SCÈNE XVI
justification , qu'on a toujours mis quelque différence entre elle et moi ; je ne serais pas de bonne foi , si je le niais ; ce n*est pas qu'elle ne soit aimable.
DORAITTÇ.
Très-aimable ^ mais en fait de grâces il y a bien des degrés.
J*en conviens ; j'entends raison quand il faut.
DOEANTE.
Oui , quand on vous y force.
Eh ! pourquoi est-ce que je dispute ? ce n est pas pour moi , c'est pour vous ^ je ne demande pas mieux que d'avoir tort pour être satisfaite de votre caractère.
DORABTE.
Ce n'est pas que vous n'ayez vos défauts \ vous en avez, car je suis sincère aussi, moi , sans me vanter de l'être.
LA MARQUISE, ^toan^t.
Ah ! ah ! mais vous me charmez , Dorante ; je ne vous connaissais pas. Eh bien ! ces défauts , je veux que vous me les disiez, au moins \ voyons.
DORAHTE.
Oh ! voyons. Est-il permis , par exemple , avec une figure aussi distinguée que la vôtre, et faite au tour, est-il permis de vous négliger quelquefois autant que vous le faites ?
LA MAmQUISE.
Que voulez - vous ? c^est distraction, c*est souvent pur oubli de moi-même.
DORANTE
Tant pis-, ce matin encore vous marchiez toute courbée , pliée en deux comme une femme de quatrevingts ans, et cela avec la plus belle taille du monde.
LISETTE
Oh ! oui ; le plus souvent cela va comme cela peut.
£h bien ! tu vois , Lisette ; en bon français, il me dit que je ressemble à une vieille, que je suis contrefaite, que j'ai mauvaise façon \ et je ne m'en fâche pas, je Ten remercie. D'où vient ? c'est qu'il a raison et qu'il parle juste.
DORANTE
J'ai eu mille envies de vous dire comme aux enfans : Tenez-vous droite.
Vous ferez fort bien. Je ne vous rendais pas justice. Dorante \ et encore une fois il faut vous connaître. Je doutais même que vous m'aimassiez , et je résistais à mon penchant pour vous.
DORANTE
Ah ! marquise !
Oui , j'y résistais ; mais j'ouvre les yeux , et tout à