ACTE I, SCÈNE VIL
tle me conserver. Rien ne m'affligerait tant à présent que de la perdi'e.
MÂRTON.
Madame n'a pas deux paroles.
ARÂMINTE.
Non , monsieur^ c'est une affaire terminée, je renverrai tout. Vous êtes au fait des affaires apparemment ? vous y avez travaillé ?
DORANTE
Oui, madame ^ mon père était avocat, et je pour* fais rétre moi-même.
ARAMINTE
C'est- à -dire, que vous êtes un homme de trèsboftne famille , et même au-dessus du parti que vous prenez ?
DORANTE
Je ne sens rien qui m'humilie dans le parti que je prends, madame. L'honneur de servir une dame comme vous n'est au-dessous de qui que ce soit, et je n'envierai la condition de personne.
ARAMINTE
Mes façons ne vous feront point changer de sentiment. Vous trouverez ici tous les égards que vous méritez ; et si , dans la suite , il y avait occasion de vous rendre service , je ne la manquerai point.
MARTON
Voilà madame-, je la reconnais.
ARAMINTE
Il est vrai que je suis toujours fâchée de voir d'hon-
iga LES FAUSSES CONFIDENCES,
nétes gens sans fortune, tandis qu'une infinité de gens de rien , et sans mérite, en ont une éclatante. C'est une chose qui me blesse , surtout dans les personnes de son âge *, car tous n'avez que trente ans tout au plus ?
DORANTE
l'as tout-à-fait encore, madame.
ARÂMIITTE.
Ce (£u'il y a de consolant pour vous, c'est que vous avez le temps de devenir heureux.
DORÂITTE.
3e commence à l'être aujourd'hui , madame.
ARÂMIirTE.
Ou vous montrera l'appartement que je vous des-* fine. S'il ne vous convient pas , il y en a d'autres , et vous choisirez. Il faut aussi quelqu'un qui vous serve , et c'est à quoi je vais pourvoir. Qui lui donneronsnous, Marton ?
MARTON
U n'y a qu'à prendre Arlequin , madame. Je le vois à l'entrée de la salle, et je vais l'appeler. Arlequin , parlez à madame.