‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 262 sur 314 · LA MARQUISE, DORANTE, LISETTE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, DORANTE, LISETTE

LA MAUQUISE.

Eh bien ! monsieur, prétendez - vous que je vous passe encore vos soupirs, vos je vous adore, vos enchantemens sur ma personne? Venez -vous encore m'entretenir de mes appas? J'ai interrogé un homme vrai pour achever de vous connaître ; j'ai vu Ergaste : allez savoir ce qu'il pense de moi ^ il vous dira si je dois être contente du sot amour -propre que vous m'avez supposé par toutes vos exagérations.

LISETTE

Allez , monsieur ^ il vous apprendra que madame est laide.

4i6 LES SINCÈRES,

DOmAlfTE.

Comment ?

LISETTE

Oui , laide -, c'est une nouvelle découverte ; à la vérité , cela ne se voit qu'avec les lunettes d*Ergaste.

LÀ XAEQUISE.

U n'est pas question de plaisanter; peu m'importe ce que je suis à cet égard; ce n'est pas l'intérêt que j'y prends qui me fait parler : pourvu que mes amis me croient le cœur bon et l'esprit bien fait, je les quitte du reste. Mais qu'un homme que je voulais estimer, dont je voulais être sûre, m'ait regardée comme une femme dont il croyait que ses flatteries démonteraient la petite cervelle , voilà ce que je lui reproche.

DORANTE, Ttrenent.

Et moi, madame, je vous déclare que ce n'est plus ni vous ni vos grâces que je défends. Vous êtes fort libre de penser de vous ce qu'il vous plaira , je ne m'y oppose point ; mais je ne suis ni un adulateur ni un visionnaire, j'ai les yeux bons, j'ai le jugement sain, je sais rendre justice , et je soutiens que vous êtes une des femmes du monde la plus aimable, la plus touchante ; je soutiens qu'il n'y aura point de contradiction là- dessus ; et tout ce qui me fôche en le disant, c'est que je ne saurais le soutenir sans faire Téloge d'une personne qui m'outrage, et que je n'ai nulle envie de louer.

Je suis de même ; on est fôché du bien qu'on dit d'eUe.

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