ACTE r, SCÈNE VL 3t
cela ne âgnifie rien ; ainsi, monsieur, point d^excnses ; au reste, pourtant, si vous en voulez faire , si votre politesse a quelque remords qui la gène , qu'à cela ne tienne, vous êtes bien le maître.
DAHIS.
Je ne doute pas, madame , que tout ce que je pourrais Yons dire ne tous soit indifférent ; mais n'importe, j'ai mal paflë , et je me condamne trës-sërieu* sèment.
LX7GILE, riant.
Eh bien ! soit ; allons , monsieur , vous vous condamnez , j'y consens. Votre prétendue future vaut mieux que tout ce que vous avez vu jusqu'ici \ il n'y a pas de comparaison, je l'emporte ^ n'est-il pas vrai que cela va là? Car je me ferai sans façon , moi , tous les complimens qu'il vous plaira ; ce n'est pas la peine de me les plaindre \ ils ne sont pas rares , et l'on en donne à qui en veut.
DAHIS.
Il ne s'agit pas de complimens, madame; vous êtes bien au-dessus de cela , et il serait difficile de vous en faire.
LUCILB.
Celui-là est très-fin, par exemple, et vous aviez raison de ne le vouloir pas perdre-, mais restons-en là, je vous prie ; car à la fin tant de politesses me supposeraient un amour^propre ridicule; et ce serait une étrange chose qu'il fallût me demander pardon de ce qu'on ne m'aime point. En vérité , l'idée serait comique ; ce serait en m'aimant qu'on m'embarrasserait;
3a LES SERMENS INDISCRETS,
mais , grâce au ciel , il n'en est rien ; heureusement mes yeux se trouvent pacifiques ; ils applaudissent à votre indifférence ; ils se le promettaient , c'est une obligation que je vous ai , et la seule de votre part qui pouvait m'épargner une ingratitude ; vous m'entendez; vous avez eu quelque peur des dispositions que je pouvais avoir ; mais soyez tranquille, je me sauve » monsieur , je vous échappe ; j'ai vu le péril , et il n'y parait pas.
DAMIS
Ah! madame , oubliez un discours que je n'ai tenu tantôt qu'en plaisantant ; je suis de tous les hommes celui à qui il est le moins permis d'être vain, et vous de toutes les dames celle avec qui il serait le plus impossible de l'être 5 vous êtes d'une figure qui ne permet ce sentiment-là à personne ; et si je l'avais , je serais trop méprisable.
LISETTE
Ma foi , si vous le prenez sur ce ton4à tous deux , VOUS ne tenez rien \ je n'aime point ce verbiage-là ; ces yeux pacifiques , ces apostrophes galantes à la figure de madame , et puis des vanités , des excuses , où cela va-t-il ? Ce n'est pas là votre chemin \ prenez garde que le diable ne vous égare \ tenez , vous ne voulez point vous épouser; abrégeons, et tout à l'heure entre mes mains , cimentez vos résolutions d'une nouvelle promesse dane vous appartenir jamais. Allons, madame, commencez pour le bon exemple, et pour l'honneur de votre sexe.