COMEDIE EN TROIS ACTES ET EN PROSE
Reprûentce pour U première fois pur les coné
le 9 mai 1735.
sum
Mabiyaux a été jusqu'ici peu connu; qu*on nous permette de constater encore une fois ce. fait par une éclatante et dernière preuve. Entendron citer souvent là Mère confidente ? Non : et pourtant nous oserons mettre cette pièce à peu près au même rang que les cinq co^ me'dies charmantes auxquelles parait être bornée toute la richesse dramatique de leur auteur, si Ton consulte même les amateurs les plus instruits et les lecteurs les plus consciencieux de notre ancien répertoire ; et pourtant une idée de morale sévère y est développée de la manière la plus insinuante et la plus adroite ; et la situation principale en est très-neuve et très-hardie , sans être pour cela moins vraie ; et l'on y trouve un heureux mélange de beaucoup de scènes touchantes et de queU ques détails simplement et naturellement comiques. Hâ* tons-nous de justifier par quelques mots d'analyse ces éloges, que tout le monde d'ailleurs serait disposé à con6rmer, si nous pouvions engager tout le monde à lire ce que nous louons.
On serait tenté de croire, si Tonï Jones et Fellamar n'était postérieur à la Mère confidente^ que Marivaux s'est inspiré de ces vers, si justes au fond, quoique
I peu ni^lig^ (laiu la forme, qu'adresse au Iwd Felniar iiindiuie Sumuicr , la itiùre <le Sophie.
Le raiwct eit le Trait du don de l'ciiiteDce :
Knlr'cui [ocm cnfaiu] rt doiu, njlon], il net trop de diitince j
Il ferme tout «ccc> à U •iaceriltf.
(JulIIï GUei tam^aditlaTcrit^?
Un ri:<loul«
ir de noa eofiDi D'citi nout qu'l demi :
Que faire donc , quand on est mire, qu'on a une fdie à surveiller, et qu'on n'a pas un auii généreux et loyal comme le lord Fellaniar? 11 faut se faire soi-^nème , sll est pnsMt)le, l'amie, ta confidente de sa fille. On obtiendra d'elle quelques aveuK dans les petites choses; puis , lor>qiie lirs révélations deviendront plus sérieuses, on la VL'iia liesiler, mentir même, tout en ayant l'air de tenir sus prome&ses de franchise. Qu'on lui fasse alors sentir combien une fille est en danger, si elle se met une fois k avoir des Secrets pour u mère, et poar une mère ili^vcnue son amie .- elle s'attendrira , elle placera »a ili'sùiiéii entre les mains de celle qui ne s'alarme et lie l'inquiite que pour la rendre heureuse. Une fille peut avoir l'ait un dioix excellent, quoique en cachette ; mais si elle roiiiinue d'agir dans l'ombre, elle a tout à craindi-e, niciuL- avec le plus honnête homme ; car le plus boimète lioiiimi^ n'est pas toujours scrupuleux sur les moyens de léuïsii . ai une mère sage et sans prévention intervient i propos , elle se fera juge impartial de ce choix , l'approuvera s'il est raisonnable, et baiera le mariage, qui, sans elle, pourrait tarder trop, devenir, pour de bonnes uisoiis , iuutite aux yeux de l'amant, et, par suite,
n'arriver jamais. Nous veuons d'indiquer le sujet». ou du in oins le but de la Mère confidente.
Dorante , jeune gentilhomme sans fortune , a rencon--
tré Angélique dans une promenade , .a lié conversation
, avec elle et en a déjà obtenu plusieurs rendez -vous» Madame Argante est informée de cette imprudence de sa fille par l'indiscrétion d'un paysan , qui se fait l'espion de la mère aussi bien que des amans , pour recevoir de toutes mains. Madame Argante propose à Angélique un mari très^^riche, mais sombre , mais sérieux, qui n'est point agréé. La mère , soit sagesse , soit bouté y ne se fâche pas de ce refus ; elle promet à sa QUe de ne jamais violenter son inclination; elle lui, demande, en retour^ une con&ance entière à l'av«nir ; elle consent, pour l'enhardir , à déposer le titre, vénérable et sacré qu'elle tient; de la nature. Angélique conclut en riant ce marché, dont elle ne prévoit pas toutes les obligations ; et bientôt la voilà amenée à avouer son penchant pour un inconnu*. Eclairée , ou plutôt effrayée par les remontrances amicales de sa nouvelle confidente , elle se décide à congédier Dorante, dont, pour, commencer, elle refuse d'ouvrir un billet.
Au second acte , elle querelle son amant et sa saivante : on voit qu'elle s!en veut d'aimer, et qu'elle ne sait à qui s'en prendre. A peine Dorante est-il parti, dés* espéré,, qu'elle, a regret de l'avoir traité si duremept«
. Pressée par sa suivante., elle le rappelle ; et c'est pour s'entendre faire la proposition d'un enlèvement, proposition qu'elle repousse d'abord avec colère , et dont elle finit par avoir moins d'effroi. Toute cette scène est filée on ne peut plus habilement, et l'idée en est prise tout-àfait dans la nature. A quelque temps de là , arrive ma7
clame Afgante. Angélique , désormais résolue à être moins franche, déclare, arec Une indifférence affectée , qa'elle a rompu arec Dorante. La mère, aussi adroite que bonn^ , feint de donner dans le piège et accable sa fille de louanges et d'amitiés. Celle-ci n'y tient plus; elle pleure , elle avoue son mensonge , elle le répare aussitôt par les confidences les pins étendues, mais en même temps les plus passionnées. Madame Argante a pitié d'elle et lui annonce qu'elle veut avoir un entretien avec Dorante, aux yeux duquel elle passera pour la tante , non pour la mère de sa maîtresse. Cette dernière scène est admirable.
Au troisième acte , nouvelles instanceis de Dorante au sujet de l'enlèvement : refus et désespoir d'Angélique , dont cette lutte est sur le point d'épuiser toute la force 4e résistance. L'arrivée de madame Argante fait fuir Dorante , qui, n'ayant pu la voir , est rappelé bientôt après, pour avoir à s'expliqua avec la prétendue tante d'Angélique. Il s'entend alors reprocher avec énergie d'avoir Touluy par un enlèvement, rendre méprisable une fille vertueuse ; il rougit de son dessein et en témoigne un véritable repentir. Madame Argante reconnaît en lui un honnête homme , et heureuse de ne pouvoir blâmer' le choix d'Angélique , ^lle lui dit : Ma fille , je vous permets d'aimer Dorante. Cette scène , conduite avec un art infini , est toute palpitante d'intérêt. Pour mettre le comble au bonheur des deux amans , Ergaste , ce prétendu ^ju'Angélique a rebuté , et qui n'est autre que l'oncle de Dorante , vient retirer sa parole et proposer à sa place son neveu, auquel il assure tout son bien.
Ce n'est pas ici le lieu de relever quelques taches qu'un ceil exercé apercevra dans cette pièce , ni de signaler les beautés de détail dont elle fourmille. Quelques notes
rempliront cet office. Qu'il nou§ joit permis toutefois de rendre dès ce moment un juste hommage au mérite de deux rôles secondaires t celui de Lisette , espèce de démon tentateur , qui tient dans sa main et dirige à son gré^ l'âme passionnée d'Angélique ; et celui de Lubin , sorte de Mercure Yillageois, pour qui sa niaiserie, vraie ou supposée, est un sûr moyen de prendte effrontément l'argent des deux partis qu'il s'est engagé à servir*
La Mère confidente, nou^ l'apprenons par V Histoire du Thédtre^Italien. fut très-bien accueillie dans sa nouveauté« On la verrait encore aujourd'hui avec plaisir reparaître sur la scène où brillent de tant d'éclat quelques-unes des comédies du même auteur. Mais prenons patience : le sujet traité dans cette pièce est trop heureux et trop neuf encore, pour ne pas tenter un jour ou l'autre nos littérateurs vivant d'emprunt; et nous en pouvons espérer une reproduction sous nouvelle forme , ou peut-être même avec un simple changement de costumes. Cette supposition est-elle invraisemblable , par le temps qui court , et lorsque M. Scribe , si riche de son propre fond , a eu la fautaisie de refaire , dans ses //iconsolables, et, il faut le dire , sans beaucoup de succès , la pièce de la Surprise de l'Amour , faite deux fois, déjà par Marivaux lui-même ?
PERSONNAGES