‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 190 sur 333 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LE MARQUIS

C'est que vous ne connaissez qu'elle ; c'est la plus aimable femme, la plus franche. Vous parle? de gens sans façon ? il n'y a personne comme elle ^ plus je la vois , plus je l'admire.

LA COMTESSE

Éponsez-Ia, marquis, épousez-la, et laissez Hortense ; il n'y a point à hësiter , vous n'avez point d'au-* tre parti à prendre.

LE MARQUIS

Oui ; mais je songe à une chose-, n'y aurait - il pas moyen de me sauver les deux cent mille francs ? Je vous parle à cœur ouvert.

LA COMTESSE

Regardez - moi dans cette occasion - ci comme une autre vous-même. ^

Ah ! que c'est bien dit, une autre moi-même I

LA COMTESSE

Ce qui me plaît en vous, c'est votre franchise, qui est une qualité admirable. Revenons. Comment vous sauver ces deux cent mille francs ?

LE MARQUIS

C'est qu'Hortense aime le chevalier. Mais, à propos, c'est votre parent?

LA COMTESSE

Oh! parent..., de loin.

LE MARQUIS

Or, de cet amour qu'elle a pour lui, je conclus qu'elle ne se soucie pas de moi. Je n'ai donc qu'à faire

aSo LE LEGS,

semblant de vouloir Fëpouser ; elle me refusera , et je ne lui devrai plus rien ; son refus me servira de quittance.

LA COMTESSE

Oui-dà , vous pouvez le tenter. Ce n'est pas qu'il n'y ait du risque ; elle a du discernement , marquis. Vous supposez qu'elle vous refusera? Je n'en sais rien ; vous n'êtes pas un homme à dédaigner '•

LE MARQUIS

Est-il vrai ?

LA COMTESSE

C'est mon sentiment.

LE MAKQUIS.

Vous me flattez , vous encouragez ma franchise.

LA COMTESSE

Je vous encourage ! Mais en étes-vous encore là ? Mettez - vous donc dans l'esprit que je ne demande qu'à vous obliger, qu'il n'y a que l'impossible qui m'arrêtera , et que vous devez compter sur tout ce qui dépendra de moi. Ne perdez point cela de vue, étrange homme que vous êtes , et achevez hardiment. Vous voulez des conseils , je vous en donne. Quand nous en serons à l'article des grâces , il n'y aura qu'à parler^ elles ne feront pas plus de difficulté que le

■ y ou» n'êtes pas un homme a dédaigner. On n^ettpas plas enooarageante que la com tease , et si le marquis tarde encore k s*ez|diqQer, sa Umidité mériterait peut-être un antre nom. Cependant il ne s^expliquera point , et ^thX. précisément dans ses craintes , dans Fopiniitretéde son silence , que consiste tout le charme de cette scène, dont Teflct est immanquaUc à la représentation.

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