SCÈNE XVIII. 3o
LA COMTESSE
Et par quel trait d'esprit me prouverez-yous la justesse de ce petit raisonnement-là ?
LE CHEVALIER
Oui, madame, je veux quelle sott heureuse. Si je réponse , elle ne le serait pas assez avec la fortune que j'ai-, la douceur de notre union s'altérerait*, je la verrais se repentir de m'avoir épousé, de n'avoir pas épousé monsieur , et c^est à quoi je ne m'expose^ rai point.
LA GOHTESSE.
On ne peut vous répondre qu'en haussant les épaules. Est-ce vous qui me parlez, chevalier?
LE CHEVALIER
Oui, madame.
Vous avez donc l'âme mercenaire aussi, mon petit cousin ! Je ne m'étonne plus de l'inclination que vous avez l'un pour l'autre. Oui , vous êtes digne d'eUe ; vos cœurs sont fort bien assortis. Ah! l'horrible façon d'aimer !
LE CHEVALIER
Madame, la vraie tendresse ne raisonne pas autrement que la mienne.
LA COMTESSE
Âh ! monsieur , ne prononcez pas seulement le mot de tendresse *, vous le profanez.
LE CHEVALIER
Mais...
LA COMTESSE
Vous me scandalisez, vous dis- je. Vous êtes mon
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parent malheureusement , mais je ne m*en vanterai point. N'avez-vous pas de honte ? Vous parlez de votre fortune, je la connais; elle vous met fort en état de supporter le retranchement d'une aussi misérable somme que celle dont il s'agit , et qui ne peut jamais être que mal acquise. Âh ciel ! moi qui vous estimais! Quelle avarice sordide ! Quel cœur sans sentiment ! Et de pareils g^ns disent qu'ils aiment ! Ah ! le vilain amour! Vous pouvez vous retirer-, je n'ai plus rien à vous dire.
LE MARQUIS, bnuqaemcDt.
Ni moi plus rien à craindre. Le billet va partir ; vous avez encore trois heures à entretenir Hortense , après quoi j'espère qu'on ne vous verra plus.
LE CHEVALIER
Monsieur , le contrat signé , je pars. Pour vous , comtesse , quand vous y penserez bien sérieusement , vous excuserez votre parent , et vous lui rendrez plus
de justice. (Ilaort.)
LA COMTESSE
Oh ! non ; voilà qui est fini , je ne saurais le mépriser davantage.