SCÈNE XIV
LA MARQUISE, ERGASTE-
Monsieur^ TOUS m'avez rendu compte de yotre cœur ; il est juste qne je vous rende compte du mien.
ERGASTE
Voyons.
Ma première inclination a ëtë mon mari , qui valait mieux que vous , Ergaste , soit dit sans rien dîmi« nuer de Testime que vous mentez.
ERGASTE
Après , madame.
Depuis SSL mort, je me suis senti, il y a deux ans, quelque sorte de penchant pour un étranger qui demeura peu de temps à Paris , que je refusai de voir, et que je perdis de vue ; homme à peu près de votre taille, ni mieux ni plus mal fait; de ces figures passables, peut- être un peu plus remplie, un peu moins fluette, un peu moins déchamëe que la vôtre.
ERGASTE
Fort bien. Et de Dorante, que m'en direz -vous , madame ?
Qu'il est plus doux, plus complaisant; qu'il a la
4io LES SINCERES,
mine an peu plus distinguée , et qu'il pense plus modestement de lui que vous -, mais que vous plaisez davantage.
EtGASTE.
Tai tort aussi, très-tort^ mais ce qui me surprend , c'est qu'une figure aussi chëtive que la mienne , qu un homme aussi défigurable, aussi revéche, aussi fortement infatué de lui-même, ait pu gagner votre cœur.
Est-ce que nos coeurs ont de la raison ? U entre tant de caprices dans les inclinations !
ERGASTE
u vous en a fallu des plus déterminés pour pouvoir » m'aimer avec de si terribles défauts, qui sont peut-
être vrais , dont je vous suis obligé de m'avertir, mais que je ne savais guère.
Eh ! savais- je , ifioi , que j'étais vaine , laide et mutine? Vous me l'apprenez, et je vous rends instruction pour instruction.
' ERGASTE
! Je tâcherai d'en profiter *, tout ce que je crains,
c'est qu'un homme aussi commun, et qui vaut si ^ peu , ne vous rebute,
LA MARQUISE, froiJenenl.
Eh{ dès que vous pardonnez à mes désagrémens, il est juste que je pardonne à la petitesse de votre mérite.