‹ Œuvres complétes de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 76 sur 87 · DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE CIVILE

De 1642 à 1647.

Cromwell s'éleva principalement en adoptant un parti : il se plaça à la tête des indépendants , secte sortie du sein des puritains, et dont l'exagération fit la force. Les membres indépendants du parlement devinrent les tribuns de la république : les généraux et les officiers de l'armée furent remplacés par des généraux et des officiers indépendants. On établit auprès de chaque corps des commissaires qui contrecarroient les mesures des capitaines modérés; l'esprit des troupes s'exalta jusqu'au plus haut degré du fanatisme.

En vain Charles, auquel il restoit encore une ombre de puissance, voulut traiter à Huxbridge : la négociation fut rompue et la guerre renouvelée. Montross obtint quelques succès inutiles en Ecosse. c( Le comte de Montross, Ecossois et chef de la mai- « son de Gfaham, dit le cardinal de Retz, est le seul « homme du monde qui m'ait jamais rappelé l'idée « de certains héros que l'on ne voit plus que dans

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«les Vies de Plutarque;il avoit soutenu le parti du « roi d'Angleterre dans son pays , avec une gran- M deur d'ame qui n'en avoit point de pareille en ce « siècle. »

Montross n'étoit point un homme de Plutarque; c'étoit un de ces hommes qui restent d'un siècle qui finit dans un siècle qui commence : leurs anciennes vertus sont aussi belles que les vertus nouvelles, mais elles sont stériles; plantées dans un sol usé, les mœurs nationales ne les fécondent plus.

Tandis qu'on s'égorgeoit dans les champs de l'Angleterre, les membres des communes livroient des batailles à Londres, abaltoient des tètes sans exposer les leurs. L'archevêque Laud, prisonnier depuis plus de trois ans, fut tiré de son cachot, par la vengeance de Prynne, pour aller au supplice (10 janvier 1645). Ce prélat inflexible avoit fait beaucoup de mal à Charles, en l'entêtant de la suprématie épiscopale, en persuadant au roi d'entreprendre ce qu'il n'avoit pas la force d'accomplir. Laud, courbé sur son bâton pastoral, étoit naturellement si près du terme de sa course, qu'on auroit pu se dispenser de hâter le pas du vieux voyageur. « Agé de soixante-seize ans , vénérable par ses vera tus... il regarda la mort sans tomber dans la pusilttlanimité des vieillards qui, du bord de leur tom- «beau, font des vœux au ciel pour en obtenir «quelques malheureux moments qu'ils veulent at- « tacher au grand nombre de leurs années'.»

' Vie de Henriette de France.

MLLANGES UISTOR. 24

Battu de toutes parts, défait complètement à Naseby (juin 1645), Charles crut trouver un asile parmi ses véritables compatriotes : il quitta Oxford où il s'étoit réfugié, et s'alla rendre à l'armée écossoise, avec les chefs de laquelle il avoit secrètement traité. On le conduisit à Newcastle , où s'ouvrirent de nouvelles négociations. Des commissaires du gouvernement anglois arrivèrent : tout le monde pressoit Charles d'accepter les conditions proposées : les Ecossois ou les saints (c'est ainsi qu'ils se nommoient), \ç^^ presbytériens effrayés des indépendants, l'ambassadeur de France, Bellièvre, la reine même absente , mais se faisant entendre par l'intermédiaire de Montreuil. Charles refusa l'arrangement, parce qu'il blessoit les principes de sa croyance. A cette époque la foi étoit partout, excepté chez un petit nombre de libertins et de philosophes; elle imprimoit aux fautes et quelquefois aux crimes des divers partis quelque chose de grave, de moral même, si l'on ose dire, en donnant à la victime de la politique la conscience du martyr, et à l'erreur la conviction de la vérité.

Un ministre ecossois, prêchant devant Charles, commença le psaume 5 1 : Pourquoi^ tyran, te vantestu de ton irdquité? Charles se leva et entonna le psaume 56 : Seigneur, prends pitié de moi, car les hommes me veulent dévorer. Le peuple attendri continua le cantique avec le souverain tombé: l'un et l'autre ne s'entendoient plus qu'à travers la religion.

Ces marques de pitié s'évanouirent; les saints

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