ACTE II, SCÈNE IIL
k la main, Tentretenir de ma passion pastorale ^ elle vient de me quereller tout à l'heure , de me reprocher mon indiOerence; elle m'a dit des injures, monsieur, des injures-, m'a traité de fat, d'impertinent, rien que cela ) et puis je m'entends avec elle ! '
DORANTE
Ah! voilà qui est fini, marquis; je désavoue mon idée, et je t'en fais réparation.
ROSIMOVB.
Dites-vous vrai ? Êtes-vous bien sûr au moins que je pense comme il faut ?
nOR»TE.
Si sûr à présent, que si tu allais te prendre d'amour pour cette petite Horteuse dont on veut faire ta femme, tu me le dirais, que je n'en croirais rien.
ROSIMOIfD.
Que sait-on ? A cause que je l'épouse , il y a à craindre que mon cœur ne s'enflamme et ne prenne la chose à la lettre !
DORANTE
Je suis persuadé que tu n'es point fâché que je lui en conte.
ROSIMOND.
Ah! si fait, très-fâché-, j'en boude, et, si vous continuez , j'en serai au désespoir.
DORANTE
Tu te moques de moi, et je le mérite.
ROSIHOND, riant.
Ah! ah! ahl Comment es-tu avec elle?
i88 LE PETIT-MAITRË CORRIGÉ,
DORAUTE.
Ni bien ni mal. Comment la ti^ouves^tu, toi?
ROSlMOND.
Moi ! ma foi , je n'en sais rien -, je né Tai pas eûcor^ trop vue \ cependant il m'a paru qu'elle était aase2 gentille, Pair naïf, droit et guindé ; mais jolie , comme je te dis. Ce visage-là pourrait devenir quelque chose s'il appartenait à une femme du monde , et notre provinciale n*eu fait rien; mais cela est bon pour une femme ; on la prend comme elle vient.
DORANTE
Elle ne te convient guère. De bonne foi, l'épouseras-tu ?
ROSIMONB.
Il faudra bien, puisqu'on le veut; nous l'épouserons , ma mère et moi ' , si vous ne nous l'enlevez pas.
DORANTE
Je pense que tu ne t'en soucierais guère , et <[ne tu me le pardonnerais.
ROSIMOND.
Oh ! là-dessus , toutes les permissions du monde au suppliant , si elles pouvaient lui être bonnes à quelque chose. T'amuse-t-elle * ?
' JYous l'épouserons , ma mère et moi. Façon de parler originale. Rosimond continue à repousser avec indignation l*idée qu^il puisse être sincèrement amoureux d^Hortense. En conséquence , ê^H Yé' pouse, le mariage sera plutôt Fefiet de la yolontë de sa mère que de la sienne propre. C'est sa mère, autant que lui, «qui ëponsera Hortense , qui Paura mise dans la famille.
* 7^amu5e-l-e//e.'Quel ton! quel langage! Mais la pièce est de 1734 , et les jeunes gens qui parlaient ainsi araîent tu la régence.