‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 191 sur 333 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

reste , entendez -vous ? et que cela soit dit poor toujours.

LE MARQUIS

Vous me ravissez d'espérance.

LA COMTESSE

Allons par ordre. Si Hortense allait vous prendre au mot ?

LE MARQUIS

J'espère que non. En tout cas , je lui paierais sa somme , pourvu qu'auparavant la personne qui a pris mon cœur eût la bonté de me dire qu'elle veut bien de moi.

Hélas ! elle serait donc bien difficile ? Mais , marquis, est-ce qu'elle ne sait pas que vous l'aimez ?

LE MARQUIS

Non vraiment; je n'ai pas osé le lui dire.

LA COMTESSE

Et le tout par timidité. Oh ! en vérité , c'est la pousser trop loin, et, tout amie des bienséances que je suis , je ne vous approuve pas ; ce n'est pas se rendre justice.

LE MARQUIS

Elle est si sensée, que j'ai peur d'elle. Vous me conseillez donc de lui en parler ?

LA COMTESSE

Eh! cela^ devrait être fait. Peut-être vous attendelle. Vous dites qu'elle est sensée *, que craignez-vous ? Il est louable de penser modestement sur soi \ mais,

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avec de la modestie \ on parle, on se propose. Parlez, marqnis ; parlez , tout ira bien.

LE MARQUIS

Hél as ! si vous saviez qui c'est , vous ne m'exhorteriez pas tant. Que vous êtes heureuse de n'aimer rien et de mépriser Tamour !

LA COMTESSE

Moi , mépriser ce qu'il y a au monde de plus naturel ! cela ne serait pas raisonnable. Ce n'est pas Famonr, ce sont les amans, tels qu'ils sont la plupart, que je méprise , et non pas le sentiment qui fait qu'on aime , qui n'a rien en soi que de fort honnête , de fort permis et de fort involontaire. C'est le plus doux sentiment de la vie ; comment le haïraifr-je ? Non, certes, et il y a tel homme à qui je pardonnerais de m'aimer, s'il me l'avouait avec cette simplicité de caractère que je louais tout à l'heure en vous.

LE MARQUIS

En effet , quand on le dit naïvement comme on le sent

LA COMTESSE

Il n'y a point de mal alors. On a toujours bonne grâce ; voilà ce que je pense. Je ne suis pas une âme sauvage.

LE MARQUIS

Ce serait bien dommage Vous avez la plus

belle santé * !

■ f^out at^ex la plus belle santé ! VoilA une belle chute , oomme le dit la comtesse \ mais eUe est plaisante , uniquement parce qoellff €tt amende par le caractère simple et uni du marquis.

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