‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 212 sur 333 · SCÈNE XXIII. 3i · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIII. 3i

LA COMTESSE

Je n'ai connu mes migraines que depuis mon veuvage '.

LISETTE

Procureurs, avocats, fermiers, le marquis vous délivrerait de tous ces gens- là.

Je t'avoue que tu as réfléchi là-dessus plus mûrement que moi. Jusqu'ici je n'ai point de raisons qui combattent les tiennes.

LISETTE

Savez-vous bien que c'e^t peut-être le seul homme qui vous convienne ?

LA COMTESSE

U faut donc que j'y rêve.

LISETTE

Vous ne vous sentez point de l'éloignement pour lui ?

LA COMTESSE

Non , aucun. Je ne dis pas que je l'aime de ce qu'on appelle passion ^ mais je n'ai rien dans le cœur qui lui soit contraire.

LISETTE

Eh ! n'est-ce pas assez, vraiment ? De la passion ! Si , pour vous marier, vous attendez qu'il vous en vienne , vous resterez toujours veuve; et, à proprement parler, ce n'est pas lui que je vous propose d'épouser, c'est son caractère.

' Je n*ai connu mes migraines que depuis nion veuvage. On ne dit pas pins des migraines au pluriel que Ton ne dit des fièvres. Acad.

3i4 LE LEGS,

LA COHTESSB.

Qui est admirable, j*en conviena.

Et puis , voyez le service que vous lui rendrez chemin faisant, en rompant le triste mariage qu'il va conclure plus par désespoir que par intérêt!

LA COMTESSE

Oui, c*est une bonne action que je ferai , et rien de plus louable que d'en faire autant qu'on peut.

LISETTE

Surtout quand il n'en coûte rien au cœur.

LA GOMTE3SE.

D'accord. On peut dire assurément que tu plaides bien pour lui. Tu me disposes on ne peut pas mieux ; mais il n'aura pas l'esprit d'en profiter , mon enfant.

LISETTE

D'où vient donc ? Ne vous a-t-il pas parlé de son amour ?

LA COMTESSE

Oui, il m'a dit qu'il m'aimait, et mon premier mouvement a été d'en paraître étonnée; c'était bien le moins. Sais-tu ce qui est arrivé ? Qu'il a pris mon étonnement pour de la colère. II a commencé par établir que je ne pouvais le souflfrir. En un mot , je le déteste , je suis furieuse contre son amour ; voilà d'où il part; moyennant quoi je ne saurais le désabuser sans lui dire : Monsieur , vous ne savez ce que vous dites. Ce serait me jeter à sa tête ; aussi n'en ferai-je rien.

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