

Blair? Ennuyeux critique à la françoiae : on le mettolt bien au-dessous de Johnson.

Le vieux spectateur? Au grenier.

La littérature philo8ophiqne?En classe à Edimbourg.

Les ouvrages des pelitiqués anglois ont peu d'intérêt général. Les questions générales y soDt rarement touchées : ces ouvrages ne s'occupent guère que des vérités particulières à la constitution des peuples britanniques.

I^es traités des économistes sont moins drconscrits : les calculs sur la richesse des nations, rinfluence des colonies , le mouvement des générations, remploi des capitaux, la balance du commerce et de Tagriculture, s'appliquent en partie aux diverses sociétés européennes.

Cependant à l*époque dont je parle, M. Bnrke sorioit de Tindividualité nationale politique : en se déclarant contre la révolution f rançoise , il entratoa son pays dans cette longue voie d'iiostilités qui aboutit aux champs de Waterloo. Isolée pendant vingt-deux ans , l'Angleterre défendit sa constitution contre les idées qui l'envahissent aujourd'hui , et l'entraînent au sort commun de Tancienne civilisation.

THEATRE. MISTRESS SmUONS. PARTERRE. DIVASI05 DE LA UrrERATURE ALLEMANDE.

Il y avoit pourtant de l'ingratitude envers les classiques que l'on dédaignoit : on étoit revenu à Shakespeare et à Milton ; eh bien 1 les écrivains du siècle de la reine Anne avoient rendu à la lumière ces deux poètes , qui attendirent cin* quante ans dans les limbes le moment de leur entrée dans la gloire. Dryden , Pc^ et Addison furent les promoteurs de l'apothéose. Ainsi Vol* taire a contribué à rillustration des grands hom* mes du règne de Louis XIV : cet esprit mobile, curieux , investigateur, ayant beaucoup de renommée , en prétoit un peu à son prochain , i condition qu'elle lui seroit rendue- avec de gros intérêts.

' Durant les huit années de mon émigration à Ijondres, Je vis Shakespeare dominer la scène; à peine Rov^e, Congrève, Otway, y parois-

SUR LA LITTÉRATURE ANGLOISE

SBient-ils quelquefois : ce peintre sublime et InépH des passions ne psnnettoit à personne de se phecr auprès de lai. Mistress Siddons , dans le rôle de lady Macbeth , jouoit avec une grandeur fitnordiiiaire : la scène du somnambullsine glaeoit d'effroi le spectateur. Taima seul étoit au lima de cette actrice , mais son talent ayolt quelfccbose de la correction grecque , qui ne se retmmt pas dans celui de mistress Siddons.

Invité à une soirée chez lord Lansdown en n^t ) sa seigneurie me présenta a une dame séirre, âgée de soixante-treize ans : elle étoit habillée de crêpe , portoit un voile noir comme un diîJèfflesnr ses cheveux blancs, et ressembloit à OM reine abdiquée. Elle me salua d*un ton solen* nH et de trois phrases estropiées du Génie du dhmtianisme; puis elle me dit , avec non moins àe solennité : « Je suis mistress Siddons. ^ Si elle ia'avoit dit : « Je suis lady Macbeth, w Je Taurois ero. llsufDt de vivre pour rencontrer ces âd)ns d*an siècle , Jetés par les flots du temps sur i; rivage d*an autre siècle.

La parterre anglois étoit , en mes jours d*exil , torboient et grossier; des matelots bu voient de I3 bière an parterre, mangeoient des oranges, spMrophoient les loges. Je me trouvois un soir SQprès d*un matelotj entré ivre dans la salle ; il ne demanda où il étoit : Je lui dis àCovent-Gar- ^i — Prettfj garden, indeed! « Joli Jardin, • vraiment! « s*écrla-t-il , saisi comme les dieux d'Homère d*an rire inextinguible. Mais John Bull, ^ sa brutalité , étoit meilleur Juge des beautés ^ Sliakespeare qae ces dandies , qui préfèrent ^Mentent les pièces de Kotzebue et de nos iHQlevards , traduites en anglois , aux scènes de Uari /// et à'Homiei.

U littérature germanique a envahi la littérature angloise, comme la littérature italienne <f ibord , et la littérature françoise ensuite , firent iQtrefois irruption dans la patrie de Milton. Walt<î Scott débuta dans la carrière des lettres par i> traduction do Berlinchengeny de Goethe. ^ les drames de Kotzebue profanèrent la scène ^Shakespeare : on auroit pu choisir autrement , Puisqu'on avoit Goethe , Schiller et Lessing. Quelle poètes écossois ont imité mieux , dans leur ^rage et dans leurs montagnes, ces chants ?»nrieTsde la nouvelle Germanie , que M. Saint- ^-Glrardin nous a fait connoftre, comme V Ampère nous a initiés aux Edda , aux Sagas «^MxNibelangen.

« Comme elle dort (la reine de Prusse) doucement ! Ses traits respirent encore Je ne sais quel air de vie. Ah ! puisses-tu dormir jusqu'au Jour où ton peuple lavera dans le sang la rouille de son épée; dormir Jusqu'à la nuit , la plus belle des nuits, qui verra briller sur les montagnes les signaux de la guerre! Éveille-toi alors, éveille-toi, sainte patronne de l'Allemagne : sois son ange, l'ange de la liberté et de la vengeance'!»

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