‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 124 sur 333 · ACTE II, SCÈNE IIL t · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIL t

pour me marier, qii'a-t-elle fait? Elle a une terre à quelques lieues de la leur, elle y est venue ; et à peine arrivée , elle m'a écrit , par un exprès , qu'elle venait ici , et que je la verrais une heure après sa lettre ; cette lettre est celle que j'ai perdue.

DOBAKTE.

Oui , j'étais chez elle alors , et j'ai vu partir l'exprès qui nous a précédés ; mais enfin c'est une très-aimable femme , et qui t'aime beaucoup.

ROSIHOND.

J'en conviens. Il faut pourtant que tu m'aides à lui faire entendre raison.

DORANTE

Pourquoi donc? Tu l'aimes aussi apparemment, et cela n'est pas étonnant.

nOSIHOlTD.

J'ai encore quelque goût pour elle ; elle est vive , emportée , étourdie , bruyante. Nous avons lié une petite affaire de cœur ensemble , et il y a deux mois que cela dure ; deux mois , le terme est honnête ^ cependant aujourd'hui elle s'avise de se piquer d'une belle passion pour moi. Ce mariage-ci lui déplaît, elle ne veut pas que je l'achève; et de vingt galanteries qu'elle a eues en sa vie, il faut que la nôtre soit la seule qu'elle honore de cette opiniâtreté d'amour ^ il n'y a que moi à qui cela arrive !

DORANTE

Te voilà donc bien agité ! Quoi ! tu crains les conséquences de l'amour d'une jolie femme, parce que tu te maries ! Tu as de ces sentimens bourgeois , toi , i

i8G LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ,

marquis? Je ne te reconnais pas! Je te croyais pins dégagé que cela \ j'osais quelquefois entretenir Hortense^ mais je vois bien qu'il faut que je parte, et je n'y manquerai pas. Adieu.

ROSIMOUD.

Venez, venez ici. Qu'est-ce que c'est que cette fantaisie-là?

DORANTE

Elle est sage. II me semble que la marquise ne me voit pas volontiers ici, et qu'elle n'aime pas à me trouver en conversation avec Hortense , et je te demande pardon de ce que je vais te dire \ mais il m'a passé dans Pesprit que tu avais pu l'indisposer contre moi, et te servir de sa méchante humeur pour m'insinuer de m'en aller.

EOSIMOND.

Mais, oui-dà, je suis peut-être jaloux? Ma façon de vivre, jusqu'ici, m'a rendu fort suspect de cette petitesse? Débitez -la, monsieur, débitez -la dans le monde. En vérité, vous me faites pitié. Avec cette opinion-là sur mon compte, valez-vous la peine qu'on vous désabuse?

DORANTE

Je puis en avoir mal jugé ; mais ne se trompe-t-on jamais ?

ROSIMOND.

Moi qui vous parle, suis-je plus à l'abri de la méchante humeur de ma mère? Ne devrais-je pas, si je len crois, être aux genoux d'Hortense, et lui débiter mes langueurs? J'ai tort de n'aller pas, une houlette

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