‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 3 sur 314 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

BAGISTE.

Qae veax«tu donc dire?

Comme il faut du temps pour prononcer des paroles , et que nous étions très-pressés , elle mit, ainsi que je ^^s Tai dit , des regards à la place des mots, pour aller plus vite, et se tournant de mon côté avec une doncenr infinie : Oui , mon fik, me dit-elle, sans ouvrir la bouche , je m'y rendrai , je te le promets ; tu peux compter là-dessus; viens^y en pleine confiance, et tu m'y trouveras. Voilà ce qu'elle me dit ; -et je vous le rends mot pour mtft, comme je Tai traduit d'après ses yeux.

ERGASTE

Va , tu Téves.

FROUTIN.

Enfin je l'attends. Mais vous, monsieur, pensezvous que la maîtresse veuille revenir?

EKGAYTE.

Je n'ose m'en flatter, et cependant je l'espère un peu. Tu sais bien que notre conversation fut courte. Je lui rendis le gant qu'elle avait laissé tomber; elle me remercia d'une manière très-obligeante de la vitesse avec laquelle j'avais couru pour le ramasser, et se démasqua en me remerciant. Que je la trouvai charmante! Je croyais, lui dis-je, partir demain, et voici la première fois que je me promène ici ; mais le plaisir d'y rencontrer ce qu'il y a de plus beau dans le monde, m'y ramènera plus d'une fois.

rHOUTID.

Le plaisir d'y reacontrer! Poarquoi ne pas dire 'é l'espërance? C'aurait été indiquer adroitement un

♦ rendez-vous pour le lendemain.

I ERSASTB.

' Oui; mais ce rendez-TOOS indiqué l'aurait peut-

être empêchée d'y venir par raison de fierté. A\x lieu qu'en ne parlant qoe du plaisir de la revoir, c'était simplement supposer qu'elle vient ici tous les jours , - et lui dire que j'en profiterais, sans rien m' attribuer

p de ]a démarche qu'elle ferait en y venant.

FkOnTlR, rtfirdiBl l'rt la «dIîim.

Tenez, tenez , monsieur, suis-je un bon traducteur du langage des œillades? Eh ! dire2-vous que je rêve? Voyez-vous cette figure tendre et solitaire , qui se pro- I mène là-bas en attendant la mienne ?

EROASTE.

Je crois que tu as raison , et que c'est la suivante.

riOHTIR.

Je l'aurais défiée d'y manquer; je m'y connais. Retirez-vous, monsieur; ne gênez point les intentions

* de ma belle. Promenez-vous d'un autre côté; je vais f Qi'instruire de tout, et j'irai vous rejoindre.

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