‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 189 sur 314 · COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE

Rcprrscntce pour la première fois par les comédiens iUlicns ,

le 7 juillet 1738.

jl?

SUR

Si jamais écrivain se montra inégal et journalier, c'est à conp sûr Marivaux. Il existe entre quelques-uns de ses écrits une telle disparate , qu'on ne les pourrait croire sortis de la même plume , si Ton n'en avait d'ailleurs des preuves irréfragables. Quelle distance, en effet, du roman de Marianne à celui du Don Quichotte Moderne! et dans ce dernier, comme on est surpris de trouver, au milieu de tant d'aventures déraisonnables et communes, l'intéressant épisode d'Oriante ! La Joie Imprévue ne causera pas un moindre étonnement à qui viendra de lire les deux si jolies pièces dont elle est précédée dans ce volume, ainsi que dans l'ordre des temps , la Mère Confidente et les Fausses confidences. On y remarquera toutefois quelques traits heureux, mais qui ne suffisent pas pour pallier le peu d'intérêt du sujet.

Avoir choisi un sujet ingrat, voilà quel a été bien souvent le plus grand tort de Marivaux, quand il n'a pas réussi. Une fois abusé par sou imagination , il s'est attaché à son erreur ; il en a subi et développé toutes les conséquences , parce qu'il avait trop de finesse d'esprit pour ne pas les apercevoir toutes; enfin, il n'a pu s'arrêter cpi'après* avoir épuisé les fausses richesses d'une matière inféconde en beautés réelles et simples! N'est-ce pas ce

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qtù lui est arriv^^ par exemple, pour le Don Quichotte? U lui est Tenu un jour h l'esprit que les romaos i grand .1 ppareil de sentimens , comme les rêvaient La Calprenède et mademoiselle de Scudà^, pouvaienl prêter à une parodie plaisante : il s'est mis de tout cœur à cette oeuvre d'iosi- \nde moquerie, et ne nous a pas fait grâce du plus mince (k'tail que lui ait fourni sa mémoire. Il nous a donc fallu iliîvorer la reproduction complète , mais non comique ( c'était chose impossible ) , d'ouvrages fastidieux , que nous avions eu le bonheur d'oublier. Ici la même chose l'ït arrivée ; c'est pour s'être £pris d'une idée où il a cm voir l'étoffe d'un acte, qu'il nous a donné une faible et lanfjuissante comédie. En effet, voyei de quoi il s'agit, et ci: que c'est que ceUe Joie Imprévue qui ne doit tomber .lUX deux principaux intéressés qu'au bout de vingt-deux -.ccnet.

Damon est vena à Paris pour acheter une charge , et s'est logé dans un hâtel garni. Il y a vu la fille d'une iiiadame Dorville, jeune personne dont il est devenu amoureux , sans se douter que c'est précisément celle iiu'on liù destine en mariage. Madame Dorville ignore, • 1() son c6té, que Damon est le prétendu agréé par cUeiiiéme pour ConsUnce. Aussi le vent- elle écarter : elle ■ ommence à être inquiète de ses assiduités atqirès de sa idle. Mais elle apprend par une lettre, que Damon avait ijûgligé d'abord de lui remettre, et qu'il tient d'Oison , sun père ; elle apprend , dis-je , qu'elle a affaire A na futur ;;tindre : elle cesse donc de le repousser. Elle lui cache toutefois les vues qu'on a sur lui ; elle a pour but, en cela , <ic complaire à Orgon, qui vent se ménager, écrit-il, le [ilaisir de paraître obliger son 61s, eo consentant & son mariage avec celle qu'il aime : singulier caprice de vieiU

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lard, qui seul retardera la^oie des deux amims, et la rendra impréme ponr etix, non pour le spectateur, ce qui eût été pourtant plus essentiel. Orgoa a bien eu encore d'autres fantaisies : pareiemple, de partir tnco^n/ro après son £ls , d'arriver en même temps que lui & Paris , de rester quinze joun à épier ses démarches , quand il aurait dd conclure au plus vite l'alliance qu'il a tant \ cœai; enfin de le laisser perdre an jea la moitié delà, v.ilour de sa charge, qu'il loi a fait compter lui-même par un banquier ; le tout , sans doute, pour lui donner une leçon salutaire, comme s'il pouvait ignorer, à son âge, qu'il vaut raienx prévenir de pareilles fautes que d'avoir à en corriger celui qui les a commises.

Nous ne pousserons pas plus loin nos observations. Celte pièce , établie sur une donnée trè^légcrc , ne serait plus lue avec plaisir, malgré quelques détails spirituels et deux ou trois scènes comiques, si nous en donnions une analyse complète.

L'historien du 7^dtre-/^aiien, quoiqu'il s'éLcn de assez longaementd'ordinaïresurdes bluettes ou des farces encore moins importantes, n'a point fait mention de la Joie Imprévue.

PERSONNAGES

M. ORGOTI,

MADABIE DOHVILLE.

CONSTANCE, fille de nudame Dorrille.

DAMON, fils deM.Orgon, amant de O

LE CHEVALIER

LISETTE, luîvaate de CoosUnce.

PASQDIN, nlet de Damoa.

Iji scioe est & Paris, daos uo jardia qui coramuDiquek un liôtel garai.

LA

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