FIN DU LEGS
COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE
Représentée poar la première fois par les oomédiens français,
le 19 octobre 1744*
JUGEMENT
SUB LA GOMÉDUS
La comédie s'écarte de son but lorsqa'aulieu de diriger aes coups sur des travers positifs et plus ou moins dangereux , elle s'amuse à créer, pour les combattre , des laits purement hypothétiques , et qui, n'ayant jamais existé, ne peuyent tirer à aucune conséquence. Le tort de la comédie deviendrait encore plus grave , si à l'incertitude de l'hypothèse se réunissait l'inutilité, et si , en admettant la solution adoptée par l'auteur, il n'en résultait pas l'ombre d'une leçon profitable aux mœurs.
Une dispute est le sujet de la pièce que l'on va lire, et lui donne son titre. Cette dispute est de vieille date ; étarbtie dans le moment entre un prince et sa favorite , elle avait commencé vingt ans auparavant sous le règne du prédécesseur, et le père a voulu se mettre un jour , lui ou son fils, à même de la terminer péremptoirement. Il s'agit de savoir lequel de la femme ou de l'homme a donné le premier exemple d'inconstance et d'infidélité en amour ; les femmes se déclarent contre l'homme, les hommes contre la femme : cela est dans Tordre. La querelle n'aurait jamais de fin. Gomment trancher cette grande et impor* tante dif&culté 7 Le roi défunt croit en avoir trouvé le moyen ; il a imaginé une épreuve qui ne doit rien laisser à désirer. Quatre enfans au berceau , deux filles et deux garçons,ont été port& dans une maison bâtie exprès pour
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eux au milieu d'une forêt isolée ; chacun d'eux est logé à part ; chacun d'eux occupe un terrain dont il n'est jamais sorti , de sorte qu'ils nt se sont.jamais vus. Ils ne connaissent qu'un nègre et une négresse aux soins desquels ib ont été confiés. Dix^huît ans se sont écoula; l'heure de l'épreuve décisive est arrivée. Indiquée par la nature et par les progrès de F^e, le renouvellement de la dispute entre le prince et la favorite ne permet plus de la reculer ; les quatre jeunes gens vont pour la première fob être mis en présence l'on de l'autre.
On suppose (car tout est supposition dans cette singulière comédie ) que , dès la première rencontre , Azor et Ëglé| Mesrin et Adine s'enflammeront réciproquement d'anqtour, et qu'ensuite» à la vue d'un nouvel objet d'un sexe difiEerent y chacun des quatre aaians sacrifiera an dernier venu l'objet de ses premières afiEections ; mais enfin , lequel des deux sexes donnera l'exemple de l'inconstance?
Il n'est pas diificile de voir le faux et la frivolité d'un pareil sujet. Dans la pièce, c'est Églé qui commence; éprise d'Azor, à peine a-t-elle aperçu Mesrin , que son ca»ir volage s'est porté vers lui. Trais heures ont suffi pour la dégoûter d'Azor ; déjà elle trouve sa présence importune, ses conversations trop longues; elle vettt être seule , dans l'espérance d'attirer auprès d'elle sa nouvelle conquête. Il est vrai que ses trois camarades ne sont pas en reste avec elle d'inconsunce et de légèreté. Les portraits passentsuccessivement de main en main , comme les douceurs et les reproches de bouche en bouche. Le prince et Hermiane ont tout vu , tout entendu ; la conclusion du prince , c'est que les deux sexes n'ont rien à se reprocher ; que vices et vertus > tout est égal entre eux. Hermiane n'admet pas k conséquence dans son entier; elle trouve beaucovqp plus horrible la perfidie des hommes j parce qu'ils- changent
SUR LA DISPUTE. SaS
sans chercher mêmie de prétexte; cette atténuation des torts de son sexe ne résulte point du fond de la pièce : Églé n*a d'autre raison que son caprice pour immoler Azor à Mesrin*
Quant à la question en elle-même , elle n'est pas plus résolue qu'avant l'épreuve. C'est une femme qui est infidèle la première, parce qu'elle est la première qui ait eu occasion de l'être. S'il était possible de conclure du particulier au général, il semble que du moins Marivaux aurait dû placer en même temps un jeune homme et une jeune fille dans une position parallèle ; on aurait vu lequel des deux eut fait les premiers pas vers l'infidélité; mais, au fond , de quelque part que fût venue la démarche , qu'est-xe que oela aurait prouvé pour on contre l'un des deux sexes , relativement à la question débattue ? Tous les amans sontils des Azors? toutes les amantes, des Églés? C'est l'affirmative de cette proposition qu'il fallait démontrer, et l'on sent trop que la chose était impossible.
Il ne faut pas s'étonner du peu. de succès qu'obtint la Dispute. Elle fut mal accueillie à la première représentation. L'auteur eut la prudence de la retirer, et elle n'a jamais été jouée depuis. Je doute qu'il fût possible de la remettre au théâjtçe.
On y trouvera pourtant dans quelques scènes cet esprit fin , délicat et observateur, qui ne manque jamais à Marivaux. La coquetterie naturelle des femmes, l'orgueil qu'elles éprouvent à triompher d'une rivale, le plaisir qu'elles mettent à l'humilier, la vivacité d'un premier sentiment , les préventions de la jalousie , tout cela est saisi avec beaucoup de vérité ; il est malheureux que ces détails précieux soient noyés dans une froide et insignifiante métaphysique. Au total, la Dispute est à la fois un ouvragée^ une erreur d'un homme de talent.
PERSONNAGES
LE PRINCE
HERMIANE.
MESROU.
GÂRISE.
âZOR.
ADINE
MESRIN.
MESLIS.
DINA
Suite du l>Ri5CE.
La scène est à la campagne.