BEATTIE
Bums, Mason, Cowper, moururent pendant mon émigration àLondres avant 1 800 et en 1 800 ; ils finissoient le siècle : Je le commeuçois. Darwin et Beattie moururent deux ans après mon retour de l'exil.
Beattie avoit annoncé l'ère nouvelle de la lyre. Le Minsirelj ou le progrès du génie , est la peinture des premiers effets de la muse sur un Jeune barde, lequel ignore encore le génie dont il est tourmenté. Tantôt le poète futur va s'asseoir au bord de la mer pendant une tempête; tantôt il quitte les Jeux du village pour écouter à l'écart et
dans le lointain le son des musettes : le poème est écrit en stances rimées comme les vieilles bal^ lades.
« SI Je voulois invoquer une muse savante. mes doctes accords diroient ici quelle fat is destinée du barde dans les Jours du vieai temps ; Je le peindrois portant un cœur content sous de simples habits : <m verroit ses che veux flottants et sa barbe blanchie; sa luirpe modeste, seule compagne de son chemin, ré* pondant aux soupirs des brises , seroit suspendue à ses épaules voûtées ; le vieillard , en marchant, chanteroit à demi- voix quelque refrain Joyeux.
« Mais un pauvre nitn^^re/ inspire aujourd'hui
mes vers
Dans les siècles gothiques (comme les vieilles bai lades le racontent ) vi vol t autrefois un berger. Sfs ancêtres avoient peut-être habité une terre aimée des Muses , les grottes de la Sicile ou les vallées de TArcadie; mais lui étoit né dans les contrées du Nord chez une nation fameuse par ses chansons et par la beauté de ses vierges; nation fière quoique modeste, innocente quoique libre , patiente dans le travail, ferme dans le péril , inébranlable dans sa fol , invincible sous les armes.
« Edwin n'étoit pas un enfant vulgaire : son œil sembloit souvent chargé d'une grave pensée; il dcdaignoit les hocliets de son âge, hors un petit chalumeau grossièrement foçonné; il étoit sensible, quoique sauvage, et gardoit le silence quand il étoit content; il se montroit tour à tour plein de Joie et de tristesse, sans qu'on en devinât la cause. Les voisins tressailloient et soupiroient à sa vue, et cepeudant le bénissoient. Aux uns 41 senabloit d'une intelligence merveilleuse; aux autres il paroissoit insensé.
« Mais pourquoi diroia-Je les Jeux de son enfance ? il ne se méloit point à la foule brillante de ses jeunes compagnons; il aimoità s'enfoncer dans la forêt, ou à s'égarer sur le sommet solitaire de la montagne. Souvent les détoars d'un ruisseau sauvage conduisent ses pas à des bocages ignorés. Tantôt il deseend au fonddii précipices , du sommet desquels se penchent de vieux pins; tantôt il gravit des dmes escarpées , où le torrent brille de rocher en rocher ^
SUR LA LITTÉRATDBE ANGLOISE
lOQ les eanx, les forêts , les vents , forment un . concert immense , que l'écho grossit et porte I jQsqo aux deux.
■ Quand Taube commence à blanchir les airs ,
• Ed«1n, assis au sommet de la colline, con-
• toBple ao loin les nuages de pourpre , Tocéan id'uur, les montagnes grisâtres, le lac qui « irile foiblement parmi les bruyères vaporeu- ' e, et la longue vallée étendue vers l'occident ,
< 0Q le jour lotte encore avec les ombres. •Quelquefois , pendant les brouillards de Tau-
• tomoe, vous le verriez escalader le sommet des
< monts. 0 plaisir effrayant I debout sur la pointe
• duo roc, comme un matelot sauvé du naufrage nrQQecdte déserte , il aime à voir les vapeurs
' se rouler en vagues énormes , s'allonger sur les iMrizons, là se creuser un golfe , ici s'arrondir ' fiiloQr des montagnes. Du fond du goufre , au* •tlessojs de lui , la voix de la bergère et le béle- ' flwflt des troupeaux remontent jusqu'à son •mille, à travers la brume épaisse. ......
< Le romaoesque enfant sort de l'asile où il < s'étiit mis à couvert des tièdes ondées du midi. 'Die est piissée la pluie de l'orage , maintenant
• Fairest frais et parfumé. Dans l'orient obscur , 'depioyaot on arc immense, l'iris brille au so- *ieil couchant. Jeune insensé qui croit pouvoir 'Saisir le glorieux météore I combien vaine est
• Il coorse que ton ardeur a commencée ! La *t)n)iaote apparition s'éloigne à mesure que tu 'lapoarsuis. Ah! puisses-tu savoir qu'il en est *ûnsidansla Jeunesse, lorsque nous poursui-
^w» les chimères de la vie.
' Qaaod la cloche du soir chargeoit de ses gé- ' Dissements la brise solitaire , le Jeune Edwin , . •marchant avec lenteur et prêtant une oreille ■ attentive, se piongeoit dans le fo:)d des vallées ; 'tDoi aatour de lui, il croyoit voir errer des *coaTois funèbres, de pâles ombres, des fant6- ' i&es traînant des chaînes ou de longs voiles ;
iBaisbientAt ces bruits de la mort se perdoient ^^ le cri lugubre du hibou , ou dans les mur- ' mures do vent des nuits , qui ébranloit par in-
• ter^alles les vieux dômes d'une église.
' Si la lune rougeâtre se penchoit à son cou- *dunt sur la mer mélancolique et sombre, ' Edwin alloit chercher les bords de ces sources
• incommes , où s'assembloient sur les bruyères
• ici magiciennes des temps passés. Là , souvent
le sommeil venoit le surprendre , et lui apportoit ses visions.
« Le songe a fùî.... Edwin , réveillé avec l'aurore , ouvre ses yeux enchantés sur les scènes du matin ; chaque zéphyr lui apporte mille sons délicieux ; on entend le bêlement du troupeau , le tintement de la cloche de la brebis , le bourdonnement de l'abeille ; la cornemuse fait retentir les rochers, et se mêle au bruit sourd de l'Océan lointain qui bat ses rivages.
« Le chien de la cabane aboie en voyant passer le pèlerin matinal; la laitière , couronnée de son vase, chante en descendant la colline; le laboureur traverse les guérets en sifflant; le lourd cliariot crie en gravissant le sentier de la montagne; le lièvre étonné sort des épis vacillants ; ia perdrix s'élève sur son aile bruyante; le ramier gémit dans son arbre solitaire , et l'alouette gazouille au haut des airs
« Quand la jeunesse du village danse au son « du chalumeau, Edwin, assis à l'écart, se plaît À « rêver au bruit de ia musique. Oh! comme alors « tous les jeux bruyants semblent vains et tumul- « tueux à son âme ! Céleste mélancolie , que sont <« près de toi les profanes plaisirs du vulgaire !. . . «,. , , ,,
« Le chant fut le premier amour d'Edwin; « souvent la harpe de la montagne soupira sous « sa main aventureuse, et la flûte plaintive gé- « mit suspendue à son souffle. Sa muse, encore « enfant, Ignoroit l'art du poète, fruit du travail " et du temps. Edwin atteignit pourtant cette « perfection si rare , ainsi que mes vers le diront • quelque jour. »
La citation est longue; mais elle est importante pour l'histoire de la poésie : Beattie a parcouru la série entière des rêveries et des idées mélancoliques dont cent autres poètes se sont cru les discoverers, Beattie se proposoit de continuer son poème ; en effet , Il en a écrit le second chant : Edwin entend on soir une voix grave s'élevant du fond d'une vallée ; c'est celle d'un solitaire qui, après avoir connu les illusions du monde, s'est enseveli dans cette retraite , pour y recueillir son âme et chanter les merveilles du Créateur. Cet ermite instruit le jeune minstrei, et lui révèle •le secret de son génie. L'idée étoit heureuse, mais l'exécution n'a pas répondu au bonheur de l'idée. Les dernières strophes du nouveau chant sont