CHAPITRE XV
Suite du précédent.
Gracieux, délicat, élégant, ingénieux dans ses souvenirs avec les personnes d'un rang plus élevé, M^' le duc de Berry trouvoit toujours quelque chose d'heureux à leur dire. Il écrivoit à M. le marquis de
Gontaut : « En confiant à la vicomtesse de Gontaut «le soin de ce que j'aurai de plus cher au monde, «j'ai cru lui donner une marque de mon estime «particulière; et j'ai saisi avec empressement cette « occasion de montrer à tout ce qui porte le nom « de Biron combien je compte sur un zèle et un « dévouement auxquels nous sommes accoutumés a depuis des siècles. »
Le général Levavasseur venoit de perdre son fils; Monseigneur lui écrivit aussitôt : « J'apprends avec «beaucoup de peine, mon cher Levavasseur, la « perte cruelle que vous venez de faire : elle est du « nombre de ces événements pour lesquels on ne « peut offrir des consolations. Si l'assurance du très V véritable intérêt que je prends à votre malheur en «adoucissoit l'amertume, vous pouvez y compter « positivement. Votre pauvre fils annonçoit des dis- « positions qui auroient fait votre bonheur. 11 vous « en reste un ; toutes vos affections vont se concen- «trer sur lui : il faut espérer qu'il s'en rendra di- «gne, et vous dédommagera, autant qu'il sera en « lui du chagrin que vous éprouvez en ce moment. « Je regrette que ce soit un si triste événement qui «me donne l'occasion, mon cher Levavasseur, de «vous renouveler l'assurance de mon attachement « et de ma parfaite estime. »
Quatre mois après, Monseigneur donne un bal; il pense au général Levavasseur, et recommande de ne pas lui envoyer d invitation. Quelle mémoire! Le jour même de sa mort, M^' le duc de Berry ne fut occupé que des moyens d'arranger les affaire»
d'un homme qu'il aimoit, et qu'il avoit attaché à son service.
Cette vie simple n'étoit point perdue pour le trône. On s'apercevoit d'un progrès sensible dans la raison du prince, d'un adoucissement graduel dans son caractère. Ses idées se fixoient; à l'écart des hommes, il les voyoit mieux. La première partie de ses jours s'était passée tout en expériences, la seconde tout en réflexions : il recueilloit pour son règne le fruit de ses malheurs et le résultat de ses jugements.