‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 78 sur 314 · ACTE II, SCÈNE XII. i3y · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XII. i3y

mouvemens où je te reconnais toujours? Que veulentils dire ?

Hélas ! c'est que je vous trompe.

m"* àroàutb.

Toi? (tinmoneot MU rien aire.) Non, tu HO me trompes point, puisque tu me Tavoues, Achevé; voyons de quoi il est question.

ANGÉLIQUE

Vous allez frémir! On m'a parlé d'enlèvement.

IC"* AUGÀITTB.

Je n'en suis point surprise. Je te l'ai dit; il n'y a rien dont ces étourdis-là ne soient capables ; et je suis persuadée que tu en as plus frémi que moi.

ANGÉLIQUE

J'en ai tremblé , il est vrai ; j'ai pourtant eu la fai* blesse de lui pardonner, pourvu qu'il ne m'en parle plus.

m"* akgahte.

N'importe *, je m'en fie à tes réflexions ; elles te donneront bien du mépris pour lui.

ANGÉLIQUE

Eh ! voilà encore ce qui m'afflige dans l'aveu que je vous fais ; c'est que vous allez le mépriser vousmême. Il est perdu \ vous n'étiez déjà que trop pré* venue contre lui; et cependant il n'est point si méprisable. Permettez que je lejustifie: je suis peut-être prévenue moi-même; mais vous m'aimez, daignez

iA$ LA MÈRE CONFIDENTE,

m^enlendre, portez vos bontés jusque-là. Vouj- croyez que c est un jeûna. homme sans caractère, qui a plus de vanité que d'amour, qui ne eherc}ie qu'à me séduire, et ce n est point cela, je vous assure. Il a tort de m'avoir proposé ee que je vqus ai dit-, mais il faut regarder que c'est Je tort d'un homme au désespoir, que j'ai vu fondre en larmes quand j'ai paru irritée ; d'un homme à qui la crainte de me perdre a tourné la tête. 11 n'a point de bien , il ne s'en est point caché , il me l'a dit. U ne lui restait donc point d'autre ressource que celle dont je vous parle ; ressource que je condamne comme vous ^ Biais qu'il ne m'a proposée que dans la seule vue d'être à moi. C'est tout ce qu'il y a compris ^ car il m'adore , on n'en peut douter.

Eh ! ma fille ! il y en aura tant d'autres qui t'aimeront encore plus que lui.

ANGÉLIQUE

Oui^ mais je ne les aimerai pas, moi, m'aimassentils davantage^ et cela n'est pas possible.

h"* argante.

D'ailleurs, il sait que tu es riche.

ANGÉLIQUE

H l'ignorait quand il m'a vue 5 et c'est ce qui devrait l'empêcher de m'aimer. Il sait bien que quand une fille est riche, on ne la donne qu^à un homme qui a d'autres richesses, tout inutiles qu'elles sont; c'est du moins l'usage-, le mérite n'est compté pour rien.

Page 1