CHAPITRE VIL
Monseigneur le duc de Berry à Turin.
Monseigneur le duc de Berry amusoit toute la cour par ses reparties et sa vivacité. On retrouvoit en lui, à cette époque , quelques unes des singularités des divers personnages que l'on avoit vus paroître à Turin depuis le brillant comte de Grammont jusqu'à ces Vendômes, braves, spirituels, insouciants, qui, négligeant tout dans la vie, ne soignoient que leurs victoires.
« Octobre 1789.
M^"" le duc d'Angoulême et M^"^ le duc de Berry étudièrent un excellent plan d'éducation militaire, tracé par M. le duc de Sérent. Ce plan, formé pour la France, fut, par un changement devenu nécessaire, rendu appli^bleàun terrain étranger. On se servit des marches de Charles VIII, de Louis Xil, de François I^'", et de ce Catinat, héros à Marseille, solitaire à Saint-Gratien , indifférent aux honneurs, parce qu'il les méritoit tous.
Il y avoit à Turin une bonne école d'artillerie ; M^"" le duc d'Angoulême et M°' le duc de Berry en suivirent les exercices. Ils passèrent par tous les grades, depuis le rang de simple canonnier jusqu'à celui de capitaine. Ils chargeoient, pointoient et tiroient leurs pièces avec rapidité et précision. Ils fondirent deux canons sur lesquels leurs noms furent gravés. Un de ces canons tomba entre les mains des François lors de l'invasion du Piémont. On le voyoit encore, il y a quelque temps, dans un de nos dépôts d'artillerie : singulier monument de nos conquêtes et dés jeux de la fortune!
Cependant les troubles de la révolution croissants commençoient à menacer les états voisins : l'Europe se disposoit à la guerre. Ce fut alors que M^^'" le duc de Berry écrivit cette lettre à son père; c'est lé premier cri de l'honneur dans le cœur d'un François et d'un Bourbon ^ :
« Avec quel plaisir nous avons appris la lettre du « régiment de Berwick , et votre réponse , ainsi que
» Turin, 15 août 1791.
«celle de Monsieur! Ah! que ne suis-je près de « vous ! je voudrois bien voir'ces bons soldats et me « battre avec eux ; je leur dirois comme notre Henri : « Camarades, si dans la chaleur du combat vous n perdez vos drapeaux , ralliez-vous à mon panache Liliane y qui ne sera jamais quau chemin de Vhon- ((neur. Cette pensée m'a fait bouillir le sang dans « les veines. Marchons, mon cher papa, pour rendre «la liberté à notre malheureux roi; trente -deux «officiers du régiment de Vexin sont arrivés à ISice, « remplis de zèle et de courage; je n'en manque pas «non plus, et suis prêt à me bien battre. »