‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 303 sur 314 · SCÈNE XVL 48Î · texte numérisé non relu

SCÈNE XVL 48Î

par zèle pour vous, et tous m'en avez paru ^atisfaite.

ANGÉLIQUE

Oui, monsieur, votre zèle est admirable*, c'est la plus belle chose du monde -, j'ai tort , je suis une étourdie ; mais laissez - moi dire. A cette heure que ma mère n'y est plus , et que je suis un peu plus hardie, il est juste que je parle à mon tour, et je commence par vous , Lisette \ c'est que je vous prie de vous taire , entendez « vous ? Il n'y a rien ici qui vous regarde : quand il vous viendra un mari , vous en ferez ce qu'il vous plaira, sans que je vous en demande compte ; et je ne vous dirai point sottement , ni que vous êtes née coiffée , ni que vous êtes trop heureuse , ni que vous attendez un prince , ni d'autres propos aussi ridicules que vous m'avez tenus , sans savoir ni quoi , ni qu'est-ce.

PAONTIN.

Sur sa part, je devine la mienne.

▲ KGÉLtQUE.

La vôtre est toute prête, monsieur. Vous êtes hon« néte homme, n'est-ce pas ?

FRONTIN

C'est en quoi je brille.

ANGÉLIQUE

Vous ne voudrez pas causer du chagrin à une fille 't'^ vous a jamais fait de mal ? Cela serait cruel et

FKOjrTIN*

Je suis rhomme du monde le plus humain ^ Vos pareilles en ont mille preuves.

Cest bien fait. Je vous dirai donc, monsieur, que je serais mortifiée , s'il fallait vous aimer; le cœur me le dit ; on sent cela. Non que vous ne soyez foFt aimable I pourvu que ce ne soit pas moi qui vous aime. Je ne finirai point de vous louer, quand ce sera pour une autre. Je vous prie de prendre en bonne part ce que je vous dis là ; j*y vais de tout mon cœur. Ce n'est pas moi qui ai été vous chercher, une fois; je ne songeais pas à vous ; et si je Favais pu , il ne m'en aurait pas plus coûté de vous crier : Ne venez pas! que de vous dire : Allez- vous-en.

FRONTIN

Comme vous me le dites ?

▲ NGÉLIQtJÉ.

Oh ! sans doute , et le plus tôt sera le mieux. Mais que vous importe? Vous ne manquerez pas de filles. Quand on est riche, on en a tant qu^on veut, à ce qu'on dit; au lieu que naturellement je n'aime pas Fargent; j'aimerais mieux en donner que d'en prendre , c'est là mon humeur.

FROlfTI».

Elle est bien opposée à la mienne. A quelle heure voulez-vous que je parte ?

ANGÉLIQUE

Vous êtes bien honnête; quand il vous plaira , je ne

SeÈNE XVII. 485

vous retiens point : il est tard à cette heure ; mais il fera beau demain.

FKOUTIN^ k Lucidor.

Mon grand àmi, voilà ce qu on appelle un congé bien conditionné , et je le reçois , sauf vos conseils qui 9ie régleront là -dessus cependant. Ainsi, belle ingrate , je diflCère encore mes derniers adieux.

ANGÉLIQUE

Quoi ! monsieur, ce n'est pas fait ? Pardi ! vous avez bon courage ! (Et quana u en parti.) Votre ami n*a guère de cœur \ il mç demande à queUe heure il partira , et il reste. »

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