‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 1 sur 314 · COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PKOSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PKOSE

Représentée pour U première fois par lei comédiens italiciu ,

le6 toèt 1734»

Ergaste y marquis et o£Bcier , se rendant du Dauphîné à Paris , s*est arrêté à Lyon chez un ami , qui l*a mené à une campagne voisine de cette dernière ville. Là , dans une promenade publique, il a vu une jeune et belle personne, à laquelle il n'a adressé encore que deux mots , en lui ramassant son gant tombé à terre. Il en est amoureux , il cherche à la revoir , et a même quelque raison d'espérer qu'il la reverra. Toilà où en sont les choses f lorsque la scène commence. Mais Glarice ( c'est le nom de l'aimable inconnue) a une sœur nommée Hortense, qui lui ressemble beaucoup, qui s'habille comma elle ; et toutes deux portant des masques pour se préserver du hâle et de la chaleur, il est difficile, surtout pour un amant si subitement improvisé, de les distinguer l'une de l'autre. C'est sur cette ressemblance , on le devine , que roulera la méprise, dont Marivaux va nous retracer les divers accidens.

MalheureuseinenC , ii faut en convenir , les pièces dont l'intrigue est établie sur cette donnée, sont plus amusantes à la lecture qu'elles ne produisent d'effet et d'illusion au théâtre. On ne saurait trouver deux acteurs ou deux actrices assex parfaitement appareillés ( pardon de l'expression cavalière ) , pour tromper le regard attentif du spectateur. Aussi avons-nous quelques pièces y où , dans le but d'éluder cette difficulté , l'on a ménagé les entrées et les sorties des deux personnages supposés semblables , de manière à pouvoir con6er leurs deux rôles à un seul et même acteur. Ainsi a fait Palissot dans ses Nouveaux Ménechmes, Ce procédé, qui peut-être remplace un inconvénient par un autre, est du moins une nouvelle preuve de la rq[>ugnance du public à accepter les méprises de visage.

Un autre tort de ces sortes de comédies est d^étre bien usées, et sans doute par cela seul qu'elles sont trop invraisemblables; elles ont, pour cette raison, dû vieillir plus vite, et je crois que Marivaux aurait pu s'écrier franchement, dès 1784 : Encore {les Ménechmes ! et donner ee titre à sa l^ère esquisse , comme l'a fait de nos jours notre Picard, avec sa bonhomie spirituelle, pour un de ses gais imbroglios. Quoi qu'il en soit, voyons si l'auteur du Jeu de l'Amour et du Hasard aura su dissimuler et faire excuser,' à force d'art , l'invraisem-

blance qui était comme le péché originel du sujet de sa pièce.

Ergaste attend Clarice au rende^voos tacite qu'il lui a indiqué assez adroitement la veille. Il voit arriver Hortense , la prend pour celle qu'il aime, et lui déclare ses sentimens. Bortense, d'abord étonnée, se radoucit bientôt, et finit par lui donner quelque espoir; elle l'avait remarqué la veille à cette promenade , où elle se trouvait avec sa sœur. Celle-ci arrive à son tour , mais un peu tard ; elle ne trouve qu'Hortense , dont elle se débarrasse par une ruse innocente. Survient alojçs une seconde fois Ergaste , qui parle de sop ainoi^r avec plus de confiance , obtient de Clariçe un demi-aveu très-, encourageant, se jette à ses pieds et lui baise la maiq. Hortense , qui épiait le montent de se rencontrer de nou* veau avec celui qu'elle croit son amant , l'a vu de loin en contera sa soeur; elle est furieuse, et, pour rompre avec lui, elle lui envoie un billet injurieux , auquel il ne comprend rien , sans doute parce qu'il faut que la comédie continue. En effet, ces mots qu'elle lui écrit : Je viens de vous apercevoir aux genoux de ma sœur^^ devraient luv expliquer toute l'énigme. Ajputez à celu que la veille, lorsqu'il s'est mis à adorer Clarice, ell^ était en compagnie d'Hortense , et que d'ailleurs , daus une des scènes de l'exposition, la suivante Lisette a^

parle mi valet d*Ergaste , aa trop spirituel Frontin , de sa ma! tresse et d'Hortense comme de deuxJiUes vivant ensemble dans tût accord qui va Jusqu'à sTiabiUer Tune comme t autre, ajrant toutes deux presque, le même son de voix , toutes deux blondes et charmantes. Tous les personnages s*obstinent, quoi qu'ils en aient, à ignorer jusqu'au bout le secret de la comédie. Pardonnons-leur toutefois cet aveuglement peu croyable , qui nous vaudra deux ou trois scènes fort plaisantes; sacbons gré aussi à Marivaux de n'avoir pas trop prolongé l'embarras comique d'Ergaste, et d'avoir jugé lui-même que la posiUon assez fausse où il l'avait jeté , ne pouvait durer long-temps. Le dénouement ne se fait pas attendre ; il est amené tout naturellement par l'apparitioh simultanée des deux sœurs sur la scène. Le marquis reconnaît cette qu'il aime , et s'excuse auprès de Tautre, pour qui des complimens paraissent être une faible consolation.

Nous avons cherché vainement quel fut le sort de la Méprise dans sa nouveauté. VBistoire du Théâtre- Italien n^en dit pas un mot. On peut croire , et nous avons dit pour quel motif , que son succès ne fui pas très-brillant. C'est toutefois l'une des pièces dé Marivaux où il a prodigué le plus d'esprit. Peut-être même doit -on lui reprocher d'en avoir trop donné à sou

Frontin. C'était bien, il est vrai, ane chose à peu près convenae dans la poéli<{ae de l'ancien théâtre, qu'un valet doit avoir plus d'esprit que son maître ; mais cette supériorité étrange est ici par trop marquée , et rend moins plausible encore la méprise qui abusé- Frontin aussi bien qu'Ergaste.

PERSONNAGES

CLARICB.

ilORTEHSE, M»ur dcChric».

i:rgaste.

LISETTE, saiviDlc d« ChiUx.

ARLEQOIH, valet d'HorteoM.

FRONTIN, valet d'Ergute.

n scèpe tel atu enviroai de Ljoa. L« tbéltre reprëMote u jai-din , qui lert de promenade publique.

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