‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 172 sur 333 · LE CHEVALIER, HORTENSE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, HORTENSE

tÊ CHEVALIER.

Là démarche que vous allez faire auprès du marquis m^alarme.

HOKTENSE.

Je ne risque rien ^ vous dis -je. Raisonnons. Défunt soD parenl et le mien lui laisse six cent mille francs , à la charge, il est vrai , de m^épouser, ou de m'en donner deux cent mille ' ^ cela est à son choix ^ mais le marquis ne sent rien pour moi. Je suis sûre qu il a de Tinclinatioapour la comtesse ; d'ailleurs, il est déjà assez riche par lui-même ; voilà encore une succession de six cent mille francs qui lui vient, à laquelle il ne s'attendait pas *, et vous croyez que , plutôt que d'en distraire deux cent mille , il aimera mieux m^épouser, moi qui lui sois indifférente, pendant qu'il a de l'amour pour la comtesse , qui peut - être ne le hait pas , et qui a plus de bien que moi ? Il n'y si ps^s d'apparence.

' Défunt son parent et le mien lui laisse six cent mille francs , h la charge f etc. Ne nous laisoDS pas de remarquer a^ec queUe clarté VeiposiUon a lien. U ii*y a pas vingt mots de prônonci^ , et déjà le spectateur connaît les principaux personnages , est au fait du nœud de la pièce et a une preVoyance confuse du dénoueinenU

LE CHBVALIE&.

Mais à quoi jugez-vous que la comtesse ne le pas?

HORTElfSE.

A mille petites remarques que je fais tous les jours; et je n'en suis pas surprise. Du caractère dont elle est , celui du marquis doit être de son goût. La comtesse est une femme brusque , qui aime à primer , à gouverner , à être la maîtresse. Le marquis est un homme doux j paisible , aisé à conduire ' ; et voilà ce qu^il faut à la comtesse. Aussi ne parle-t-elle de lui qu avec éloge. Son air de naïveté lui plaît; c'est, dit-eUe, le meilleur homme, le plus complaisant, le plus sociable ! D'ailleurs , le marquis est d'un âge qui lui convient; elle n'est plus de cette grande jeunesse : il a trente-cinq ou quarante ans , et je vois bien qu'elle serait charmée de vivre avec lui.

LE CHEVALIER

J'ai peur que l'événement ne vous trompe. Ce n'est pas un petit objet que deux cent mille francs qu'il faudra qu'on vous donne si Ton ne vous épouse pas ; et puis , quand le marquis et la comtesse s'aimeraient , de Tbumeur dont ils sont tous deux « ils an» ront bien de la peine à se le dire.

■ La comtesse est une femme bnts4pte...Le majiquis est mii doux y paisible, aisé h conduire. Voilà toutie la pièce; œt deux c»ractcres une fob donnes , il faudra bien que ce soit la contcae qui fasse les ayances , et arrache, a utant par adresw qae par dépit» U déclaration de son amant.

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