SCENE III. 3og
C'est qu'il voudra gagner.
DAMOIf.
T'a-t-on dit quelque chose de lui? T'a-t«on donné quelque avis ?
Non; je n'e» ai point reçu d'autre que de sa mine^ Cest elle qui m'a dit tout le mal que j'en sais.
DAMON
Tu extravagues.
fasquin.
Monsieur, je m'y ferais hacher. U n'y a point d'honnête homme qui puisse avoir ce v^age^là. Lisette, en le voyant ici, en convenait hier avec moi.
DAMON
Lisette ? Belle autorité !
PASQUI^N.
Belle autorité ! C'est pourtant une fille qui , du premier coup d'œil, a senti tout ce que je valais.
DAMON, rianU
Âh ! ah ! ah ! Tu me donnes une grande idée de sa pénétration. Je vais chez mon banquier \ c'est aujourd'hui jour de poste. Ne t'éloigne pas.
PASQUIH.
Arrêtez , monsieur. On nous a interrompus ; je ne vous ai pas quand je veux \ et mes ordres portent aussi , attendu cette légèreté d'esprit dont je vous ai
3io LA JOIE IMPRÉVUE,
parle, que je tiendrai la main à ce que tous exécutiez tout ce que monsieur votre père vous a dit de faire -, et voici un petit agenda où j'ai tout écrit, (ii m.) c( Liste des articles et commissions recommandés par <( monsieur Orgon à monsieur Damon son fils aine , « sur les déportemens, faits, gestes, et exactitude c( duquel il est enjoint à moi Pasquin , son serviteur, « d'apporter mon inspection et contrôle. »
DAM ON, riant.
Inspection et contrôle !
Oui , monsieur, ce sont mes fonctions-, c'est comme qui dirait , gouverneur.
DAMON
Achève, -
PASQUlN.
Premièrement. « Aller chez monsieur Lourdain^ « banquier, recevoir la somme de... )> Le cœur me manque , je ne saurais la prononcer. La belle et copieuse somme que c'était ! Nous n'en avons plus que les débris. Vous ne vous êtes que trop ressouvenu d'elle, et voilà l'article de mon mémoire le plus maltraité.
DAMON
Finis, ou je te laisse.
Secondement. « Le pupille ne manquera pas de se « transporter chez monsieur Raffle , procureur, pour (( lui remettre des papiers. »
SGÈJ^E m. 3ii
DAMOIf.
Passe ; cela est fait.
PASQUIlf.
Troisièmement. « Aura soin le sieur Pasquin de « presser le sieur Damon. »
DAUOir.
Parle donc y maraud ^ arec ton sieur Danion.
PÀSQUIIf..
Style dé précepteur. •• a De presser le sieur Damon « de porter une lettre à l'adresse de madame... » Attendez... ma foi y c'est « madame Dorville, rue Ga- « late 'y » dans la rue où nous sommes.
DAMON
Madame Dorvillé ! Est-ce là le nom de l'adresse ? je ne Tavais seulement pas lue. Eh ! parbleu ! ce serait donc la mère de Constance^ Pasc[uin ?
VASQUIlf.
C'est elle-même, sans doute, qui loge dans cette maison, d'où elle passe dans le jardin de votre hôtel. Voyez ce que c'est! faute d'exactitude, nous négligions la lettre du monde la plus importante, et qui va nous donner accès dans la maison.
DAMOIf.
J'ëtais bien éloigné de penser que j'avois en main quelque chose d'aussi favorable. Je ne l'ai pas même sur moi, cette lettre, que je ne devais rendre qu'à loisir. Mais par où mon père connaît-il madame Dor-
3i2 LA JOIE IMPRÉVUE,
Oh ! pardi , depuis le temps qu'il vit , il a eu celui de faire des connaissances.
DAHON,
Tu me fais plaisir de me rappeler cette lettre. Voilà de quoi m'introduire chez madame Dorville , et j'irai la lui remettre au retour de chez mon banquier. Je pars ] ne t'écarte pas.
PASQUIN, dhiQ lontriil».
Monsieur, comme tous rapporterez le reste de votre argent, je vous demande en grâceque je te voie avant que vous le jouiez \ je serais bien aise de lui dire adieu.
Je me moque de ton pronostic.