‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 63 sur 314 · ACTE II, SCÈNE IIL ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIL ii

DORAKTE»

Xallais me retirer, madame. Lisette vous le dira; je n'avais garde de me montrer. Le mépris que vous avez fait de ma lettre , m'apprend combien je vous suis odieux.

àNGéLIQUS.

Odieux ! Ah ! j'en suis quitte à moins. Pour indifférent passe , et très-indifférent. Quant à votre lettre , je Tai reçue comme elle le méritait, et je ne croyais pas qu'on eût droit d'écrire aux gens qu'on a vus par hasard. J'ai trouvé cela fort singulier , surtout avec une personne de mon sexe. M'écrire, à moi, monsieur ! D'où vous est venue cette idée ? Je n'ai pas donné lieu à votre hardiesse, ce me semble. De quoi s' agit -il entre vous et moi ?

DORAKTE.

De rien pour vous , madame ; mais de tout pour un malheureux que vous accablez.

ÀHGÉLIQUB.

Voilà des expressions aussi déplacées qu'inutiles \ je vous avertis que je ne les écoute point.

DORAjfTE.

Eh ! de grâce, madame, n'ajoutez point la raillerie aux discours cruels que vous me tenez. Méprisez ma douleur; mais ne vous en moquez pas. Je ne vous exagère point ce que je souffre.

ÀVOÉLIQUE.

Vous m'empêchez de parler à Lisette, monsieur; ne m'interrbmpez point.

ii4 LA MERE CONFIDENTE,

LISETTE

Peut -on, sans être trop curieuse, vous demander à qui vous eu avez ?

ANGÉLIQUE

A vous ; je ne suis venue ici que parce que je vous cherchais \ voilà ce qui m'amène.

DOKAMTE.

Voulez-vous que je me retire, madame?

▲ IIGÉLIQIJB.

Comme vous voudrez , monsieur.

DORÀKTE.

Ciel!

▲ KGÉLIQVE.

Attendez pourtant; puisque vous êtes là, je serai hien aise que vous sachiez ce que j'ai à vous dire. Vous m'avez écrit , vous avez lie conversation avec moi , vous pourriez vous en vanter , cela n'arrive que trop souvent ; et je serai charmée que vous appreniez ce que j^exi pense.

DORANTE

Me vanter, moi, madame ! De quel affreux caractère me faites - vous là ? Je ne réponds rien pour ma défense , je n'en ai pas ]a force. Si ma lettre vous a déplu , je vous en demande pardon ; n^en présumez rien contre mon respect; celui que j'ai pour vous m'est plus cher que ]a vie , et je vous le prouverai, en me condamnant à ne vous plus revoir, puisque je vous déplais.

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