‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 199 sur 314 · SCÈNE VI. 3t · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. 3t

PASQDIN.

Ma foi , je n'en suis pas plus content que vous. Mais vous saviez donc nos aventures ?

M. ORGOIf.

Oui , je les sais , oui. Il y a quinze jours que vous êtes ici, et il y en a autant que j'y suis» Je partis le lendemain de votre départ , je vous ai rattrapés en chemin , je vous ai suivis jusqu'ici , et vous ai fait observer depuis que vous y êtes. C'est moi qui ai dit au banquier de ne délivrer à mon fils qu'une partie de l'argent destiné à l'acquisition de sa charge , et de le remettre pour le reste; on m'a appris qu'il a joué , et qu'il a perdu. Je sors actuellement de chez mon banquier; j'y ai laissé mon fils qui ne m'y a pas vu, et qu'on va achever de payer : mais je ne laisserai pas le reste de la somme à sa discrétion ; et j'ai dit qu'on l'amusât pour me donner le temps de venir te parler.

PÀSQUIN.

Monsieur, puisque vous savez tout, vous savez sans doute que ce n'est pas ma faute.

K. ORGOlf.

Ne devais -tu pas parler à Damon, et tâcher de le détourner de son extravagance ? Jouer contre le premier venu un argent dont je lui avais marqué l'emploi !

PASQUIIf.

Ah ! monsieur, si vous saviez les remontrances que je lui ai faites! Ce jardin -ci m'en est témoin ; il m'a

vu pleurer , monsieur : mes larmes apparemment ne sont pas touchantes , car votre fils n'en a tenu compte ; et je conviens avec vous que c'est un étourdi, un évaporé , un libertin qui n*est pas digne de vos bontés.

M. OR G ON

Doucement ; il mérite les noms que tu lui donnes , mais ce n'est pas à toi à les lui donner.

PASQTJIN.

Hélas ! monsieur , il ne les mérite pas non plus , et je ne les lui donnais que par complaisance pour votre colère et pour ma justification : mais la vérité est que c'est un fort estimable jeune homme y qui n'a joué que par politesse , et qui n'a perdu que par malheur.

jif. ORGON.

Passe encore s'il n'avait point d'inclination pour le jeu.

PÂSQTTIIf.

Eh ! non , monsieur : je vous dis que le jeu l'ennuie \ il y bâille, même en y gagnant. Vous le trouverez un peu changé : car il vous craint, il vous aime. Oh ! cet enfant-là a pour vous un amour qui n'est pas croyable.

M. ORGON

Il me l'a toujours paru \ et j'avoue que jusqu'ici je n'ai rien vu que de louable en lui. Je voulais achever de le connaître : il est jeune , il a fait une faute, il n'y a rien d'étonnant, et je la lui pardonne, pourvu

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