‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 79 sur 314 · ACTE II, SCÈNE XII. iSg · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XII. iSg

m""* ÀRG4NTE.

Tu le défends d'une manière qai m' alarme. Que pentes- tu donc de cet enlèvement ? Dis - moi, tu es la franchise même ^ ne serais-* tu point en danger d'y consentir ?

▲ NGéLIQtJE.

Ah ! je ne crois pas , ma mère.

M*"* ARGAHTE.

Ta mère ! Ah ! le ciel la préserve de savoir seulement qu'on te le propose ! Ne te sers plus de ce nom \ elle ne saurait le soutenir dans cette occasion-ci. Mais pourrai^-tu la fuir? te sentirais -tu la force de l'af&iger jusque-là, de lui donner la mort, de lui porter le poignard dans le sein ?

ANGÉLIQUE

J'aimerais mieux mourir moi-même.

m"* aegaittb.

Survivrait - elle à l'affront que tu te ferais? Souffre à ton tour que mon amitié te parle pour eUe. Lequel aimes - tu le mieux, ou de cette mère qui t'a inspiré mille vertus, ou d'un amant qui veut te les ôter toutes ?

ANGÉLIQUE

Vous m'accablez. Dites -lui qu'elle ne craigne rien de sa fille '^ dites -lui que rien ne m'est plus cher

■ Dites'lui qu'elle ne craigne rien de sajille. Il D^est pas naturel qu* Angélique , dans un pareil moment, songe à cette distinction konventionnelle de la mère et de la confidente , et charge froidement Vaikt de se* commissions pour l\iutre.

i4o LA MÈRE CONFIDENTE,

qu elle, et que je ne yevai plus Dorante, si elle me condamne à le perdre.

X""* AftGÀNTE.

Et que perdras- tu dans un inconnu qui n'a rien ?

ANGÉLIQUE

Tout le bonheur de ma vie. Ayez la bonté de lui dire aussi que ce n'est point la quantité de biens qui rend heureuse , que j'en ai plus qu'il n'en faudrait avec Dorante , que je languirais avec un autre. Rapportez-lui ce que je vous dis là , et que je me soumets à ce qu'elle en décidera.

m"* ÀRGAITTS.

Si tu pouvais seulement passer quelque temps sans le voir? Le veux- tu bien ? Tu ne me réponds pas -, à quoi songes- tu?

ANGÉLIQUE

Vous le dirai -je? Je me repens d'avoir tout dit; mon amour m'est cher, je viens de m'ôter la liberté d'y céder, et peu s'en faut que je ne la regrette ; je suis même fâchée d'être éclaircie -, je ne vois rien de tout ce qui m'effraie, et me voilà plus triste que je ne

rétais.

m"" akgânte.

Dorante me connaît-il ?

ANGÉLIQUE

Non, à ce qu'il m'a dit.

k"* aegante.

Eh bien ! laisse - moi le voir ; je lui parlerai sous le

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