‹ Œuvres complétes de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 77 sur 87 · DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE CIVILE

d'Ecosse en vinrent à un marché avec les justes d'Angleterre, et l'armée covenantaire livra Charles au parlement anglois, pour la somme de 800,000 livres sterling. «Les gardes fidèles de nos rois, dit «Bossuet, trahirent le leur.» Lorsque Charles fut instruit de la convention , il prononça ces belles et dédaigneuses paroles : «J'aime mieux être au pouavoir de ceux qui m'ont acheté chèrement que de «ceux qui m'ont lâchement vendu.»

Prisonnier des hommes qui alloient bientôt l'immoler, Charles fut conduit au château de Holmby (9 février 1G47). Il reçut partout des témoignages de respect : la foule accouroit sur son passage; on lui amenoit des malades afin qu'il les touchât pour les rendre à la santé; vertu qu'il étoit censé posséder comme roi de France^ comme héritier de saint Louis. Plus Charles étoit mallieureux, plus on le croyoit doué de cette vertu bienfaisante : étrange mélange de puissance et d'impuissance ! On supposoit au royal captif une force surnaturelle, et il n'avôit pas celle de briser ses chaînes ; il pouvoit fermer toutes les plaies, excepté les siennes. Ce n'étoit pas sa main-, c'étoit son sang qui devoit guérir cette maladie de liberté dont l'Angleterre étoit travaillée.

Les Presbytériens libres de crainte du côté du roi essayèrent de licencier l'armée où dominoient les indépendants ; les indépendants remportèrent : ils formèrent entre eux dans leurs camps une espèce de parlement militaire aux ordres de Cromwell. Les officiers composoient la chambre haute, les soldats,

qu'on nomraoit agitateurs , la chambre basse : c'est ''■ ainsi que la constitution républicaine de Rome passa \ aux légions de l'empire. Soixante-deux membres J indépendants du vrai parlement, ayant à leur tête les orateurs, allèrent rejoindre l'armée militante, préchante et délibérante, laquelle vint à Londres et chassa qui bon lui plut de Westminster. En même temps, le cornette Joyce, qui jadis tailleur avoit quitté l'aiguille pour l'épée, enleva le roi du châ- | teau d Holmby, le conduisit prisonnier de l'armée | à ÎSewmarket, et de là à Hamptoncourt. {

Les hommes qui se jettent les premiers dans les | révolutions sont partis d'un point de repos; ils ont été formés par une éducation et par une société qui ne sont point celles que les révolutions produisent. Dans les plus \iolentes actions de ces hommes, il y a quelque chose du passé, quelque chose qui n'est pas d'accord avec leurs actions, c'est-à-dire des im- ? pressions, des souvenirs, des habitudes qui appartiennent à un autre ordre de temps. Ces athlètes expirent successivement dans la lice à des distances inégales, selon le degré de leurs forces, ou, s arrêtant tout à coup , refusent d'avancer. Mais auprès d'eux sont nés d'autres hommes, factieux engendrés par les factions; aucune impression, aucun souvenir, aucune habitude ne contrarie ceux-ci dans les faits du présent; ils accomplissent par nature ce que leurs devanciers avoient entrepris par passion : aussi vont-ils beaucoup au delà de ces premiers révolutionnaires qu'ils immolent et remplacent.

CAPTIVITE DU ROI. 373

Page 1