ACTE II, SCÈNE V. 19S
son éloignement pour moi ; il faut être fait à se douter de pareille chose K
Il est vrai qu'on est presque sûr d'être aimé quand on TOUS ressemble-, aussi ma maîtresse vous aurait^ elle ëpousë d'abord assez volontiers ; mais je ne sais^ il y a eu du malheur; vos façons Font choquée.
ROSIMOIID.
Je ne les ai pas prises en province, à la vérité.
Eh! monsieur, à qui le dites -vous? Je suis persuadée qu'elles sont toutes des meilleures. Mais tenez, malgré cela , je vous avoue moi-même que je ne pourrais m'empécher d'en rire si je ne me retenais pas, tant elles nous paraissent plaisantes à nous autres provinciales \ c'est que nous sommes des ignorantes. Adieu, monsieur; je vous salue.
ROSIMONB.
Doucement ; confiez-moi ce que votre mattresse y trouve à redire.
Eh ! monsieur, ne prenez pas garde à ce que nous eu pensons ; je vous dis que tout noas y parait comique. Vous savez bien que vous avez peur de faire l'amoureux de ma maîtresse, parce qu'apparemment cela ne serait pas de bonne grâce dans un joli homme
' Il foui être fait a se douter de pareille chose, Tonrnnre de plirase emKarrassëe. Rotîmond veut dire : Il faut être fait h de pa^ Ttilles choses pour Us soupçonner»
comme vous ; mais comme Hortense est aimable y et qu'il s'agit de Tëpouser , nous trouvons cette peurJà si burlesque , si boufTonne , qu'il n*y a point de comédie qui nous divertisse tant ; car il est sûr que vous auriez plu à Hortense si vous ne l'aviez pas fait rire ; mais ce qui fait rire n'attendrit plus, et je vous dis cela pour vous divertir vous-même.
ROSIMOIÏD.
C'est aussi tout l'usage que j'en fais.
Vous avez raison. Monsieur, je suis votre servante. (Elle f«ri«Bt.) Seriez- VOUS encore curieux d'une de nos folies ? Dès que Dorante et Dorimène sont arrivés ici ^ vous avez dit qu'il fallait que Dorante aimit ma maitresse, pendant que vous feriez l'amour à Dorimène , et cela à la veille d'épouser Hortense ^ monsieur , nous en avons pensé mourir de rire , ma maîtresse et moi /Je lui ai pourtant dit qu'il faUait bien que vos airs fussent dans les règles du bon savoir-vivre. Rien ne Ta persuadée ; les gens de ce pays-ci ne sentent point le mérite de ces manières -là $ c'est autant de perdu. Mais je m'amuse trop» Ne dites mot, je vous prie.
EOSIMOND.
Eh! bien, Marton, il faudra se corriger^ j'ai va quelques benêts de la province, et je les copierai.
MARTOIf.
Oh! monsieur, n'en prenez pas la peine; ce ne serait pas en contrefaisant le benêt que vous feriez revenir les bonnes dispositions où ma maîtresse était